Analyse
Les banques et les dettes souveraines il y a 7 ans - mardi 8 juin 2010

Le problème des dettes souveraines est un nouvel écueil pour les banques. Celui de la Grèce est particulièrement inquiétant pour les françaises et les belges.

Le problème des dettes souveraines est un nouvel écueil pour les banques. Celui de la Grèce est particulièrement inquiétant pour les françaises et les belges.

Investisseurs méfiants
Les banques font à nouveau l’objet de méfiance. Le taux auquel elles se prêtent de l’argent (à 3 mois) reste élevé. Les prêteurs hésitent à accorder des crédits aux banques exposées aux dettes souveraines qui posent problème. L’heure n’est cependant pas à la panique, mais à la crainte que les problèmes persistent, surtout à cause de la Grèce. La Grèce est en effet le pays de l’Europe du Sud qui accuse le risque le plus élevé de voir à moyen terme l’Etat partiellement incapable d’honorer les paiements relatifs à sa dette. Parmi les banques que nous suivons, les françaises et les belges sont celles dont les fonds propres risquent le plus de souffrir du poids des dettes grecques (souveraines et privées). En Allemagne, Commerzbank est exposée à hauteur de 15 % des fonds propres. Deutsche Bank est exposée aux dettes souveraines grecques, italiennes, espagnoles et irlandaises pour 10 %. La situation est donc sérieuse. De très lourdes pertes sur ces dettes réduiraient sensiblement le niveau des fonds propres des banques concernées et donc leur solidité financière; la confiance serait mise à mal, les banques auraient de grosses difficultés à se financer.

Dettes privées
Le Crédit Agricole détient pour 25 milliards de dettes privées grecques. Au 1er trimestre 2010, ±20% des crédits octroyés par Crédit Agricole et Société Générale par l’entremise de leur réseau en Grèce n’ont pas été remboursés ou sont proches de ne pas l’être. Une nouvelle hausse est à craindre ces prochains trimestres. Si ce taux devait atteindre 30 %, les fonds propres de Société Générale et BNP Paribas ne seraient amputés que de 1 %. Pour le Crédit Agricole, il s’agirait de 7 %. Dettes souveraines

Dettes souveraines
Si la Grèce est temporairement tirée d’affaire grâce aux aides européennes, il est probable qu’après 2012, sa dette publique soit restructurée. Quel serait l’impact sur les banques exposées ? Imaginons deux scénarios : pour le premier, une dépréciation de 30 % (une dette valant 100 n’en vaudrait plus que 70); pour le second, de 50 % (voir tableau). Aujourd’hui, les échéances de 5 à 7 ans se négocient avec une dépréciation de ±20 %.
· Dans le premier scénario, les fonds propres de BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole subiraient une baisse de respectivement 2 %, 1,5 % et 0,5 % (soutenable). Mais pour Dexia, ce serait 10 %.
· Dans le second scénario, l’effet oscillerait entre 1 % (Crédit Agricole) et 3,5 % (BNP Paribas). Des niveaux acceptables mais qui pourraient affecter la rémunération des actionnaires. Pour Dexia (qui a mis beaucoup de temps à dévoiler son exposition à la Grèce et reste muet sur son exposition aux autres pays su Sud), l’impact atteindrait 17 % (catastrophique !). Pour KBC, il serait également sérieux (6,8 %). Toutes choses restant égales par ailleurs, ces deux scénarios ne nous semblent toutefois pas de nature à induire des augmentations de capital forcées.

Ne pas tout jeter
L’impact des dettes à problèmes montre à quel point les banques peuvent avoir du mal à rassurer les investisseurs sur leur solidité. Le problème des dettes vient s’ajouter à celui des actifs toxiques qui, s’ils ne pèsent plus que très peu sur le résultat, restent présents au bilan. De quoi alimenter un peu plus la méfiance.
· A quelques exceptions près, les actions bancaires ne sont pas chères et certaines sont même bon marché. Mais au vu des circonstances, nous ne conseillons pas de les acheter et préconisons même de vendre certaines. Pour le Crédit Agricole particulièrement, le risque de mauvaises nouvelles étant élevé, nous réduisons nos prévisions de bénéfice par action et de dividende pour 2011 et surtout 2012 et nous changeons de conseil (ne plus conservez).
· Si le risque ne vous effraie pas, le holding KBC Ancora, dont l’unique actif est une participation de 23 % dans KBC, a une décote historiquement élevée (38 %) et mérite un pari.
· Nous restons acheteurs des emprunts grecs (qui restent certes très risqués) à titre de diversification. Au contraire des emprunts portugais, espagnol et italien, leur risque nous semble bien rémunéré.

Exposition a la dette grecque

 

DP

DS

(1)

BNP Paribas

5

3

13

Soc. Générale

3

4

16

Crédit Agricole

1

25

60

Dexia

5

0

45

KBC

2

0

18

DS = exposition à la dette souveraine en milliards d’euros; DP=exposition à la dette privée en milliards d’euros; (1) poids de ces dettes en % des fonds propres. 

Exposition à la dette souveraine grecque et fonds propres des banques

 

BNP Paribas

Société Générale

Crédit Agricole

Dexia

KBC

Fonds propres en milliards d’euros

53

44

44

11

11

Exposition en milliards d’euros

5

3

1

5

2

Impact (en %) sur fonds propres 2010 si dette passe de 100 à 70 (*)

-2

-1,5

-0,5

-10

-4,1

Impact (en %) sur fonds propres 2010 si dette passe de 100 à 50 (*)

-3,5

-2,6

-1

-17

-6,8

(*) après impôt de 25 %

 

 

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