Analyse
BNB : les actionnaires battent en retraite il y a 6 ans - mercredi 9 février 2011

Nouveaux revers pour les actionnaires particuliers. Le combat juridique continue.

La Banque nationale de Belgique, chargée de tâches d’intérêt général et préposée à la gestion de réserves d’or et de devises, est un cas à part en Bourse : la moitié de ses actions sont aux mains de l’Etat tandis que le reste est en circulation dans le public. Et depuis plusieurs années, le torchon brûle entre les actionnaires privés et l’Etat. Les premiers contestent ainsi le passage progressif des fonds propres de l’institution dans les mains des autorités, qui s’octroient la plus grande part des revenus et des réserves (d’or) ainsi que des plus-values sur ces mêmes réserves.
Plusieurs procédures en justice ont depuis été lancées, mais sans résultat.

Jeter l’éponge ?

L’année 2010 n’aura guère apporté de satisfactions aux actionnaires particuliers.

Le cabinet de conseils Deminor, qui emmène plusieurs des procédures, conteste e.a. la loi du 3 avril 2009 et le fait que 25 % seulement du bénéfice de la banque soient intégrés aux réserves (contre 69 % en 2008) et qu’une plus grosse partie du profit encore passe ainsi dans les mains de l’Etat. La Cour constitutionnelle a rejeté la requête de Deminor à ce sujet en juin.

Une autre requête de Deminor avait trait à l’expiration du droit d’émission des billets de banque. La BNB n’imprimant plus de billets depuis la création de l’euro, l’existence de son important fonds de réserve était en effet contestée par les actionnaires qui estimaient qu’une partie devait leur être redistribuée. La Cour d’appel de Bruxelles a aussi rejeté cette demande.

Dans cette guerre d’usure, les plaignants semblent perdre courage, au point de renoncer à de nouvelles procédures (au niveau européen). Deminor ne semble plus non plus avoir l’appui de ses clients pour aller en cassation.

Pas terminé

Ce qui précède ne signifie pas pour autant que les procédures sont terminées. Maître Arnauts, qui a repris le dossier de son ancien associé Maître Modrikamen, suit ainsi encore deux affaires.

La première requête estime que les actionnaires privés ont droit à une indemnité (9 334 EUR par action) en compensation du transfert à l’Etat de la plus-value sur les avoirs en or.

La seconde, déposée en 2010 seulement après le classement sans suite d’une première plainte, fait l’objet d’une enquête sur une éventuelle manipulation par laquelle certaines parties auraient poussé systématiquement le cours de la BNB à la baisse.
S’il est impossible d’évaluer les chances de succès de ces procédures à ce stade, de nouveaux épisodes peuvent clairement encore être attendus en 2011. A suivre donc.

Risque élevé

En attendant, les actionnaires peuvent compter sur un beau dividende.

Alors que le cours est d’environ 3 300 EUR, la valeur comptable fin 2009 était de 9 698 EUR, ou 8 367 EUR si l’on retire 1/5 du fonds de réserve (part revenant à l’Etat en cas d’expiration du droit d’émission des billets de banque), et sans tenir compte des réserves d’or et de devises. Cette valeur devrait être encore plus élevée avec le bénéfice réalisé en 2010.

Bien qu’un investissement dans la BNB soit a priori peu risqué, le cours, jusqu’ici stimulé par les procès, pourrait souffrir en cas de retrait de Deminor. La situation pourrait en outre encore s’aggraver si les autres procès devaient se terminer en queue de poisson.

N’achetez plus

Bien que l’action soit bon marché, nous ne conseillons plus son achat spéculatif compte tenu de l’incertitude croissante qui entoure le cours. Vous pouvez néanmoins conserver.

Côté dividende (94,86 EUR net en 2010), nous prévoyons de nouvelles hausses ces prochaines années, ou du moins une stabilité. Car celui-ci dépend du revenu du portefeuille de placements de la banque, constitué à 90 % d’obligations et dont la valeur augmente chaque année du bénéfice réservé. Au cours actuel, cela représente un rendement non négligeable de près de 3 % net.

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