Analyse
Les fraudes des traders il y a 6 ans - mercredi 5 octobre 2011

Si de telles pratiques se soldent par la fragilisation d’une banque au point de nécessiter le recours à l’argent des contribuables, c’est inacceptable.

La Barings Bank et son trader Nick Leeson en 1995, la Sumitumo Bank et Yasuo Hamanaka en 1996, la Société Générale et Jerôme Kerviel en 2008 et aujourd’hui UBS et son trader Kweku Adoboli. Bien entendu, en banque d’affaires, il est impossible de gagner à tous les coups. Mais qu’un individu puisse faire perdre plusieurs milliards d’euros à son institution et aux actionnaires de celle-ci, c’est très fâcheux. Et si de telles pratiques se soldent par la fragilisation d’une banque au point de nécessiter le recours à l’argent des contribuables, c’est inacceptable.

Ne nous y trompons pas : par définition, le trader mis en cause n’est qu’un lampiste. Car, à la base de ces scandales, on retrouve de sérieuses défaillances dans les procédures de contrôle des risques des opérations spéculatives. Depuis quelque temps, chez UBS, comme dans d’autres banques, les dirigeants ont incité leurs traders à des prises de risques plus élevés afin de colmater les pertes de la crise de 2008 et raffermir les fonds propres. S’il peut se comprendre, un tel objectif ne permet pas toutes les dérives ! Et dire qu’il y a quelques semaines, le directeur général de UBS qualifiait la gestion des risques au sein de sa banque d’affaires comme une des meilleures du secteur ! En 2008, peu avant l’affaire Kerviel, la Société Générale jouissait aussi d’une très bonne réputation en ce domaine… Il est de plus en plus clair que ni les régulateurs du secteur financier ni les dirigeants des banques ne proposent, dans le contexte actuel, des solutions efficaces. Alors, que faire ? Primo, il est temps, selon nous, de mener un examen diligent au niveau mondial de l’utilisation de certains instruments financiers, manifestement trop complexes et sans valeur ajoutée autre que celle de la pure spéculation. Si un instrument devient incompréhensible même pour un expert, il doit être interdit. Deuzio, à l’instar de la responsabilité pénale, aux Etats-Unis, des dirigeants d’entreprises à l’égard de la véracité de leurs comptes, les dirigeants des banques doivent être aussi tenus responsables de toute négligence grave en matière de contrôle des risques de leurs opérations financières.

Voilà qui les ferait réfléchir sur la nature de leur métier et les forcerait à brider davantage leurs jeunes traders. On a longtemps cru dans les vertus de la carotte (le système des bonus) pour créer de la valeur. Mais quand la machine s’emballe, le bâton redevient indispensable !

 

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