Analyse
Nokia s’allie avec Microsoft il y a 6 ans - vendredi 18 février 2011

Le fabricant numéro un de téléphones portables a conclu un partenariat avec Microsoft. Une alliance entre deux groupes en perte de vitesse, pour redresser la barre dans les smartphones.

Nous restons perplexes.
Action chère.
VENDEZ.


En crise

Depuis la sortie de l’iPhone d’Apple en 2007, le cours de Nokia a perdu ±60 %. L’iPhone d’Apple, les smartphones équipés du système d’exploitation Android de Google (Samsung, HTC, LG…) ou de Research in Motion (BlackBerry) lui ravissent des parts de marché. Les concurrents ont compris qu’avec l’internet mobile, la qualité du système d’exploitation et des applications d’un smartphone sont primordiales dans le choix du client. Et sur ce point, Nokia est limité. Son système d’exploitation Symbian ne convainc pas et sa boutique d’applications Ovistore fait pâle figure face à l’Appstore d’Apple. Conséquence : la part de marché de Symbian est passée de 52 % en 2008 à 37 % en 2010 (et même à 31 % au 4e trimestre), celle d’Android a atteint 23 % (contre quasiment 0 % il y a 2 ans), celle d’Apple 16 % (contre 8 %) et celle de Research in Motion 16 % (contre 17 %).

Dans les téléphones portables traditionnels (48 % des ventes), la situation est aussi difficile, face aux casseurs de prix asiatiques (LG, Samsung, HTC, acteurs chinois…) et alors que plus de 40 % du chiffre d’affaires sont réalisés en Asie. La rentabilité en souffre : la marge opérationnelle de la division (69 % des ventes) a chuté à 11,3 % au 4e trimestre 2010 (contre 15,4 % un an plus tôt). Et Nokia prévoit encore un recul sur le trimestre en cours.

L’activité équipements réseaux (31 % des ventes) est aussi à la peine. Sa rentabilité est quasi nulle, vu la concurrence des asiatiques Huawei et ZTE.

Pour enrayer cette spirale, le leader mondial de la téléphonie mobile (453 millions de portables vendus en 2010) devait se réinventer. Il a commencé par nommer un nouveau directeur (un ancien de Microsoft). Il continue par une alliance avec Microsoft.

Alliance avec Microsoft

Nokia a opté pour un partenariat avec Microsoft, plutôt qu’avec Google, qui aurait eu l’avantage de redresser rapidement les ventes, mais aurait mis Nokia en concurrence avec les appareils équipés d’Android, sans réelle possibilité de se différencier. L’accord avec Microsoft prévoit que le système d’exploitation de Microsoft (Windows Phone 7), dont la part de marché se limite à 3 %, équipe à terme la plupart des téléphones Nokia (Nokia développera toujours Symbian et MeeGo, deux platesformes haut de gamme sous Linux, mais plus timidement).

Pour optimiser l’offre, séduire les clients et les développeurs d’applications, des actifs de Nokia et de Microsoft seront mis en commun (géolocalisation de Nokia, moteur de recherche Bing, outil bureautique Office et jeux Xbox 360 de Microsoft).

Pas gagné

Nokia compte participer à la course. Mais ce n’est gagné. Car Nokia et Microsoft sont en perte de vitesse, l’accord semble plutôt à l’avantage de Microsoft et les indications ne sont pas rassurantes. Les premiers combinés Nokia / Microsoft ne sont pas attendus avant fin de cette année et tant 2011 que 2012 seront des années de transitions durant lesquelles il faudra façonner l’offre conjointe; or, dans ce secteur, deux ans sont une éternité ! Dans l’attente, la part de marché de Nokia risque d’encore reculer, d’autant que les consommateurs pourraient se détourner de Symbian, dont le développement sera ralenti. De plus, les prévisions de marge opérationnelle pour après 2012 ne sont pas rassurantes (plus de 10 % selon le groupe, soit proches du niveau actuel, mais loin des chiffres du passé, et ce malgré la réduction des investissements et des coûts). Motif d’espoir : l’alliance est bien accueillie par les opérateurs télécom, inquiets de l’emprise d’Apple et Google sur le secteur. Mais nous doutons que cela suffise.

 

Restez à l’écart

Coincé par la concurrence d’Apple, Google et BlackBerry, qui proposent des produits plus attrayants, Nokia a dû faire un choix qui risque de peser sur sa part de marché dans les smartphones et sur ses performances des deux prochaines années, et qui, à terme, ne garantit pas de séduire les consommateurs et les développeurs. Nous tablons sur un bénéfice par action de 0,50 EUR en 2011 et de 0,54 EUR en 2012, nous réduisons nos prévisions de dividende, considérons que l’action Nokia est chère et conseillons de la vendre. Nous ne conseillons pas non plus de miser sur Microsoft.

Vendre au plus bas ?
Pendant plusieurs années nous vous avons conseillé de vendre l’action Nokia, surévaluée selon nous. En juillet 2010, face à une lourde chute de cours, nous considérions que le titre n’était plus vraiment cher et conseillions de ne plus le vendre. A présent, bien que le cours soit à son plancher historique, nous conseillons à nouveau de céder les titres. Contradiction ? Non. Car même à son plancher, une action peut redevenir surévaluée. Son évaluation dépend beaucoup des perspectives ! Et selon nous, celles de Nokia ne sont pas en train de s’éclaircir.

 

Cours au moment de l'analyse : 6,71 EUR

 

Le groupe finlandais Nokia est leader mondial des équipements télécoms; premier fabricant de téléphones portables et deuxième fournisseur d’infrastructures grâce sa co-entreprise avec Siemens.


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