Analyse
Actions : comment être sélectif ? il y a 6 ans - mardi 13 septembre 2011

Les marchés financiers évoluant plus au gré des nouvelles économiques que des fondamentaux des entreprises, la tentation de se détourner des actions pourrait être grande. N’en faites rien.

Un secteur plus intéressant ?

La croissance d’un secteur est-elle déterminante dans le choix d’un investissement ? Non. Tous les secteurs nous semblent dignes d’intérêt. Même le transport aérien, très cyclique et concurrentiel, recèle selon nous des valeurs intéressantes comme Lufthansa. Nous aurions même tendance à nous méfier des secteurs à la mode et aux perspectives prétendument mirobolantes qui attirent la concurrence et sont en outre plus chers en Bourse.

 

Certains secteurs présentent néanmoins des profils de risque importants. Un critère à prendre en compte, assurément, pour juger de la solidité des entreprises qui les constituent. Le secteur connaît-il ainsi des crises régulières comme dans l’acier, est-il soumis à des pressions des régulateurs (télécoms, pharmacie, énergie), … ?

 

Décortiquer l’entreprise

Passé ce premier stade, une analyse qualitative nous donnera ensuite une radiographie de l’entreprise, avec ses forces et ses faiblesses. Nous étudions plus précisément dans ce cas trois critères :

 

La structure financière et le niveau d’endettement de l’entreprise. Une lourde dette qui ne se réduit pas entraîne souvent des charges financières importantes qui rognent les bénéfices. La lourde dette de Fiat par ex. constitue un frein à son développement. Une trop lourde dette implique en outre un risque de faillite, a fortiori si le secteur traverse une passe difficile.
D’un autre côté, un groupe disposant d’importantes liquidités suscitera aussi notre méfiance, la direction pouvant être tentée de les dépenser dans des opérations destructrices de valeur pour l’actionnaire. Google, par exemple, en a apporté la preuve en rachetant Motorola au prix fort.

 

Notre attention se portera aussi sur la capacité à générer des liquidités et à la manière de les utiliser. Le cash-flow, ou flux de liquidités, permet d’investir pour se développer, de rembourser ses dettes et de rémunérer l’actionnaire. Sans cela, une entreprise, même bénéficiaire, peut éprouver des difficultés à financer son cycle d’exploitation (elle doit la plupart du temps payer ses fournisseurs avant même d’avoir encaissé le produit des ventes) et faire faillite.

 

Cette analyse qualitative, à laquelle s’ajoutent d’autres critères comme la qualité des chiffres publiés, les risques judiciaires, la gouvernance…, nous permet aussi de cerner le profil de risque de l’entreprise et de lui attribuer un coefficient de 1 (peu risquée) à 5 (très risquée). Tenez-en compte également lorsque vous achetez une action.

 

Enfin, nous nous intéressons également au parcours récent de l’entreprise et plus précisément à l’évolution des activités, comme la manière dont la direction a géré la dernière crise : a-t-elle des atouts pour défendre sa rentabilité (image de marque pour LVMH, parts de marché pour EVS,…) ou est-elle au contraire uniquement dépendante de la conjoncture (prix des matières premières et niveau de la demande pour Rio Tinto) ?
Une entreprise qui s’est développée très vite ces dernières années pourra du reste ne pas forcément être en mesure de maintenir ce rythme si la concurrence se renforce ou si les goûts des acheteurs changent. La preuve avec Nokia, fragilisé par ses concurrents.

 

Que vaut l’entreprise ?

Si les entreprises n’inspirant pas confiance sont écartées à ce stade, celles aux qualités intrinsèques ne sont pas pour autant achetées automatiquement. Une entreprise financièrement saine et capable de tenir la concurrence à distance pourra ainsi connaître un parcours boursier décevant si son action est chère, à savoir si ses atouts sont déjà intégrés dans le cours.
Ceci nous amène à la dernière étape, l’introduction de nos prévisions de bénéfice, de dividende,… dans notre modèle d’évaluation.

 

Ce modèle déterminera si l’action est bon marché, correctement évaluée ou chère. Le constructeur allemand BMW, par ex., a les moyens de préserver sa rentabilité face à la concurrence et au ralentissement des marchés automobiles mondiaux, mais cette qualité se paie cher selon nous. Résultat, l’action est à la vente. A l’inverse, le groupe pétrolier Chevron est une entreprise de qualité qui se négocie à un cours exagérément bas et est donc à l’achat.

 

Cas particuliers

Il peut aussi nous arriver, exceptionnellement, de déroger à cette méthodologie pour conseiller des actions plus risquées de sociétés de qualité inférieure mais exagérément pénalisées par les investisseurs. Les actions chinoises par ex., a priori non conformes à notre vision, nous semblent trop sanctionnées par rapport à leurs perspectives. Ces conseils souvent spéculatifs ne sont toutefois donnés qu’à titre de diversification et ne peuvent en aucun cas guider l’essentiel de vos investissements.

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