Analyse
Parachutes dorés : néfastes pour l’actionnaire ! il y a 6 ans - mercredi 18 mai 2011

Les parachutes dorés, ces indemnités de licenciement un peu trop généreuses, ont déjà été la cause de nombreuses irritations. Une étude sur le sujet semble aujourd’hui prouver que la pratique peut effectivement être néfaste à l’actionnaire.

Géantissime

Avant la crise financière, les parachutes dorés, ces indemnités de licenciement royales, étaient généralement acceptées. Les dirigeants d’entreprises et d’autres cadres de haut niveau bénéficiaient dans certains cas d’indemnités énormes lors de la rupture de leur contrat, pour des montants pouvant atteindre 15 fois leur salaire annuel ! Des sommes pouvant ainsi se chiffrer à plus de 10 millions d’euros. L’idée du monde des affaires était alors que, sans cela, il était difficile de garder des dirigeants talentueux au sein de l’entreprise. Au contraire, les opposants à un tel système estimaient quant à eux que de tels montants étaient inconcevables, alors que les actionnaires n’avaient plus qu’à ramasser les morceaux.

Pendant la crise financière, face notamment aux moyens financiers sévèrement réduits des entreprises, la donne a changé. Chez nous, la législation en la matière est devenue plus sévère. En avril 2010, une loi a été votée : elle limite les parachutes dorés à une année de salaire. La pratique consistant à payer des indemnités exagérées est dès lors en retrait. Mais elle n’a pas totalement disparu.

Actionnaire pigeon

Si la pratique est en retrait, c’est plutôt une bonne affaire. Car si on en croit les résultats d’une étude de trois professeurs d’université, intitulée ‘On the Importance of Golden Parachutes’, en cas de reprise d’une société, les principales victimes des parachutes sont les actionnaires. L’étude a ainsi révélé qu’en cas de possible reprise d’une société, lors des prises de décision, le dirigeant se laisse influencer par l’effet qu’aura cette reprise sur son indemnité. Pense-t-il dès lors plus à lui qu’aux actionnaires ?

Pour en arriver à cette conclusion, l’étude s’est penchée sur 851 cas de reprises et fusions, étalés sur une période courant de 1999 à 2007. Elle a examiné l’importance des parachutes dorés prévus en cas de reprise, dans le montant total perçu par le dirigeant, une fois la reprise concrétisée. Car ce que le dirigeant reçoit en définitive ne se limite pas au parachute. Le dirigeant perçoit aussi le produit de la vente d’actions de la société cédée, ainsi que des options, lesquelles peuvent voir leur valeur d’autant plus accentuée par la prime offerte par le repreneur sur les titres acquis. Dans certains cas, le bonus de reprise est également prévu.

Il apparaît ainsi que, si l’importance relative du parachute doré dans le montant total perçu en cas de licenciement augmente de 10 %, la prime offerte par le repreneur baisse de 5 %. En d’autres mots, le dirigeant de l’entreprise rachetée accepte du repreneur des conditions moins favorables de reprise, parce que sa propre prime est relevée et qu’il a hâte de l’encaisser. Il ne cherche donc pas à retirer le maximum pour l’actionnaire.

A notre avis

Nous le répétons : nous n’avons rien contre les indemnités de licenciement. Un dirigeant est un collaborateur comme un autre. Mais l’indemnité doit rester raisonnable. Nous plaidons depuis longtemps pour qu’elle ne dépasse pas douze mois de salaire (comme c’est maintenant le cas en Belgique). Dans nos études consacrées à la bonne gouvernance des entreprises, l’envergure des parachutes dorés est prise en considération. Elle influence le niveau de l’indicateur de risque que nous conférons à chacune des actions que nous suivons.

 

Partagez cet article