Analyse
Le secteur automobile en Europe il y a 6 ans - vendredi 13 janvier 2012

En 2011, malgré les bonnes performances commerciales des constructeurs, l’indice européen du secteur a perdu 14 %. En cause, les craintes d’une année 2012 difficile. Craintes justifiées ? Ou peut-on espérer que la tendance s’inverse ?

Avis de tempête

Avec la disparition des aides gouvernementales, la pression que subit le pouvoir d’achat des ménages européens et le prix élevé du pétrole, le marché européen de l’automobile devrait se contracter cette année de 3 à 5 % (ce sera la cinquième année de baisse depuis 2008).

 

Les ventes dans les pays de l’Europe du Sud (Espagne, Italie), qui vont subir les mesures d’austérité, devraient à nouveau reculer et tomber à des minima historiques. Le marché français, qui n’a que peu baissé en 2011 (grâce à l’effet progressif du retrait des primes à la casse et aux promotions des constructeurs), apparaît particulièrement vulnérable cette année.

 

Les marchés du Nord de l’Europe, Allemagne en tête, devraient encore progresser. Mais si la crise de la dette européenne ne se stabilise pas et que l’austérité se renforce, l’anémie pourrait les contaminer. Nous n’y croyons guère, mais si c’est le cas, la baisse du secteur auto européen pourrait atteindre 8 % cette année.

 

Qui va souffrir le plus ?

Les constructeurs les plus touchés seront ceux dont les ventes sont essentiellement réalisées sur le marché européen. C’est le cas de Peugeot (60 % des ventes en Union européenne), de Renault (63 %) et de Fiat (60 % sans compter sa participation dans Chrysler), d’autant plus vulnérables qu’ils dépendent encore fortement de leur marché national. Au vu des perspectives très faibles pour le marché français, nous prévoyons un recul du chiffre d’affaires et une plus grande difficulté à défendre les marges chez Peugeot et Renault, qui (tout comme Fiat d’ailleurs), sont peu compétitifs par rapport aux concurrents asiatiques, sont positionnés sur des gammes inférieures et peu rentables et souffrent d’une image de marque trop faible. D’autant qu’ils devront se passer de l’aide étatique (ils en ont été les plus gros bénéficiaires au lendemain de la crise de 2008).

 

Qui sera épargné ?

Les constructeurs européens tournés vers les marchés internationaux et/ou présents sur le haut de gamme résisteront mieux. Volkswagen (54 % des ventes en dehors de l’Europe), qui fabrique notamment la marque de luxe Audi, BMW (56 %) et Daimler avec sa marque Mercedes-Benz (54 % des ventes en dehors de l’Europe de l’Ouest) devraient tirer leur épingle du jeu. Car l’austérité touchera moins les consommateurs aisés et parce que les constructeurs allemands, exportateurs, devraient continuer à tirer parti de la bonne tenue du marché automobile américain (soutenu notamment par une situation meilleure sur le marché de l’emploi). Certes, la demande chinoise se fera moins dynamique cette année, mais elle devrait néanmoins encore soutenir les ventes. Les allemands devraient donc dégager un bon niveau de rentabilité (même s’il n’atteindra plus le record de 2011).

 

Pire que 2008 ?

Pour l’heure, les ventes ne vont pas s’effondrer de la même manière qu’en 2008. Les constructeurs sont mieux armés. Souvent qualifiés de mauvais élèves lors de la dernière crise, Renault et Peugeot ont cette fois une meilleure maîtrise des stocks, ils sont désendettés et disposent de liquidités suffisantes. Ils ne devraient donc pas être confrontés à des problèmes de trésorerie, comme en 2008, lorsque l’Etat français a dû venir à leur secours.

 

Pour 2013, nous tablons sur un re-bond des ventes et des bénéfices (notamment grâce aux remplacements). Toutefois, l’ampleur de ce rebond dépendra en grande partie de la santé de l’économie européenne.

 

A plus long terme, les perspectives de croissance semblent minces. Le marché européen est saturé et les constructeurs généralistes, pour maintenir une rentabilité, devront poursuivre la rationalisation de leurs capacités industrielles. Les rumeurs de rapprochement entre Fiat (qui tend la main) et Peugeot (qui refuse pour l’instant) confirment cette nécessité.

 

Nos conseils

Comment orienter ses investissements face à la baisse du secteur en 2011 ?

 

Les allemands devraient encore grappiller des parts de marché, vu le contexte favorable au segment du luxe. Leur bénéfice va certes fléchir par rapport à 2011, mais il restera élevé. Toutefois, cette capacité à résister à la crise et à défendre leur rentabilité étant intégrée dans les cours, nous ne sommes pas acheteurs.
Vendez Volkswagen VZ et BMW. Conservez Daimler.

 

Les cours des actions des autres constructeurs européens tiennent compte de leurs faiblesses et de leurs piètres perspectives pour 2012.
Conservez Renault et Fiat.

 

Chez Peugeot, certes, le bénéfice va poursuivre son déclin (-28 % en 2011, -17 % en 2012). Mais le marché est trop pessimiste. Le groupe n’a pas attendu que la crise batte son plein pour instaurer des économies (réduire ses coûts de 800 millions). Des mesures, qui, comme sa stratégie de montée en gamme, ne sont pas appréciées à leur juste valeur par les investisseurs.
Achetez Peugeot.

Partagez cet article