Analyse
Augmentations de capital... il y a des compensations il y a 7 ans - vendredi 22 janvier 2010

Lorsqu’une entreprise lance une augmentation de son capital, elle émet de nouvelles actions, proposées à un prix défini : le prix d’émission.

· Souvent, ce prix est inférieur au cours juste avant l’annonce de l’opération. Mais plus il est bas, plus l’entreprise devra émettre de nouvelles actions. Du coup, le bénéfice devra être partagé entre un plus grand nombre d’actions, faisant craindre dans le chef des actionnaires existants une dilution de valeur de leurs actions.
· Mais la plupart du temps, cette crainte n’est pas fondée. Car pour beaucoup d’augmentations de capital, les actionnaires existants bénéficient de droits de souscription, c'est-à-dire du droit d’acquérir en priorité un certain nombre d’actions nouvelles par action existante détenue.
· Le choix de l’actionnaire est donc le suivant. Soit il exerce ses droits, ce qui signifie qu’il acquiert de nouvelles actions. De la sorte, il conserve le même poids dans le capital de la société et sa participation au bénéfice n’est pas lésée. Soit il n’exerce pas ce droit (n’acquiert pas de nouvelles actions). Dans ce cas, il peut vendre ses droits (cotés en Bourse). Le produit de la vente vient alors compenser la perte de participation au bénéfice et la perte de valeur de ses actions.

Exemple en chiffres
Imaginons une entreprise qui a en circulation 1 milliard d’actions, cotées à 15 EUR pièce et donc une capitalisation boursière de 15 milliards; elle a réalisé un bénéfice annuel de 1 milliard, soit un bénéfice par action de 1 EUR. Elle lance une augmentation de capital, pour faire passer son capital de 15 à 30 milliards. Elle fixe le prix d’émission à 7,50 EUR, fait passer le nombre d’actions en circulation de 1 à 3 milliards (de façon à récolter 15 milliards) et confère à ses actionnaires existants un droit de souscription permettant de recevoir 2 actions nouvelles par action détenue. La valeur de l’action est alors de 10 EUR (=nouveau capital de 30 milliards divisé par le nouveau nombre d’actions : 3 milliards) et celle du droit de souscription est de 5 EUR (un droit de souscription permet en effet d’acquérir deux actions pour un coût total de 15 EUR alors qu’il en coûterait normalement en Bourse 20 EUR). Si le capital doublé garde la même rentabilité qu’avant, le bénéfice sera doublé et atteindra 2 milliards d’euros, soit un bénéfice par action de 0,66 EUR (=bénéfice de 2 milliards divisé par 3 milliards d’actions).

Pas de dégât
· Pour l’actionnaire qui participe à l’augmentation de capital, le bénéfice par action diminue effectivement, et d’autant plus que le prix d’émission est peu élevé. Mais le nombre d’actions détenues augmentant dans la même proportion, il n’y a aucune perte.
· Pour l’actionnaire qui ne participe pas, mais vend ses droits, il détient un certain nombre d’actions valant 10 EUR pièce mais vend le même nombre de droits à 5 EUR pièce. Il ne perd donc rien non plus dans l’opération. Ces 5 EUR compensent en effet la perte de valeur de ses actions suite à l’augmentation de capital. On peut dire aussi qu’ils compensent le moindre flux de bénéfices qu’il recevra dans le futur.

Baisses de cours ?
· L'annonce d’une augmentation de capital n’est toutefois pas toujours neutre pour les actionnaires existants. Des questions légitimes peuvent faire surface. Pourquoi augmenter le capital ? Que la société va-t-elle faire de cet argent ? Pourra-t-elle l’investir de façon aussi rentable qu’auparavant ? Si elle fixe un prix d'émission très bas par rapport au cours de Bourse, peut-être craint-elle une prochaine baisse de cours (qui ferait capoter l’augmentation de capital, car plus personne ne souscrirait alors aux nouvelles actions, devenues plus chères).
· En conclusion, la perte de valeur des actions consécutivement à une augmentation de capital est compensée par les droits de souscription offerts aux actionnaires existants. Les variations de cours ne sont ensuite que la résultante de la réaction des actionnaires à cette augmentation de capital (est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour le devenir de l’entreprise ?).

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