Analyse
Investir en actions : notre stratégie il y a 6 ans - lundi 6 juin 2011

Depuis leur plancher de mars 2009, les Bourses ont offert un rendement d’un peu plus de 100 % (en euro). Mais depuis la mi-janvier, elles sont en recul. Les marchés émergents accusent le coup, les marchés occidentaux plafonnent et les risques de dérapage se multiplient. Quelle stratégie adopter dès lors ?

Performances mitigées

Pour l’investisseur en euro, mis à part le recul des actions japonaises, ce sont surtout les Bourses émergentes qui rongent les rendements, pénalisées par les mesures locales pour contrer l’inflation (hausse des taux, restriction des crédits…). Mais les performances des Bourses occidentales depuis le début de l’année ne sont pas mirobolantes pour autant (+3,4 % dans la zone euro, +0,2 % aux USA). Beaucoup d’indicateurs semblent désormais plafonner. La croissance bénéficiaire des entreprises ralentit (+15 à 20 % prévus cette année contre +35 % en 2010). Et, contrairement aux précédents trimestres, les derniers résultats trimestriels publiés, pourtant en moyenne supérieurs aux attentes, n’ont pas donné de nouvelle impulsion aux cours. En Europe, les prévisions bénéficiaires moyennes du marché pour 2011 ont même été légèrement réduites, une première depuis deux ans ! Dans un tel contexte, alimenté aussi par des craintes de dérapage (crise des dettes souveraines, stress tests pour les banques de la zone euro, menace inflationniste, crise immobilière américaine…), quelle stratégie adopter ?

 

Ne délaissez pas les actions !

La plupart des marchés restent correctement évalués et certains présentent même encore une décote (New York, Londres, Stockholm, Zurich). Si on exclut les actions du secteur financier, les dividendes sont, la plupart du temps, supérieurs aux niveaux d’avant-crise et leur rendement restent historiquement élevé au regard des taux sans risque. Aujourd’hui, compte tenu de l’inflation, la rémunération des meilleurs comptes d’épargne est négative ! En outre, suite aux restructurations, les bilans des sociétés sont nettement renforcés. Aujourd’hui, pour un portefeuille à 10 ans de risque neutre, nous vous conseillons de consacrer 65 % de vos avoirs aux actions, un poids que nous avons augmenté ces derniers mois.

 

Voyez nos différentes suggestions de compositions de portefeuilles.

 

N’excluez aucun secteur

Il n’y a pas de bon ou de mauvais secteur et il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises sociétés. Il n’y a que des actions sous ou surévaluées. Les sociétés les plus dynamiques dans les secteurs les plus médiatisés (p.ex. aujourd’hui, les réseaux sociaux, avec LinkedIn, ou les technologies vertes) se sont, d’un point de vue historique, rarement révélées des bonnes affaires pour l’investisseur. Il suffit d’observer ce qu’il est advenu des stars de l’internet et des télécoms (toujours 50 % sous leurs sommets de mars 2000 !) ou, à l’inverse, d’observer les rendements générés par les valeurs minières (multipliés par 6 depuis la même époque !), pourtant alors complètement délaissées.

 

Nos conseils d’achat : deux aspects fondamentaux

Un aspect évaluation : nous achetons uniquement des actions bon marché (pénalisées de manière exagérée par les investisseurs) sur base des rapports cours/bénéfice, des rapports cours/valeur comptable et des rendements de dividendes attendus.
Un aspect qualitatif : le cash-flow est il suffisant et assez régulier pour permettre à la fois une hausse régulière du dividende, un contrôle de l’endettement et une politique d’investissement assurant la pérennité et le développement de la société ?

 

Privilégiez les défensives

Vu les nombreuses incertitudes, nous privilégions les sociétés générant de solides cash-flows et, parmi elles, les plus défensives, c.-à-d. les moins sensibles à la conjoncture. Deux secteurs répondent à ces critères et recèlent d’ailleurs le plus d’opportunités (leur caractère défensif ayant pénalisé leur cours lors du récent rebond).

 

Les pharmaceutiques (achetez Roche, Novartis, GlaxoSmithKline, Abbott Labs) qui permettent de jouer la carte du vieillissement de la population et dont les beaux cash-flows garantissent de gros dividendes. Le secteur a souffert de la vague des génériques ces dernières années, mais on mesure aujourd’hui nettement mieux l’impact des pertes de brevets (2012 sera la plus mauvaise année à ce sujet) et le secteur reste plutôt abordable par rapport au reste du marché.

 

Les télécoms qui offrent les rendements sur dividendes les plus élevés du marché (rendement brut prévu pour 2011 : 8 à 9 % !). Pressés par une réglementation qui se durcit et l’intérêt de nouveaux concurrents (Apple, Google…), les acteurs n’en disposent pas moins de belles perspectives de développement (e.a. dans l’internet mobile). Les plus audacieux privilégieront ceux qui sont les plus actifs dans les marchés émergents où les taux de pénétration restent plus faibles qu’en Occident (Vodafone, Telefónica, Telesp). En dépit de leur faiblesse actuelle, les marchés émergents doivent garder une place de choix dans vos avoirs (15 % de notre portefeuille neutre à 10 ans). A ce jour, les mesures prises pour combattre l’inflation semblent efficaces. Si elles risquent de brider la croissance à court terme, elles sont aussi le meilleur moyen de pérenniser la croissance à plus long terme.

 

Profitez de la faiblesse du dollar

Nous tentons aussi de profiter de la faiblesse du dollar en investissant dans des actions américaines (20 % de notre portefeuille neutre à 10 ans), la Bourse américaine restant par ailleurs globalement bon marché. Nous privilégions néanmoins des entreprises dont l’avantage compétitif pour les exportations est en mesure de compenser le risque de faiblesse prolongée du billet vert, si sa sous-évaluation se résorbe très lentement. (General Electric, Intel…).

 

Visez les actions bon marché

Nous recommandons toujours des actions bon marché, avec un avantage compétitif, comme par exemple EVS, qui occupe 95 % du marché des cars de régie de production télévisuelle et qui, grâce à ses acquis technologiques, réalise une percée dans le marché des studios (10 fois plus gros !). Citons aussi le spécialiste des métiers à tisser Picanol dont les concurrents japonais souffrent de l’appréciation du yen, le chinois JinkoSolar dont l’intégration offre un atout certain dans un secteur des panneaux solaires de plus en plus concurrentiel, l’américain Intel, leader du marché des semi-conducteurs avec 75 % de parts de marché, ou encore le spécialiste des composants de radio-fréquence TriQuint Semiconductor. Enfin, les plus audacieux peuvent miser sur des sociétés plus risquées, qui ont connu de très grandes difficultés, mais qui sont désormais sur la voie d’une restructuration fructueuse (Deceuninck, Agfa).

 

Evitez les banques

Outre les dangers à court terme (crise des dettes souveraines, résultats des stress tests, cessions d’actifs forcées), la rentabilité des activités des banques et les rendements offerts par leurs dividendes ne renoueront vraisemblablement plus jamais avec les niveaux d’avant crise. Les nouvelles exigences en termes de fonds propres, une prise de risque nécessairement moindre et la guerre probable qui sévira pour attirer l’épargne des particuliers pèseront. Jusqu’à quel point ? Il est trop tôt pour s’en faire une image précise. La seule action bancaire que nous achetons aujourd’hui est le brésilien Banco Santander Brasil, mais il s’agit d’une banque très bien capitalisée, active pour l’essentiel dans le retail (moins risqué) et qui profitera d’un secteur bancaire local en plein boom dans les années à venir.

 

Matières premières : attention !

Les actions du secteur minier sont à conserver. Les prix des matières explosent, mais les coûts d’extraction sont aussi en hausse. Ce secteur est également à haut risque, comme l’ont démontré les fluctuations récentes d’une série de métaux précieux. Hormis l’or, nous évitons les investissements directs dans les matières premières en raison de leur forte volatilité. L’argent, largement drainé par la spéculation, a récemment dévissé de plus de 30 % en moins de deux semaines !

 

Les pétrolières restent par contre intéressantes. Forts de leurs solides cash-flows et du rebond du prix du baril (multiplié par 3,5 depuis les planchers de 2009), les majors relèvent leurs budgets d’investissement dans l’exploration (+10 à +20 %), ce qui est de bon augure pour les bénéfices futurs. Nos favoris dans le secteur sont Chevron, Royal Dutch Shell, Repsol et, pour les amateurs de risque, BP.

 

A titre de diversification (5 à 10 % du portefeuille), l’or conserve sa place en portefeuille. Son rôle de valeur refuge ne se dément pas. Et face à un marché globalement acheteur, tiré par les investisseurs et la bijouterie, et une offre qui reste limitée, son prix peut encore grimper. Investissez-y via un tracker qui détient l’or physiquement (ETFS Physical Gold) pour éviter les risques de contrepartie.

 

L’immobilier, pour diversifier

Alors que le secteur immobilier espagnol ou britannique est en plein marasme, la situation en Belgique semble plutôt bien résister. Le marché résidentiel reprend du poil de la bête, l’immobilier commercial tient vaille que vaille et les segments logistique et semi-industriel se relèvent. Seul le marché des bureaux reste amorphe, même si les perspectives dépendent ici surtout de la localisation. Même si la remontée des taux d’intérêt est un élément négatif, l’immobilier constitue une diversification intéressante, d’autant plus que les rendements de dividendes offerts par les sicafi sont attrayants. Notre préférence va à l’immobilier commercial et logistique. Globalement, la plupart des sicafi sont correctement valorisées. Seules Wereldhave Belgium (autour de 69 EUR) et Warehouses Estates Belgium (jusqu’à 40 EUR) peuvent éventuellement être achetées sur repli.

Partagez cet article