Analyse
Le diabète, symptomatique des difficultés de la recherche dans le secteur pharmaceutique il y a 6 ans - mardi 22 mars 2011

Les laboratoires tentent de développer des médicaments pour réduire les effets de cette maladie incurable. Les succès sont mitigés. Une difficulté symptomatique de la baisse de productivité de la recherche dont souffre le secteur.


La lutte contre le diabète constitue un des principaux défis médicaux du 21e siècle. A ce jour, la "maladie du sucre" reste incurable et les grands laboratoires pharmaceutiques tentent, avec des succès mitigés, de développer des médicaments pour en réduire autant que possible les effets. Cette difficile quête d’un traitement est symptomatique de la baisse de productivité de la Recherche et du Développement (R&D) qui frappe le secteur depuis des années maintenant.

 

Les types de diabète

Le diabète de type I (maladie auto-immune) se caractérise par une production insuffisante ou inexistante d’insuline par le pancréas.
Le diabète de type II (90 % des diabètes) est favorisé par l’obésité, le vieillissement, le manque d’activité physique et une alimentation trop riche.

 

Le diabète : un fléau

Plus de 285 millions de personnes seraient diabétiques. Un chiffre qui devrait dépasser les 438 millions d’ici 2030, en raison notamment du mode de vie de plus en plus occidental des pays émergents. Face à ce fléau, les laboratoires ont développé deux types de traitement : l’insuline, injectée principalement aux patients atteints du diabète de type I, et les médicaments oraux (ou parfois injectables) pour les diabétiques de type II.

 

Recherche à la peine

Les traitements existants ne font que pallier le manque d’insuline et réduire les risques de complications. Cette maladie symbolise donc à elle seule le problème-clé du secteur : la diminution de la productivité de sa recherche, qui peine à se renouveler après avoir trouvé des traitements efficaces contre les maladies dites "faciles". De plus en plus de moyens financiers sont ainsi nécessaires aujourd’hui pour faire des avancées de moins en moins spectaculaires.

 

Tour d’horizon

Abbott : pas de médicament mais 4 % des ventes 2010 générés par le matériel d’auto-surveillance (contrôle du glucose et pompes à insuline).

 

AstraZeneca : lancé en 2009, l’Onglyza enregistre toujours des ventes symboliques, même si elles ont été multipliées par 6 en 2010 ; l’anglais dispose aussi du Kombiglyze XR, qui vient d’être lancé aux USA, et du Dapagliflozin, en cours d’approbation.

 

Eli Lilly : vend deux insulines (Humalog et Humalin) et le médicament injectable Byetta, lesquels ont représenté 17 % des ventes 2010 ; deux nouvelles molécules sont pour l’instant un échec (homologation reportée pour le Bydureon et tests cliniques suspendus pour le Teplizumab) ; le récent accord avec Boehringer Ingelheim lui donne accès à deux nouvelles molécules.

 

GlaxoSmithKline : les ventes de l’Avandia, son seul antidiabétique, se sont réduites à peau de chagrin (2 % des ventes 2010) suite aux risques cardiovasculaires décelés, mais deux produits sont prêts à prendre le relais (Otelixizumab et Syncria).

 

Merck : a réalisé 7 % de ses ventes 2010 grâce aux Januvia et Janumet, dont les ventes ont progressé de 29 % par rapport à 2009. D’autres combinaisons à base de Januvia sont en fin de développement.

 

Novartis : vend le Galvus et l’Eucreas. Si les ventes sont en forte hausse, elles restent marginales (1 % du chiffres d’affaires en 2010) car le Galvus n’est pas autorisé aux USA. Deux molécules, sans grand potentiel, sont en fin de développement.

 

Pfizer : ne possède aucun produit (son insuline inhalable Exubera a été retirée du marché en 2007 après un cuisant échec). Plusieurs projets sont en phase de recherche peu avancée.

 

Roche : ne possède pas de médicament et a arrêté le développement du Taspoglutide en raison de trop nombreuses intolérances gastro-intestinales et réactions cutanées ; il dispose par contre d’un précieux atout à travers le matériel d’auto-surveillance du diabète (6 % des ventes 2010).

 

Sanofi-Aventis : 82 % des ventes liées au diabète sont issues du Lantus, une insuline à action prolongée ; avec son autre insuline Apidra et son médicament Amaryl, les traitements contre le diabète ont généré 14 % du chiffre d’affaires en 2010 ; le Lixisénatide est en phase finale de recherche et les premiers résultats sont favorables.

 

Bilan de santé

Côté médicaments, avantage au Januvia de Merck, déjà bien installé sur le marché contrairement à l’Onglyza d’AstraZeneca et même au Galvus de Novartis en Europe. Côté insulines, le Lantus de Sanofi-Aventis, avec 3,5 milliards d’euros de ventes et une croissance de 9 % en 2010, décroche la palme devant l’Humalog d’Eli Lilly.

 

Les échecs répétés expliquent les inquiétudes qui pèsent sur le secteur. D’autant que la rentabilité est mise à mal par la pression des génériques et le durcissement des règlementations.
Grâce à d’importants efforts de marketing, les ventes et les liquidités générées restent toutefois acceptables, ce qui permet de distribuer de généreux dividendes.
A plus long terme, les nouvelles avancées de R&D (de plus en plus sous la forme de partenariats) devraient donner des perspectives de croissance au secteur car les opportunités, à l’image du diabète, ne manquent pas…

 

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