Analyse
Mesurer la solvabilité des banques ? il y a 6 ans - mardi 26 juillet 2011

En ces temps troublés, les investisseurs, focalisés sur la solvabilité des banques, analysent leurs ratios Tier 1 et Core Tier 1. De quoi s’agit-il au juste ? Quelques clés pour mieux comprendre.

Banquier : métier à risque

Le rôle d’une banque est de récolter des dépôts auprès de sa clientèle, pour les prêter à son tour. L’argent que vous placez sur un compte d’épargne est prêté à des particuliers (prêt hypothécaire…), des entreprises, des Etats...

 

Bien entendu, pour pouvoir rembourser ses clients, la banque doit s’assurer que les crédits qu’elle octroie seront bien remboursés. Et si ce n’est pas le cas ? Si une banque prête par exemple 100 000 euros à un ménage mais ne récupère que 90 000 euros ? Elle subit alors une perte.

 

Puiser dans les fonds propres

Les fonds propres sont constitués de l’argent mis à la disposition de la banque par ses actionnaires, et des réserves accumulées lors des exercices bénéficiaires précédents.

 

Quand une banque subit une perte, vu qu’il n’est pas question d’amputer les dépôts des clients, la perte vient diminuer le niveau des fonds propres. D’où l’importance pour une banque de disposer de suffisamment de fonds propres (pour couvrir les pertes éventuelles). Plus les banques prêtent, plus elles doivent disposer de solides fonds propres.

 

Règles prudentielles

Pour donner une appréciation de la solidité des fonds propres, on utilise les ratios Tier 1 et Core Tier 1. Sous la forme de pourcentage, ces ratios expriment le rapport entre, d’une part, les fonds propres d’une banque, et d’autre part ses engagements (prêts accordés…). Plus ce pourcentage est élevé, plus la banque est solide.

 

Le Tier 1 est calculé sur base du capital apporté par les actionnaires, augmenté des réserves issues des exercices précédents, mais augmenté aussi de capitaux issus de l’émission de divers titres (obligations perpétuelles, actions préférentielles, obligations convertibles émises par la banque), des titres sur lesquels les détenteurs ont des droits, mais qui sont censés rester si longtemps dans les comptes de l’entreprise, qu’on les assimile à des actions.

 

Le Core Tier 1 est calculé uniquement sur base du capital apporté par les actionnaires, augmenté des réserves (tous les autres titres sont exclus). Il se base donc sur des éléments qui ne sont exigibles par personne, sauf les actionnaires. Plus restrictif, le Core Tier 1 donne ainsi une meilleure image de la solvabilité. Le taux de couverture minimum exigé sur base du Core Tier 1 est dès lors un peu moins élevé que celui sur base du Tier 1.

 

Les propositions actuellement sur la table (Bâle 3) visent à imposer un Tier 1 de minimum 8,5 % d’ici 2019 et un Core Tier 1 de minimum 7 %. Le but n’est pas de couvrir 100 % des engagements mais d’obtenir un taux de couverture capable d’absorber un choc important (des défauts de paiement massifs, par exemple). Car la crise de 2008 a démontré que la situation pouvait se dégrader rapidement. A l’époque, les règles imposaient un taux de couverture moins élevé. Et les fameux subprimes, considérés sans risque au départ, ont causé d’énormes pertes aux banques, les forçant à sonner à toutes les portes pour trouver de nouveaux capitaux et éviter la faillite.

 

Peut mieux faire

Les règles actuelles ne sont pas optimales. Le montant de fonds propres imposé aux banques dépend du type de crédit accordé. Ainsi, pour un crédit à une entreprise, il faut un peu plus de fonds propres que pour un crédit à un Etat, réputé plus sûr. Mais les graves difficultés financières de certains Etats (Grèce…) pourraient remettre ce concept en question (le défaut de paiement d’un pays comme l’Italie mettrait en péril de nombreuses banques, même celles disposant aujourd’hui d’un bon taux de couverture !).

 

En outre, lorsque l’économie ralentit, les entreprises ont du mal à rembourser leurs emprunts. Le risque de défaut de paiement augmentant, les banques doivent immobiliser plus de fonds propres, alors que ceux-ci se voient justement amputés par la hausse des défauts de paiement. Conséquence : cela réduit la capacité des banques à offrir de nouveaux emprunts, et donc la possibilité de participer à la relance des investissements et de la croissance.
L’équilibre est donc difficile à trouver. Renforcer les règles, c’est risquer d’encore réduire l’offre de crédit, alors que les perspectives économiques sont déjà moroses.
Les assouplir, c’est encourager les banques à prendre trop de risques, avec les menaces qu’on sait.

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