Analyse
Bâle 3 : moins d’incertitudes pour les valeurs bancaires il y a 7 ans - jeudi 16 septembre 2010

La solidité des banques, nécessitait de nouvelles normes. Après de nombreuses tractations elles ont été fixées par 27 régulateurs bancaires, et regroupées dans ce que l’on nomme Bâle 3. C’est un pas vers plus de transparence. Mais des zones d’ombre subsistent.

 

Quelles normes ?

A l’avenir, les banques qui voudront prendre plus de risque devront détenir un plus gros matelas de sécurité, matérialisé par le ratio core Tier-1 (voir fin du texte). Jusqu’ici, le minimum a été de 2 % : une banque qui octroie un crédit de 100 euros doit détenir des fonds propres pour au moins 2 euros (en principe; tout dépend aussi de la nature du crédit et de son risque).
Avec Bâle 3, le minimum imposé pour ce ratio passe à 7 %, à atteindre en deux paliers : de 2013 à 2015, il doit passer à 4,5 % ; de 2016 à 2019, il faut y ajouter 2,5 %. Ce niveau de 7 % est dans le bas des estimations attendues. Quant au délai pour l’atteindre, particulièrement long, il constitue la véritable surprise : il s’agit d’une concession acceptée par les régulateurs au profit des nombreuses (petites) banques non cotées dont résultat et solidité sont toujours sous pression.
Un matelas contrecyclique de 0 à 2,5 % pourra encore être ajouté (laissé à l’appréciation des régulateurs locaux).

 

En ce qui concerne les liquidités, l’instauration d’un ratio a été reporté (entre 2015 et 2018). Pourtant, la débâcle de Fortis et de Northern Rock était bien due à des problèmes de liquidité et non de solvabilité…

Quels impacts ?

Le core-Tier 1 de 7 % nous semble gérable (sans rechute de l’économie et si les Etats ne se montrent pas trop gourmands en matière de taxe bancaire). D’ailleurs, au premier semestre, la plupart des grandes banques l’ont déjà dépassé.

 

Les délais accordés pour atteindre le minimum rendent aussi l’adaptation gérable. Les groupes bancaires dont nous suivons l’action pourront selon nous l’atteindre sans augmentation de capital (même les français et les allemands dont la qualité des fonds propres laisse à désirer). Revers de la médaille : pour conserver des capitaux, les banques modèreront vraisemblablement leur dividende.

 

Toutefois, comme le montre l’actuel appel au marché lancé par Deutsche Bank, des augmentations de capital sont toujours possibles (avec à la clé une dilution du bénéfice pour les actionnaires qui ne participent pas).

 

L’amélioration de la solidité peut aussi passer par des cessions d’actifs. Les banques les plus fragiles peuvent céder des actifs, que les plus solides rachèteront pour se positionner ou se renforcer sur certains marchés. Les plus solides peuvent aussi se débarrasser d’actifs plus risqués. 

 

Ces normes auront pour effet de diminuer le bénéfice des banques. Car les activités qui seront découragées parce qu’elles sont les plus risquées, sont aussi les plus rentables. 
Quid de KBC, ING et Dexia et de l’aide publique qui leur a été accordée ? Pour KBC et ING, cette aide devra, à terme, être remplacée par du vrai capital en actions (core Tier-1). Compte tenu des programmes d’amincissement en cours, qui permettent de dégager des capitaux propres, nous ne voyons pas de problème dans l’immédiat. Pas de problème non plus chez Dexia, vu que l’aide publique a été réalisée sous la forme d’achat d’actions.

Stress tests

Les tests de résistance réalisés sur 91 banques européennes, pour mesurer la capacité de résistance à une crise, nous ont laissés sur notre faim. Leur sévérité et leur justesse est mise en doute. Ils n’ont pas pris en compte certaines dettes à long terme, et notamment l’essentiel de la dette publique détenue par les banques et ne permettent pas de bien définir la capacité des institutions à résister à un gros choc et à une crise des dettes souveraines.

 

Le cas d’Anglo Irish Bank est parlant : en cas de démantèlement rapide de la banque, l’Etat irlandais verrait ses finances sous pression et pourrait devoir restructurer sa dette... La Royal Bank of Scotland étant très exposée à l’Irlande, nous avons décidé il y a plusieurs mois de ne plus suivre son action (vendez).

 

En ce qui concerne la dette grecque, à moyen terme, une restructuration n’est toujours pás à exclure.

A l’heure du choix

Au premier semestre, la plupart des banques ont enregistré de très bons résultats, grâce à la baisse du coût du risque (moins de provisions sur crédits, portefeuilles d’actifs toxiques en partie nettoyés), grâce au rebond des activités banque d’investissement, et grâce à l’amélioration de la marge d’intérêt (différence entre les taux d'intérêt auxquels une banque emprunte et les taux auxquels elle prête. Une amélioration qui permet au secteur de rester globalement stable en Bourse depuis un an. 

 

Mais des questions subsistent. La banque de détail peut-elle encore améliorer ses profits si les difficultés économiques perdurent ? Quel sera l’impact de la taxation prévue pour  le secteur ? La banque d’investissement est-elle capable de maintenir son niveau actuel de bénéfice ?
A quelques exceptions près, les actions des banques que nous suivons ne sont pas chères. Mais compte tenu de la situation, nous jugeons préférable de ne pas en conseiller l’achat.

 

Nous reviendrons progressivement sur l’impact de ces normes mais quelques noms sont déjà à épingler.
- Allied Irish Banks
Action chère et perspectives de croissance faibles. Compte tenu des nouvelles normes, la banque reste fragile. Nous ne tablons pas sur un retour rapide du dividende.
- Crédit Agricole
Action chère. Les nouvelles règles et la structure du groupe ne lèvent pas tous nos doutes sur sa solidité. La banque pourrait encore modérer sa politique de rémunération de l’actionnaire. Elle reste très exposée à la Grèce, via sa filiale de banque de détail.
- UBS
Les autorités suisses de régulation semblent vouloir imposer des niveaux de solidité supérieurs à ceux de Bâle 3. Mais même si UBS devait atteindre 3 à 4 % de plus, elle resterait très bien capitalisée. La banque est même en mesure de se montrer plus généreuse que ce que nous pensions avec l’actionnaire. Nous avons relevé nos prévisions de dividendes 2011 et 2012 et changé de conseil (ne vendez plus).
- KBC et Dexia font partie des meilleurs élèves en ce qui concerne les exigences internationales de solvabilité et le stress test européen (en partie, il est vrai, grâce aux aides publiques). Vous pouvez conserver KBC (et même acheter l’action du holding KBC Ancora, qui contrôle la banque), mais vendre Dexia, pour lequel des doutes subsistent sur le financement des activités (peu de dépôts des clients; appels fréquents aux obligations et au marché interbancaire).

Tier 1 et Core Tier 1

Pour une banque, la solvabilité, c’est le degré de capacité à rembourser les dépôts des clients. Plus cette capacité est grande, plus la banque est solvable.

 

Le ratio “Tier 1” exprime le degré de solvabilité. Concrètement, c’est le rapport entre d’une part les fonds propres (capital + réserves) et d’autre part les différents actifs de la banque (trading, crédits aux entreprises …). Ce rapport est pondéré en fonction du risque. Pour certaines activités, comme p.ex. la négociation d’actifs complexes, le poids du risque est plus important que pour que d’autres, comme p.ex. l’octroi de crédits à la consommation.

 

Le “core tier 1” est une version du tier 1, élaguée des instruments de capitaux hybrides (comme les obligations perpétuelles, les actions préférentielles, les obligations convertibles…). Il est donc plus sévère puisqu’il se base sur des critères laissant moins de doutes : vraies actions, primes d’émission, réserves constituées.

 

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