Analyse
Médecin-labo : un couple sous influence il y a 7 ans - lundi 13 septembre 2010

Lister les paiements faits aux professionnels de la santé est un acte louable, mais peut-on en conclure la fin des conflits d’intérêts ?

Une loi américaine, issue de la récente réforme du secteur de la santé, prévoit que, dès 2013, les sociétés pharmaceutiques devront déclarer tout paiement de plus de 10 dollars fait à des médecins (y compris cadeaux et repas).

 

Le laboratoire américain Pfizer devait quant à lui le faire dès cette année. C’était une des conditions de l’accord à l’amiable passé au cours de l’été 2009 avec les autorités américaines, après que Pfizer a été reconnu coupable d’avoir incité les médecins à prescrire des médicaments pour des indications autres que celles autorisées.

 

Au cours du second semestre 2009, le géant pharmaceutique a distribué 20 millions de dollars à 4 500 médecins et 15 millions de dollars à des centres de recherche.... !

 

Certes, lister les paiements faits aux professionnels de la santé est  louable. Mais peut-on en conclure la fin des conflits d’intérêts ? Rien n’est moins sûr. D’une part, les chiffres déclarés ne font pas l'objet de sévères contrôles, de sorte qu'on peut s’interroger sur leur véracité. Et si des pénalités sont prévues en cas «d’oubli»,  elles sont limitées. D’autre part, les professionnels continueront à accepter les versements des labos, même publiés. Au contraire, le fait que ces paiements soient déclarés peut les inciter à se sentir davantage  moralement libérés. En outre, comment  interpréter les chiffres ? Quel impact précis ces paiements ont-ils sur l’intégrité des médecins ? Difficile sans doute de rester objectif, lorsque son salaire ou le budget de son centre de recherche dépend au moins en partie des commissions versées par les labos... Enfin, d’autres facteurs influencent les décisions des médecins : sponsoring de réunions, échantillons gratuits, efforts commerciaux des délégués médicaux. Car quand bien même les médecins pensent  garder leur objectivité, des études démontrent une corrélation entre les visites des délégués et les comportements de prescription.

La publication des paiements faits aux médecins ne peut donc être considérée que comme une étape. Si on veut voir disparaître les conflits d’intérêts, c’est l’ensemble du système relationnel labos-médecins qu’il faut mettre à plat.  Vaste chantier, tant le couple médecin-labo est indissociable. Pour y parvenir,  les autorités devront encore sanctionner certains abus.

 

Dans nos analyses, le problème se traduit dans le degré de risque que nous accordons aux actions du secteur. Malgré la solide situation financière des labos, le risque moyen des actions pharmaceutiques est de 3, sur notre échelle  de 1 à 5.

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