Analyse
Les banques en 2012 et au-delà il y a 6 ans - mercredi 4 janvier 2012

Même si des progrès ont été enregistrés sur le plan budgétaire, les dernières décisions des chefs d’Etats européens sont loin d'avoir rassuré les investisseurs.

La BCE a pris des mesures d’aide en faveur des banques, mais en l'absence d'une solution à la crise de la dette souveraine, notre indicateur de risque du secteur reste de 4 à 5.

SEULS LES AMATEURS DE RISQUE CONSERVERONT. LES AUTRES RESTERONT À L'ÉCART.

 

Geste fort pour les banques

Ce qu’elle a refusé aux Etats, la banque centrale européenne l’a accepté pour les banques en mettant sur la table un plan d’aide visant à sortir les banques de la zone euro de la crise de liquidité.
Depuis de nombreux mois en effet, les banques européennes voient le coût de leurs ressources à court terme augmenter et le marché interbancaire, sur lequel elles se prêtent mutuellement de l'argent, se fermer.
Parmi les grandes mesures annoncées, citons principalement la possibilité d'emprunter des montants illimités à 1 % pendant 3 ans et l'assouplissement des critères d’éligibilité des actifs admis en garantie de ces crédits.

 

Objectifs avoués, inciter les banques à continuer à financer l’économie et à racheter de la dette souveraine qu’elles ont préalablement vendue pour éviter des dépréciations.
Si le premier semble réaliste, du moins en partie, nous sommes par contre plus réservés en ce qui concerne le second, l’absence de solution (claire) à l'issue du sommet européen des 8 et 9 décembre n'ayant en rien contribué à rassurer durablement les investisseurs sur l’issue de la crise de la dette souveraine.

 

La forme et le fond

Sur la forme, cette intervention de la BCE représente bien entendu un coup de pouce indéniable pour les marges nettes d’intérêts dans la mesure où les banques pourront emprunter à du 1 % pour investir par exemple à du 5 % et encaisser au passage la différence.
Mais sur le fond, la BCE, qui traite ici les symptômes plutôt que la maladie, ne règle rien. Les marchés ne s’y sont d'ailleurs pas trompés puisqu'ils ont poussé le taux à 10 ans de la dette italienne à plus de 7 %, un niveau difficilement tenable sur plusieurs années. En Espagne, la détente a par contre ramené depuis les taux à 5,2 %.
A noter du reste qu'il n’est pas sain pour les banques de voir leur survie dépendre du bon vouloir de la Banque centrale alors que la défiance persistera tant qu'une vraie solution à la crise des dettes souveraines n'aura pas été trouvée.
Les banques françaises BNP Paribas, Société Générale ou Crédit Agricole par exemple, dont 60 % de la dette environ sont émis à court terme, continueront à faire l’objet de rumeurs sur leur capacité à se refinancer tant que le problème de fond n'aura pas été réglé. De plus, si la défiance vis-à-vis des dettes souveraines vient à perdurer en Europe, l'incertitude se déplacera ensuite vers la question du refinancement à long terme, avec le risque non négligeable de déstabiliser le secteur, ce qui justifie à lui seul un niveau de 4 (sur 5) pour le risque global du secteur.

 

Fonds propres

Afin de renforcer la solidité des banques, le régulateur européen a par ailleurs décidé de leur imposer une hausse des fonds propres à hauteur de 114,7 milliards d’euros d’ici juin 2012 pour atteindre un ratio de fonds propres durs (core Tier one) de 9 % minimum contre 7 % auparavant. Autrement dit, l’Allemagne aura besoin de 13,1 milliards, dont 3,2 pour la Deutsche Bank, alors que Banco Santander, en Espagne, devra trouver... 15,3 milliards.
Le néerlandais ING et les belges KBC et Dexia Banque, par contre, répondent déjà à la future norme.
A l'inverse, la banque résiduelle Dexia, cotée en Bourse, affichait un manque de capitaux de 4,1 milliards au 30 septembre, mais se fait forte d'avoir été profondément restructurée depuis (e.a. avec la vente de Dexia Banque Belgique et Dexia BIL) et d'être en mesure de répondre aux exigences grâce aux ventes d'actifs réalisées ou à venir. Vu sa taille réduite, le groupe ne devrait par ailleurs plus être soumis à ces stress tests après sa cure d'amaigrissement.
Comme nous l’écrivons ci-après, les banques européennes sont engagées dans une course aux liquidités et les banques de notre sélection devraient selon nous atteindre les 9 % mi-2012, la plupart sans augmentation de capital. Cela étant dit, nous ne sommes pas rassurés pour autant, et ce pour les deux raisons suivantes :
– Les banques devront encore fournir de nouveaux efforts d'ici 2019 en vue de renforcer progressivement leurs fonds propres et la diminution de la prise de risque qui s’ensuivra réduira leur capacité à améliorer leurs profits.
– Les banques restent à la merci d’une nouvelle phase de dégradation dans le cadre de la crise des dettes souveraines européennes et une décote généralisée de ces dernières aurait des conséquences graves pour le secteur qui pourrait alors encaisser des pertes allant jusqu'à 400 milliards selon certaines études !

 

Course aux liquidités

Sous la pression des régulateurs qui incitent les banques à renforcer leurs fonds propres, le secteur poursuivra sa cure d’amaigrissement en 2012 avec la cession de portefeuilles immobiliers, de filiales non stratégiques, …

 

La Société Générale a ainsi annoncé, fin 2011, des cessions d’actifs à hauteur de 75 et 90 milliards d’ici 2013, dont 50 à 60 dans la seule banque d’investissement gourmande en capitaux.
Seulement, ces opérations sont dans la plupart des cas loin d’être simples : pas d’acheteur au prix demandé, vente à perte pour le vendeur, … Commerzbank, par exemple, ne parvient pas à vendre sa filiale de crédit immobilier Eurohypo.
Et si d’autres actifs trouvent plus facilement acquéreurs, ils privent aussi le vendeur d’actifs de qualité. C'est le cas de Banco Santander qui a vendu ses filiales en Colombie et 8 % de ses filiales brésiliennes et chiliennes. Deutsche Bank met en vente sa filiale d’Asset Management pour deux milliards tandis que BNP Paribas envisage la vente de Klépierre (portefeuille immobilier).
Chez KBC, les filiales polonaises de banque et d'assurance notamment sont en vitrine.
Au niveau du groupe Dexia, les filiales française, italienne et espagnole ainsi que la banque turque DenizBank sont également à vendre.

 

Toujours dans la perspective de la course aux liquidités, la chasse aux dépôts en Europe reste également féroce, surtout pour les pays du Sud. Ces dépôts, source de financement plus stable que le financement sur les marchés, prennent progressivement une place croissante dans les bilans des banques, mais pour attirer les épargnants, celles-ci doivent aussi augmenter leurs taux, ce qui leur coûte. A titre d'illustration, le taux d’intérêt sur les dépôts avant la crise était inférieur à 2 %. Aujourd'hui, il est en moyenne de 2,78 % au niveau européen.

 

La troisième piste pour alimenter les fonds propres des banques réside dans leurs activités proprement dites, mais pour l'heure, rien ne permet d’être confiant dans la capacité des banques à générer une hausse substantielle de leurs résultats récurrents en 2012 si la volatilité des marchés demeure. Celle-ci décourage en effet les investisseurs à revenir en Bourse ou les entreprises à faire appel aux marchés (introduction en Bourse, rachats, …), ce qui réduit au final les commissions.
Néanmoins, la vente des activités les plus volatiles logées dans les banques d’investissement rend aussi les résultats des institutions financières progressivement plus stables.

 

Restez à l'écart...

Bien sûr, le secteur bancaire européen est évalué à environ 0,55 fois ses fonds propres contre une moyenne de 1,4 ces dernières années. Mais cette décote ne justifie pas pour autant, selon nous, un achat à court terme, car même si la volonté politique affichée lors du sommet européen de septembre de sauvegarder les banques semble avoir placé un plancher sous le secteur, ce plancher pourrait aussi se révéler vermoulu.
A la réduction des bilans, s’ajoute ainsi la récession en Europe qui va priver les banques de détail du ressort de la croissance des revenus pour relever la tête. Quant aux banques d’investissement, elles vont poursuivre leur restructuration lourde et coûteuse. Royal Bank of Scotland étudie ainsi la cession de la moitié de ses actifs en banque d’investissement alors qu'UBS peine à remettre cette activité sur les rails.
En ce qui concerne les dividendes, il semble acquis que les dividendes au titre de 2011 seront modestes. Dexia, Société Générale et Crédit Agricole ne vont rien distribuer, BNP Paribas va procéder à une révision à la baisse sensible et il ne faut guère attendre plus qu'un dividende symbolique de KBC qui s'est vu imposer, par l'Europe, de distribuer un dividende en échange de l'aide de l'Etat. Quant à 2012, la question reste entière, mais les montants pourraient être limités si les fonds propres n’atteignaient pas les niveaux exigés par les régulateurs.

 

... pour un certain temps encore

Un retour à une croissance des profits et à la rentabilité prévalant avant la crise de 2008/2009 est-il envisageable en cas de début de réponse à la question de la dette souveraine dans les prochains mois ? Pas vraiment.
La prise de risques désormais réduite dans l’ensemble du secteur et les désinvestissements imposés devraient conduire à une homogénéisation des établissements financiers en Europe avec, à long terme, un resserrement des écarts de rentabilité. Enfin l’endettement massif des banques, avant même la crise de la dette souveraine, pour financer leur activité n’est plus possible au regard des nouvelles normes de solidité, ce qui limite les engagements.

 

Julius Baer

Julius Baer est une banque privée suisse. Plus solide et plus défensive que les grandes banques européennes, elle profite des difficultés de ses concurrents Crédit Suisse et UBS pour se renforcer au niveau mondial. Elle n’est en outre pas présente en banque d’investissement, ce qui lui permet de se concentrer sur son développement quand le secteur est en mode défensif. Des atouts qui lui donnent une petite prime par rapport au secteur bancaire.
L’action n’est pas sous-évaluée et nous ne la conseillons donc pas à l’achat.
Les banques J. Van Breda et Delen, qui représentent environ 1/3 de la valeur intrinsèque du holdning belge Ackermans & van Haaren, tirent aussi leur épingle du jeu. Mais avec une décote de moins de 20 %, l’action Ackermans & van Haaren n’est pas non plus bon marché (conservez).

 

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