Analyse
Glencore coté à Londres et à Hong-Kong il y a 6 ans - vendredi 27 mai 2011

Le 24 mai, le géant suisse des matières premières Glencore a fait son entrée sur la Bourse de Londres (ticker GLEN.L) et sur celle de Hong Kong. Jusqu’ici, il s’est montré très discret sur ses activités et sur ses comptes. IL va devoir maintenant se dévoiler.

Mastodonte

Le suisse Glencore, présent sur tous le continents, est actif dans les matières premières à plusieurs niveaux : production, transport, négoce et trading. L’essentiel de son activité de production est consacré aux matières agricoles (blé, maïs, coton, cacao…). Mais il est aussi actif dans les métaux (cuivre, aluminium, zinc, minerai de fer…) et l’énergie (pétrole, charbon, gaz…). Jusqu’ici, ce géant faisait partie des plus grandes entreprises au monde non cotées, quasi exclusivement détenue par la direction et les salariés (le PDG détient plus de 15 % du capital). Son introduction en Bourse fait de lui une multinationale, pesant plus de 60 milliards de dollars.

Pourquoi en Bourse ?

Selon nous, si les actionnaires existants ont opté pour la Bourse, c’est pour rendre leur participation plus liquide. Car jusqu’ici, toute cession de titres nécessitait l’accord unanime des autres actionnaires. L’ouverture du capital au public va leur permettre de plus facilement monétiser leurs titres. Le 24 mai, plus d’un million de titres existants ont ainsi déjà été mis sur le marché (ils représentent 2,2 milliards de dollars, soit 3,6 % du capital). L’introduction en Bourse est aussi l’occasion de récolter des fonds (avec émission de nouvelles actions) pour financer la croissance, sans plus trop faire grossir la dette (déjà 75 % des fonds propres). Le groupe compte rassembler 7 à 8,5 milliards de dollars.

Transparence

Pour un groupe aussi traditionnellement discret, l’introduction en Bourse va impliquer de gros changements. Il s’agira d’assurer la transparence (jusqu’ici totalement inexistante) des comptes et des contrats avec la clientèle, notamment en ce qui concerne l’attribution d’exploiter les mines, les terres arables… (domaine très occulte). L’introduction en Bourse a aussi fait découvrir au monde que le directeur général, Ivan Glansenberg, est un des hommes les plus riches de la planète. Lui aussi devra s’habituer à être sous les feux des projecteurs.

Ne pas acheter

Lors de nombreuses entrées en Bourse, le cours d’introduction est trop élevé, parce que fixé par une direction qui surestime les perspectives de son entreprise. Dans les semaines qui suivent, de fortes variations sont à craindre. Acheter des actions à l’occasion d’une introduction en Bourse est donc risqué.

Officiellement, l’opération lancée par Glencore (actions existantes mises sur le marché + nouvelles actions) porte sur 15 à 20 % du capital (soit 10 milliards de dollars). Cependant, des fonds spéculatifs (d’Abu Dhabi IPIC, le fonds souverain Singapourien, de Crédit Suisse) ont déjà pu prendre des participations avant la mise des titres sur le marché. La part de capital restant à la disposition du public se limite donc à 10 %, ce qui laissera aux actionnaires minoritaires bien peu de possibilité de s’exprimer.

Depuis plusieurs mois, le secteur des matières premières est en plein boom. Malgré sa récente correction, il reste proche des sommets historiques. Il est toujours cher. Compte tenu de cela, des prévisions de résultats pour Glencore pour ces prochaines années et du dividende annoncé (rendement brut d’à peine plus d’1 %), nous considérons que l’action est chère. Restez donc à l’écart. D’autant que des soupçons de large fraude fiscale pèsent sur le groupe et pourraient avoir des conséquences à moyen terme.

 

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