Analyse
Le secteur bancaire il y a 7 ans - lundi 25 janvier 2010

Les mesures de réforme du système financier américain proposées par le président américain Barack Obama sont de nature à modifier la vie des banques locales.

Les mesures de réforme du système financier américain proposées par le président américain Barack Obama sont de nature à modifier la vie des banques locales. Leurs effets, encore flous pour l’heure, se feront sentir également sur les banques européennes. Mais beaucoup plus modérément.

Reprise en main
· L’Europe comme les Etats-Unis n’ont pas les moyens de sauver une seconde fois les banques, alors qu’elles sont soupçonnées de ne pas avoir suffisamment changé leurs pratiques. Les Etats cherchent donc à récupérer une partie des liquidités injectées dans les plans de sauvetage, ainsi qu’à réduire le risque que présente encore le système bancaire : taille du bilan trop grande, investissements trop risqués…
· En l’absence de consensus, les Européens se montrent actuellement peu en pointe dans ce domaine. Les Américains, par contre, prennent le taureau de la régulation par les cornes. Même si les dernières mesures en date restent très imprécises, elles témoignent du renforcement de la régulation, laquelle bridera la croissance.

Hausse de la taxation
· Le 14 janvier dernier, le président Obama a annoncé la création d’une taxe sur les grandes banques. Cette taxe de 0,15 % sur les bilans des banques actives aux Etats-Unis doit permettre de sanctionner financièrement celles qui, de près ou de loin, ont déclenché la crise financière. Dans notre sélection, Bank of America (14,9 USD ; vendez) verra son profit amputer de 0,15 USD par action, soit environ 15 % des profits 2011. Pour les banques européennes actives aux Etats-Unis, les plus touchées semblent être pour l’heure Dexia (0,08 EUR, 10 %; vendez), Crédit Suisse (0,4 CHF, 8 %), HSBC (4 p., 8 %) et BNP Paribas (0,5 EUR, 7 %). Conservez ces trois dernières. Des coûts maximum avant impôts, sur base de nos prévisions très prudentes pour 2011 et qui seront en grande partie supportés par les clients.
· Soucieux de ne pas mettre à mal la compétitivité des banques, les Etats européens étaient réticents à l’idée d’introduire ce type de taxe. Après l’initiative US, certains Etats envisagent de faire de même sur les banques locales pour récupérer le coût de la crise. Mi-avril, une proposition suédoise allant dans ce sens sera discutée par les ministres des Finances des 27.

Réforme du système financier américain
· Le second paquet de mesures annoncées par la Maison-Blanche vise aussi à réduire la taille et le risque pris par les banques commerciales présentes aux Etats-Unis. Quelles sont-elles ?
– empêcher ces banques de réaliser des opérations pour compte propre
– revoir les règles régissant les parts de marché des banques de dépôts
– leurs interdire les investissements dans les fonds spéculatifs.

Le contour de ces mesures reste pour l’heure très vague (que recouvrent précisément les opérations pour compte propre ?). Néanmoins, elles ne devraient pas priver les banques européennes actives outre-Atlantique de plus de 6 à 8 % des revenus nets des activités de banques d’investissement, soit moins de 5 % du bénéfice total 2011 selon nos premiers calculs. La crise, la pression des actionnaires et la perspective du relèvement du niveau des fonds propres (coussin protecteur) ont déjà amené les banques à réduire substantiellement ces activités très risquées.

· Pour l’instant, les banques européennes de notre sélection les plus touchées par ces mesures nous semblent être Barclays (conservez), UBS (vendez), Deutsche Bank (vendez) et BNP Paribas (conservez).

· Nous restons toujours à l’écart des banques américaines, même si certaines semblent présenter des valorisations attractives. Ces règles sont de nature à modifier le profil de certains groupes qui, comme Bank of America, sont présents sur la plupart des métiers de la banque et qui seront vraisemblablement amenés à infléchir leur stratégie (cessions d’actifs ?).

Activités pour compte propre
Le trading pour compte propre est l’ensemble des investissements (en actions, devises, matières premières,…) réalisés par une banque avec ses propres capitaux. Il s’oppose aux investissements sur ces mêmes produits faits à la demande d’entreprises clientes, par exemple pour se protéger des fluctuations monétaires ou garantir un prix stable pour l’achat de matières premières. La définition du trading pour compte propre se complexifie quand les investissements avec les fonds de la banque se mélangent à ceux faits à la demande des clients.

Conclusion
· Il est encore trop tôt pour chiffrer avec précision l’impact de ces nouvelles règles sur les banques européennes. En effet, les propositions sur la table restent vagues et doivent encore être votées. Ces règles vont elles aussi dans le sens d’un plus grand contrôle des activités les plus risquées. Ce qui nous semble positif pour l’actionnaire et pourrait au final être bien reçu en Bourse. L’affaiblissement des grandes banques américaines pourrait même permettre aux européennes de gagner ultérieurement des parts de marché.
· Pour le moment, le renforcement du poids du politique dans la vie des banques reste un facteur d’inquiétude pour les investisseurs qui assistent à la fin de la période dorée des banques. Nous ne sommes donc toujours pas à l’achat sur le secteur bancaire, d’autant que les valorisations nous semblent déjà élevées. Les valeurs les plus liées aux activités de marché sont à la vente.

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