Analyse
Introductions en Bourse : pourquoi tant d’échecs ? il y a 6 ans - mercredi 13 juillet 2011

Ces derniers mois, plusieurs introductions en Bourse prévues ont finalement été abandonnées : trop peu d’intérêt, pas assez d’actions souscrites… Pourquoi un si faible succès ?

Long feu

Récemment, nous évoquions l’introduction du certificat immobilier Médiacité et vous conseillions de souscrire. C’était la première introduction sur Euronext Bruxelles depuis plus d’un an et demi. Mais comme pour la société chimique Taminco début 2010, la procédure a dû être interrompue. En dépit de l’abondante publicité, il n’y a pas eu assez de souscriptions. Une pilule amère pour les sociétés, qui doivent se passer des capitaux escomptés, mais payer les frais liés au projet. Ailleurs en Europe, d’autres tentatives d’introduction ont aussi subi un triste sort. En France, l’introduction du producteur de containers en verre Verralia (spinoff de Saint-Gobain) a été interrompue (90 % seulement des actions avaient pu être placés). Le producteur néerlandais de tests pour le cancer du sein Agendia a connu la même mésaventure.

Une question de timing

Il semble que, après la récente crise, le goût du risque des investisseurs ne soit pas complètement réhabilité. Les introductions en Bourse récentes qui ont réussi sont celles d’entreprises très connues, comme le suisse Glencore, ou actives dans le secteur internet, comme LinkedIn.

C’est sans doute aussi une question de timing : l’ensemble d’une procédure ne prend que quelques semaines. Ce n’est pas un problème lorsque le climat boursier est à la hausse. Mais lorsque les marchés sont pénalisés par une avalanche de mauvaises nouvelles, l’investisseur est plutôt attentiste et néglige certaines opportunités. Les récentes tentatives d’introduction en Bourse ont donc clairement souffert du climat boursier défavorable, accentué par le problème de la Grèce, face auquel l’investisseur n’avait pas le goût de l’inconnu.

Une question de société

Les investisseurs sont aussi refroidis par des éléments spécifiques à l’entreprise concernée. Pour Médiacité, le gros emprunt qui doit bientôt être soldé chez KBC en a effrayé plus d’un. Une société endettée fait toujours plus peur, même si, de notre côté, nous jugions l’endettement gérable et conseillions le certificat. Pour Verralia, c’est l’avertissement sur résultats lancé par un concurrent qui a joué les trouble-fête. Pour Agendia, la raison de l’échec se trouve aussi dans les problèmes de diverses sociétés biotechnologiques, dont les nouveautés potentielles ne sont pas couronnées de bons essais cliniques.

Enfin, le prix d’introduction joue aussi un rôle. Si les acteurs qui cèdent leurs actions dans le cadre de l’introduction en Bourse (fondateurs de la société, investisseurs de la première heure…) se montrent trop gourmands, ils placent le prix d’introduction à un niveau peu attractif.

Dommage

Dommage que ces introductions soient des échecs. Des sociétés, parfois prometteuses, se voient ainsi privées d’un accès aisé aux capitaux. En outre, les Bourses, et c’est certainement le cas de Bruxelles, qui voient disparaître de leur cote diverses sociétés qui ont fait l’objet de reprises etc., ne bénéficient pas de l’arrivée de remplaçants. Cela limite l’offre pour l’investisseur et n’attise guère l’intérêt général pour la Bourse.


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