Analyse
Faut-il miser sur les chouchous des Bourses ? il y a un an - vendredi 15 juillet 2016

Les actions très populaires sont-elles des occasions en or ? Ou des valeurs trop chères ?

Certaines actions bénéficient d’une grande popularité boursière. C’est le cas par exemple de celle de l’américain Tesla (actif dans les voitures électriques), de Facebook (réseau social), du français Hermès (luxe), ou encore de Netflix (vidéos à la demande). Pourquoi ? Parce que bien des investisseurs choisissent leurs actions sur base des espoirs de croissance de l’activité et des bénéfices de la société. On peut le comprendre. Mais en moyenne, cette stratégie est loin d’être gagnante. Car l’activité a beau être prometteuse, l’action peut cependant être trop chère.

 

Le cours inclut les perspectives

– Au moment auquel vous achetez une action, si les perspectives de la société sont à ce point intéressantes que les espoirs qu’elles donnent font l’objet d’un large consensus, il est très probable que ces perspectives soient déjà prises en compte par le cours de Bourse. L’enthousiasme des investisseurs peut même être tel qu’il aura peut-être déjà porté le cours au-delà des bonnes perspectives attendues. C’est ce qui nous fait dire qu’une action est chère. Dès lors, pour que le cours grimpe encore sensiblement, il faudrait que les attentes, pourtant déjà très belles, soient même dépassées. Il s’agit d’une (mini-)bulle, qui peut concerner une ou plusieurs valeurs, un sous-secteur ou tout un secteur.

 

– Hélas, souvent, c’est l’inverse qui se produit : il s’avère que les attentes étaient trop optimistes. Les résultats sont inférieurs aux espoirs, pour des raisons liées à la concurrence, à l’évolution technologique, à des erreurs de gestion, etc. Dans ces cas, le cours de l’action baisse nettement, à la mesure de la déception des investisseurs. Et le plus souvent, ceux-ci doivent aussi se passer d’un dividende, car les sociétés faisant l’objet d’attentes élevées sont souvent des entreprises qui consacrent tous leurs moyens aux investissements de croissance. Ce fut le cas récemment de GoPro (caméras, -80 % sur 12 mois) et Twitter (réseau social, -50 %) et c’est ce que subit actuellement Netflix.

 

Seulement 1 chance sur 3

– Une action est d’autant plus chère que sa valorisation se base sur des attentes de (trop) forte croissance de ses résultats futurs. Une action est très bon marché quand elle est délaissée par les investisseurs, pour manque de perspectives claires.

 

– Que nous apprend l’histoire boursière ? Les actions les plus chères, également appelées, un peu rapidement, actions de croissance, et représentant environ 10 % de la population totale des Bourses, réalisent en moyenne une performance nettement inférieure à la moyenne de leur Bourse. Ainsi p.ex., aux USA, sur les 50 dernières années, cette sous-performance moyenne annuelle est de 6,8 % (en USD). Cela ne signifie pas que le choix de l’une ou l’autre action dans cette population ne puisse s’avérer gagnant, parfois même assez nettement. Néanmoins, ces actions ne vous offrent qu’1 chance sur 3 de faire mieux que la moyenne des actions du marché. Et vous ne disposez d’aucun réel outil pour séparer le bon grain de l’ivraie.

 

Des hausses spectaculaires

Sur toutes les Bourses, à un moment ou un autre, on constate des envolées brutales, certains cours pouvant tripler au cours d’une année. L’envie peut alors être forte de bénéficier d’une telle performance via le stock picking.

 

Mais ce n’est pas si simple. Car si de telles évolutions impressionnent et sont médiatisées, elles sont néanmoins en définitive assez rares. Ce qui réduit la probabilité de dénicher, à l’avance, la bonne action. Et très souvent, ces flambées touchent des actions qui étaient déjà chères et qui deviennent ainsi encore plus chères. Ce fut p.ex. le cas de la française LVMH, début 2015 avant sa baisse.

 

Enfin, de telles envolées s’observent souvent dans les secteurs à fort contenu technologique, où tout revers scientifique est durement sanctionné. Ainsi, le cours de la biotechnologique belge Celyad a chuté de 45 % après l’échec d’un traitement en développement !

 

Discipline et patience

N’est-il dès lors jamais possible de battre la Bourse en achetant des actions ?
Si ! Mais à deux conditions :
 Il faut être discipliné
C’est la quête sans relâche d’actions bon marché, sur base de critères quantitatifs stricts, qui est susceptible d’aboutir au Graal. La Bourse finit toujours par favoriser ces actions, jusqu’alors sous-évaluées. Il faut donc savoir s’éloigner des grands noms de la cote pour trouver les perles rares, tout en contrôlant la qualité de ces entreprises plus fragiles (dette, évolution des résultats…), pour ne pas s’exposer indûment à trop de risques.


– Il faut se montrer patient
Les effets de mode et les sautes d’humeur de la Bourse (comme actuellement avec le Brexit) peuvent d’autant plus pénaliser, durant de longues périodes, les actions bon marché, en les empêchant de réaliser leur potentiel de hausse. Il faut parfois pouvoir attendre 10 ans avant de cueillir le fruit d’un investissement. Ainsi, ces dernières années, marquées par les séquelles de la crise financière de 2007/08, ne se sont pas avérées très favorables aux actions bon marché. La conjoncture n’a pas été favorable à deux secteurs, considérés comme bon marché : le secteur bancaire et le secteur pétrolier.

 

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