Analyse
Lernout & Hauspie : 10 ans pour un arrêt très mitigé il y a 7 ans - lundi 27 septembre 2010

Avec les deux prévenus les plus solvables, KPMG et Dexia, à ce stade un peu plus hors de portée, la perspective d’un dédommagement digne des préjudices subis s’éloigne quelque peu.

Il aura fallu près de six ans d’enquêtes et plus de trois ans de procès pour que la justice belge se prononce. Les montages de Lernout & Hauspie, qui ont permis de gonfler le chiffre d’affaires de 66 % en 1999 et de 88 % en 2000, et donc de gruger les petits actionnaires sur le développement réel des affaires, ont été déclarés frauduleux à partir de mi-1999. Si les fondateurs Jo Lernout, Pol Hauspie et 6 autres des 21 prévenus ont bien été condamnés, l’auditeur KPMG et Dexia (qui a intégré Artesia, ex-banquier de LHSP) ont par contre été acquittés.

Au vu des éléments repris dans le dossier de 400 000 pages, Dexia et KPMG étaient pourtant au courant des mécanismes mis en place. Bizarrement, un des réviseurs de KPMG a tout de même été reconnu coupable de négligence et devra payer une amende de 2 478,93 EUR. Un petit bouc émissaire pour épargner KPMG qui, comme Dexia, n’hésite pas aujourd’hui à se présenter comme une victime ? Au-delà de la motivation choquante de l’arrêt (2 100 pages ! voir la lettre adressée à nos membres), le verdict est une très mauvaise nouvelle pour les 10 193 investisseurs dont nous représentons les intérêts en partenariat avec Deminor. La désignation de coupables ouvrait en effet une voie royale aux demandes d’indemnisation dans le cadre du procès civil qui ne débutera pas avant fin 2011. Aujourd’hui, avec les deux prévenus les plus solvables, KPMG et Dexia, à ce stade un peu plus hors de portée, la perspective d’un dédommagement digne des préjudices subis (nous demandons 290 millions EUR) s’éloigne quelque peu.

Aux Etats-Unis, deux procédures de « class action » initiées en 2000 et 2003, ont pourtant forcé KPMG et Dexia à payer des indemnités de respectivement 115 et 60 millions USD à ceux qui avaient investi via le Nasdaq. Une issue et une efficacité qui soulignent une fois de plus le manque criant de possibilités de telles procédures en nom collectif en Belgique. Au frigo pour cause de gouvernement en affaires courantes chez nous, les initiatives en ce sens, pour lesquelles nous bataillons ferme, semblent désormais aussi momentanément gelées au niveau européen. Viviane Reding, la commissaire européenne à la Justice, vient en effet de déclarer avoir eu de longues conversations à ce sujet avec les milieux économiques américains qui l’ont mise en garde contre un tel mécanisme. On croit rêver ! Autant demander aux chauffards leur avis sur la multiplication des radars routiers…

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