Analyse
Risque et rendement : lien pas évident il y a 5 ans - mardi 17 avril 2012

On entend qu’on attend des placements risqués un rendement plus élevé à long terme. Les actions les plus risquées devraient donc être celles qui rapportent le plus. Pourtant, on trouve peu d'actions risquées dans nos conseils d'achat…

Pas toujours

Il est effectivement logique que, pour accepter de détenir un titre risqué (p. ex., l’action d'une entreprise très endettée, d'une petite entreprise de biotechnologie…), l'investisseur exige un potentiel de rendement élevé et donc un cours assez bas. De notre côté, parmi l’ensemble des actions que nous suivons, nous considérons que 45 d’entre elles sont très risquées (nous leur attribuons un indicateur de risque de 4 ou 5). Mais, parmi ces 45, nous n’en sélectionnons que 10 pour en conseiller l’achat, soit 22 % seulement d'entre elles.

 

En fait, la relation positive entre risque et rendement s'observe surtout et sans conteste entre les grandes classes d'actifs : p. ex., les actions, plus risquées, rapportent en moyenne plus que les obligations, moins risquées. Elle se vérifie aussi à l'intérieur des classes d'actifs : p. ex., les obligations d'Etat italiennes, plus risquées, rapportent plus que leurs homologues allemandes, moins risquées.

 

Mais, pour les actions individuelles, la logique ne se vérifie pas dans tous les cas. En moyenne, une action spécifiquement risquée ne rapporte pas plus qu'une action peu risquée. Nous l’avons plusieurs fois vérifié sur la base des rendements passés. Et cela semble être de mise pour les rendements attendus dans le futur.

 

Pourquoi ?

Si les investisseurs sont généralement considérés comme des individus rationnels (exigeant dès lors un rendement supérieur pour un risque supérieur), il apparaît assez clairement que, une fois qu'ils sont confrontés au choix d'actions individuelles, ils perdent leur bon sens et se comportent comme dans le cadre d'une loterie. L'acheteur d'un billet de loterie est, en moyenne, perdant. Mais il joue quand même, dans l’espoir de gagner le gros lot.

 

Appliquée à la Bourse, cette attitude revient à acheter les actions les plus risquées, ou spécialement spéculatives, en espérant décrocher la martingale. Résultat : l'investisseur a tendance à payer trop cher. En moyenne, pour ce genre d’actions, l'investisseur lambda ne sera pas rémunéré à la hauteur du risque assumé. Un bel exemple : au tournant du millénaire, les actions du secteur internet en ont séduit plus d’un, attiré par l’espoir d’un gros lot, alors qu’il s’agissait le plus souvent d'entreprises à la rentabilité inexistante ou illusoire.

 

Contenez-vous !

Soyez toujours attentif à contrôler votre tendance spéculative et à vous méfier des actions trop risquées. Tentez plutôt de tirer parti des qualités fondamentales des entreprises, susceptibles de dégager un bon rendement à moyen ou long terme. Sur cette base, parmi les actions moins risquées que nous suivons (elles sont 47 à bénéficier d’un indicateur de risque de 1 ou 2), nous en conseillons 16 à l'achat, soit 34 % d'entre elles. Une proportion assez élevée, alors que les Bourses européennes ne sont, dans leur ensemble, pas bon marché.

 

Bien entendu, au final, une analyse au cas par cas reste indispensable. C’est ainsi qu’il nous arrive de conseiller une action très risquée, par exemple après une brusque baisse du cours. C’est le cas de Veolia Environnement. Par ailleurs, il est parfois tout à fait indiqué de vendre une action pourtant peu risquée. Car même si son cours ne risque pas de chuter brutalement, il peut être appelé à stagner ou à reculer peu à peu, parce qu’il a atteint des niveaux exagérant les perspectives réelles de l’entreprise. C’est à présent le cas d’Adidas et BMW.

Partagez cet article