Analyse
Investir dans le tourisme ? il y a 6 ans - vendredi 16 décembre 2011

Le secteur du tourisme est évidemment très sensible à la conjoncture. Pas étonnant qu’il ne soit pas très en forme pour l’instant. Est-ce pour autant le moment de s’y embarquer ?

Pas prêts pour le voyage

Les revenus des tours opérateurs sont en baisse. Car quand l’économie va mal, les consommateurs se serrent la ceinture, ou, à tout le moins, se passent du superflu. Et le secteur devant de surcroît assumer des coûts fixes élevés, toute baisse du chiffre d’affaires a un impact non négligeable sur sa rentabilité. Ces dernières années, dans le secteur, la marge opérationnelle n’a guère dépassé les 3 %. Pour générer suffisamment de liquidités, les tours opérateurs doivent dès lors tenter de s’adapter constamment à la demande des clients. Mais par ailleurs, ils doivent s’engager à l’avance auprès des hôtels pour des stocks de chambres (et supporter un coût si elles ne sont pas louées). Et ils doivent assumer le coût du leasing de leurs avions, même s’ils volent moins. Des facteurs de risque importants donc, suite auxquels la crise économique de 2009 a plongé dans le rouge bien des résultats.

Certes, le secteur semble capable de résister à des circonstances difficiles (en témoignent, le risque de pandémie de grippe aviaire, l’éruption du volcan islandais….). Mais l’an 2011 s’avère particulièrement difficile, suite à la combinaison de plusieurs aléas : l’instabilité politique en Afrique du Nord, le prix élevé du pétrole et la crise économique, avec son impact sur les pouvoirs d’achat. 2012 et 2013 ne se présentent pas non plus sous les meilleurs auspices. Si la crise persiste, des pertes sont encore à craindre.

 

En Bourse, en Europe, depuis début 2011, les actions du secteur ont perdu en moyenne 22,4 %. Leur rapport cours / valeur comptable moyen est à présent de 0,9 contre 1,8 il y a 10 ans. Mais il ne s’agit pas d’une faible valorisation susceptible d’inciter à l’achat, mais plutôt du signe d’une inquiétude quant à la vulnérabilité du secteur en cas de conjoncture défavorable. D’autant que les dividendes ne sont pas toujours au rendez-vous et que leur rendement se limite à 2 ou 2,5 % brut. Le secteur ne nous séduit pas.

Thomas Cook

Le britannique Thomas Cook (aussi actif sous les enseignes Neckermann, Sunset, Airtours…) souffre de la combinaison de sa lourde dette avec la dépendance de son activité au dynamisme économique. L’actuelle faible conjoncture pèse sur son chiffre d’affaires. Facteur aggravant, il peine à réduire ses coûts de fonctionnement et ses charges financières.

Peu après avoir négocié des facilités de crédit avec ses banques, il a annoncé d’autres grosses difficultés, dues à la détérioration de son activité. Mais au-delà de la conjoncture très défavorable, son modèle de développement par acquisitions des dernières années est aussi en cause. La situation devient donc très alarmante et sans doute Thomas Cook n’échappera-t-il pas à la restructuration. Mais cela pourrait ne pas suffire, si les difficultés s’accroissent. La crise de confiance est déjà mise à profit par ses concurrents (comme l’allemand TUI) pour ravir des parts de marché. Une partie des clients risque de ne pas réserver, dans la crainte d’une faillite. Et les compagnies aériennes et les hôtels risquent aussi de se montrer méfiants et d’ainsi grossir encore le problème.

 

Début décembre, le cours de Bourse était est de 92 % inférieur à son niveau du début de cette année. Mais compte tenu des lourdes incertitudes, la valeur est trop risquée. Restez à l’écart.

Kuoni

Ce groupe suisse est surtout actif par internet et spécialisé dans les voyages sur mesure, particulièrement en Asie. Il a repris en mars 2011 l’organisateur de voyage britannique GTA, qu’il doit prochainement intégrer dans ses comptes. Les récents résultats trimestriels permettent de conclure à une bonne santé financière.
L’action est correctement évaluée. Nous ne sommes pas acheteurs mais ceux qui la possèdent peuvent la conserver.

TUI

Ce tour opérateur allemand tente toujours de se défaire de la participation de 38 % qu’il détient dans la société de containers Hapag-Lloyd (ce devrait être chose faite en janvier), pour pouvoir ensuite se renforcer en Chine, en Inde et en Russie ou se renforcer dans sa filiale britannique.
L’action peut aussi être conservée.

Club Méditerrannée

Le français poursuit la réorientation d’une partie de ses activités vers le segment du luxe. En 2010, 55 % de ses villages de vacances ont été classés «haut de gamme», contre 25 % en 2004.
Mais son action est chère. Vendez.

Accor

Le groupe français n’est pas un tour opérateur mais est très exposé à la bonne santé du tourisme par sa forte activité dans le secteur hôtelier. Toujours en phase de restructuration, il cède des actifs et réorganise ses marques (Ibis, Formule 1, Mercure…). Il prévoit l’ouverture de nouvelles capacités dans les pays émergents.
L’action est chère. Vendez.

 

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