Analyse
Les institutions financières belges en danger ? il y a 6 ans - mardi 19 juillet 2011

Combien de temps les institutions financières belges résisteront-elles encore à la pression alors que l’Italie est désormais aussi menacée par la crise de la dette ?

Misère, misère

Pendant que les négociations sur une solution définitive à la tragédie grecque (avec ou non une participation volontaire des banques européennes) s’éternisent, les problèmes financiers dans les pays du Sud de l’Europe semblent s’accumuler. L’Italie, troisième économie de la zone euro, est ainsi entrée récemment en zone de turbulences. Résultat, la crainte de voir les banques devoir acter d’importantes moins-values sur leurs portefeuilles obligataires et renforcer à nouveau leurs capitaux pour satisfaire aux nouvelles normes de solvabilité de l’Europe (core tier one de 7 % min. et tier one de 8,5 % min. d’ici 2019) a fait plonger de nombreuses actions financières, dont le trio belge Ageas, Dexia et KBC (et aussi KBC Ancora). Combien de temps peuvent-elles encore tenir?

Titres d’Etats pas si sûrs

En prévision du renforcement de la réglementation, e.a. en ce qui concerne les fonds propres et les règles comptables, de nombreuses banques et compagnies d’assurances ont remplacé de plus en plus, ces dernières années, les actions dans leurs portefeuilles par des obligations d’Etats au rendement certes moindre, mais aussi jugées indéfectibles. Pour stimuler toutefois quelque peu ce rendement, elles ont opté massivement pour des papiers d’Europe du Sud qui offraient un rendement légèrement supérieur aux Bunds allemands certes moins sexy mais aussi inoxydables. Une décision qu’elles regrettent aujourd’hui amèrement.

Les institutions belges

Le tableau ci-dessous donne une idée de l’exposition des institutions financières belges aux dettes publiques des pays périphériques de la zone euro. Avec 13,5 milliards d’euros de titres de dette italiens, le bancassureur Dexia est incontestablement dans la position la plus vulnérable (fonds propres de 9,6 milliards). De plus, la situation complique considérablement la procédure de vente de la filiale italienne Crediop imposée par l’Europe. L’assureur Ageas, qui a pourtant déjà réduit sensiblement son exposition aux pays de la périphérie, détient encore 3,6 milliards d’euros de titres publics italiens (deuxième poste du portefeuille d’obligations gouvernementales) pour des fonds propres d’à peine 7,4 milliards. KBC, enfin, est le seul dont le total des dettes publiques potentiellement problématiques (9,9 milliards d’euros, dont 6,3 milliards de titres italiens) est inférieur aux fonds propres (11 milliards).

Si un des pays périphériques de la zone euro devait avoir des problèmes de paiement malgré les programmes d’aide européens et autres, la pression sur les actions financières belges augmenterait sans aucun doute encore. Dexia et KBC ont beau être passées à travers les mailles du deuxième stress test (les résultats d’Ageas n’ont pas été communiqués), cela ne nous dit pas grand-chose sur leur résistance en cas d’incapacité d’un pays à rembourser (une partie de) ses dettes. Les titres publics conservés en portefeuille jusqu’à l’échéance (l’essentiel des positions) n’ont en effet pas été soumis à des réductions de valeur dans le cadre des stress tests.

En définitive, si un défaut de la Grèce, de l’Irlande ou du Portugal ne serait pas encore insurmontable, un crash de l’Italie serait assurément difficile à digérer pour les trois institutions, avec même cette fois des conséquences potentiellement catastrophiques pour Dexia. Le risque de voir d’autres institutions fermer le robinet serait alors réel, ce qui exposerait Dexia à de nouveaux problèmes de liquidités. Le groupe a du reste encore d’autres chats à fouetter. Ageas et KBC ne seront certes pas non plus à la fête dans pareil cas (une augmentation de capital n’est pas à exclure), mais leurs chances de survie nous semblent plus grandes.

Conseils

Nous sommes résolument vendeurs de Dexia (risque 5). Ageas et KBC peuvent par contre rester en portefeuille, en sachant que les risques restent considérables (niveau de risque 4). Les spéculateurs avertis peuvent toujours miser sur KBC Ancora (10,91 EUR) dont la décote est aujourd’hui supérieure à 35 %. Mais attention, si le cours de KBC plonge en dessous de 8 EUR, la valeur intrinsèque de KBC Ancora tombera elle à zéro (en raison des dettes du holding) !

 

Lisez aussi notre commentaire sur la chute boursière des valeurs bancaires du lundi 18/07.

 

Chiffres-clés du secteur financier belge
et exposition à la périphérie européenne
(en milliards d’euros au 31/03/2011)
Action
Ageas
Dexia (1)
KBC
Capitalisation boursière (au 15/07/2011)
3,8
3,5
8,8
Total du bilan
99,2
526,6
322,5
Fonds propres
7,4
9,6
11,0
Ratio Core Tier 1
-
12,3 %
11,6 %
Ratio Tier 1
-
13,4 %
13,3 %
Exposition à la dette publique de
Grèce
1,2
4,3
0,6
Portugal
1,2
2,2
0,3
Espagne
1,6
1,7
2,3
Irlande
0,4
0,3
0,4
Italie
3,6
13,5
6,3
Total
8,0
22,0
9,9
(1) chiffres d’exposition au 31/12/2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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