Analyse
Nationalisation de Dexia il y a 6 ans - lundi 10 octobre 2011

Echec d’un modèle et du contrôle…

La nationalisation de Dexia banque annoncée cette nuit est une bonne nouvelle
pour les épargnants inquiets, elle l’est beaucoup moins pour les contribuables
et pas du tout pour les actionnaires. Si l’on a dû en arriver à cette extrémité
et à un retour 20 ans en arrière, c’est d’abord en raison de l’échec d’un
modèle et d’une stratégie et à cause de l’échec du contrôle à la fois politique
et systémique. Des responsabilités qui coûtent cher…

 

Au niveau européen…

12ème sur 91 banques européennes testées, la « grande distinction » octroyée à
Dexia en juillet dernier illustre, si besoin encore en était, les failles majeures des
2éme stress-tests sensés mesurer la solidité des banques européennes et rétablir la
confiance. Au final, les tests, déjà qualifiés de complaisants, apparaissent
aujourd’hui complètement discrédités. La crédibilité de l’EBA, la toute jeune
Autorité européenne des banques, une de 3 autorités de contrôle crée au niveau de
l’Union en 2010, est déjà en jeu. Depuis 2008, on sait pertinemment que le
business modèle de Dexia n’était plus viable. Dans un monde où de brusques crises
de liquidités peuvent survenir à tout instant, continuer à dépendre à ce point des
marchés financiers et des autres banques pour le financement de ses activités
constituait une prise de risque permanente. Au printemps dernier, alors que la
crise grecque s’accélérait, la Commission européenne s’inquiétait ouvertement de
la lenteur de l’avancement des restructurations exigées en échange des aides
d’Etat. En 3 longues années, poussé par des actionnaires mus par des intérêts
politiques et soucieux de ne pas démanteler pour ne pas trop égratigner la
rentabilité, la méthode de restructuration privilégiée par le management s’est
manifestement révélée beaucoup trop lente. La crise des dettes souveraines et la
peur de ses contreparties qui en a découlé ont rattrapé le groupe.

 

Au niveau belge…

Quelles initiatives ont été prises du côté de la BNB chargée du contrôle prudentiel ?
Pourquoi a-t-on laissé Dexia se contenter d’une réduction de valeur théorique de
21 % sur ses obligations grecques venant à échéance avant 2020 lors du plan de
secours européen à la Grèce de juillet dernier alors que d’autres banques actaient
des moins-values de 50 % dans leurs comptes, conformément aux exigences du
marché à ce moment ?

 

Au vu de la vacuité du communiqué de Dexia dans le sillage de son CA d’urgence du
3 octobre dernier, il était illusoire d’imaginer qu’il n’allait pas engendrer la
panique des actionnaires (le cours a plongé de plus de 30 % dans les premiers
échanges) et, dans son sillage, comme en 2008, celle des épargnants. On aura
pourtant dû attendre jusqu’au jeudi après-midi pour voir la FSMA, le gendarme de
l’information financière, suspendre enfin la cotation. Entre temps, un peu près
tous les scénarios se sont succédés dans la bouche du politique et la vente de la
filiale Luxembourgeoise BIL était annoncée par la presse… autant d’informations
«  susceptibles d’influencer le cours » et qui aurait dû pousser la FSMA à l’action.

 

Au niveau politique…

Enfin du côté du politique, alors que la multiplication des niveaux de pouvoirs a
engendré la cacophonie, l’improvisation semble avoir été à nouveau la méthode de
travail privilégiée. Comme en 2008, elle tranche avec la façon d’agir des français
et ne plaidait pas pour une issue en faveur du Royaume. Fort de ses bonnes
expériences au niveau des garanties accordées au secteur bancaire belge, la
Belgique n’ a pas hésité à prendre à sa charge une part bien plus importante des
garanties octroyées à la « bad bank » que ne l’aurait exigé un accord équitable
avec les français. La France, de son côté, voulait absolument limiter sa
contribution sur ce volet de peur de voir le rating de sa dette rétrogradé.

 

Résultat? Des épargnants rassurés et des actionnaires désemparés…

La décision de nationaliser la banque Dexia devrait avoir pour effet de rassurer les
épargnants et de garantir la continuité d’activité promise ces derniers jours. A
l’heure qu’il est, on ne connaît pas encore les détails et le profil du management
mais les clients de Dexia bénéficient d’une garantie d’Etat directe et
inconditionnelle. Il faudra voir comment l’Etat va assurer ce nouveau métier de
banquier, même si ce n’est pas sa vocation, il faut au moins espérer que l’on va
ainsi revenir au métier de base de collecte des dépôts et d’octroi du crédit, dans
des conditions de transparence et de cohérence. Quant aux actionnaires de Dexia
S.A., leur situation est compromise. Test-Achats a orienté clairement le conseil à la
vente depuis mars 2009 voyant l’évolution du dossier, constatant la stratégie du
management surexposant l’institution au risque de la dette souveraine et après
avoir évalué les difficultés de se financer sur le marché interbancaire. A l’heure
actuelle, un certain nombre d’informations capitales (prix de ventes de toute un
série d’actifs, fonds propres dont sera dotée la bad bank, rémunération des
garanties…) font encore défaut pour tenter d’évaluer la valeur précise de l’action.

 

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