Analyse
Vaine croissance ? il y a 5 ans - jeudi 26 janvier 2012

Selon de récentes études, les entreprises qui investissent le plus pour se développer souffriraient de faibles performances boursières. Qu’en penser ?

Constats

Une entreprise qui investit plus que la moyenne dans sa croissance future risque-t-elle, in fine, de léser ses actionnaires ? On penserait bien que non. Comment reprocher en effet à une entreprise de se développer pour assurer sa pérennité et donc, en théorie, de satisfaire employés, clients, fournisseurs, pouvoirs publics et actionnaires ?

 

Pourtant, une étude datant de 2009 et portant sur les années 1968-2007 tend à démontrer que les entreprises américaines qui affichaient, au cours d'une année, la plus forte croissance de leurs actifs, rapportaient l'année suivante à l’actionnaire 22 % de moins (en moyenne) que celles qui investissaient le moins (soit 4 % contre 26 %, hors frais de transaction).

 

Une autre étude datant de février 2011, menée dans 40 pays et portant sur 25 ans, va dans le même sens, mais dans une moindre mesure, sans doute parce qu’elle n’est pas focalisée sur les sociétés américaines et leurs excès. La différence annuelle moyenne constatée est de 3,2 % dans les pays développés et disparaît presque complètement dans les pays émergents.

 

Pourquoi ?

Constater ces différences est une chose. En tirer des conclusions en est une autre. D'autant que, si on creuse un peu derrière ces moyennes, on constate des dispersions significatives selon les pays et les époques.

 

La première piste d’explication est le surinvestissement. Des entreprises, confrontées à un ralentissement de leur activité, mettent les bouchées doubles pour relancer la machine alors que, dans bien des cas, leur marché est saturé… En découle, une rentabilité affaiblie des investissements.

 

L’ego des chefs d'entreprise peut aussi être en cause. La rivalité entre chefs peut conduire au gigantisme irréfléchi.

 

Les entreprises qui investissent fortement profitent d'un "buzz" médiatique. Les actionnaires grisés poussent les cours des actions à la hausse (jusqu'à ce qu'elles deviennent trop chères) et déchantent par la suite.

 

Pas partout

Le phénomène ne se produit pas dans les entreprises innovantes : vu qu’elles réinventent et accroissent régulièrement leurs marchés avant leurs concurrents, leurs investissements restent rentables.

 

Les pays émergents sont moins confrontés au problème, parce que leurs marchés ne sont pas matures.

 

En tirer parti ?

Suffit-il d'acheter les actions de sociétés investissant peu pour récolter de juteux rendements ? Pas sûr !

 

D'abord, parce que tout résultat d’études du passé n’est pas toujours reproductible pour l'avenir. D’autant que, une fois que les investisseurs les ont intégrés dans leur raisonnement, ils adaptent leur comportement. Toute anomalie découverte et publiée cesse le souvent d'exister de façon suffisante que pour en profiter en Bourse.

 

Ensuite, considérer qu'une entreprise bien gérée est celle qui investit peu pour son avenir est bien sûr une erreur. Certes, selon les cycles, il faut moduler ses investissements. Mais les réduire sur plusieurs années à peau de chagrin signifierait la mort à plus ou moins brève échéance. Un bel exemple : le groupe américain Eastman Kodak qui, bien qu'ayant inventé la photo numérique, a hésité à y investir suffisamment, a été dépassé par ses concurrents et végète au bord de la faillite, après avoir ruiné ses actionnaires.

 

Comment faire le tri ?

– Une politique d'investissement raisonnable est celle qui n'amène pas de modification trop brusque du montant des actifs d'une entreprise (voir les bilans des dernières années).
– Les investissements sont corrects s’ils correspondent à ou dépassent quelque peu (en moyenne sur quelques années) l'usure des installations (c.à.d. l’amortissement). Ils évitent ainsi le surinvestissement et la baisse possible de rentabilité, ou le sous-investissement et la chute trop brutale de l'activité.
– Un investissement devient dangereux s’il nécessite un recours trop important à la dette et déséquilibre les finances de la société.

 

Vive le dividende

Chaque cas est particulier et doit s'apprécier selon toute une batterie de critères.

 

Néanmoins, toutes choses égales par ailleurs, mieux vaut opter pour les entreprises dont la politique d'investissement s’avère prudente, plutôt que pour celles qui connaissent une trop forte croissance et laissent planer des doutes sur leur rentabilité future.

 

Pour l’actionnaire, un dividende, même taxé, est de l’argent qui ne risque pas d’être dilapidé dans de hasardeuses aventures et qui lui revient, en juste contrepartie des risques encourus.

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