Analyse
Les élections américaines et vous il y a 13 ans - mercredi 13 octobre 2004

Les Américains vont élire un président. Le résultat du scrutin pourrait avoir un impact sur bon nombre de secteurs, mais sans plus.

Le 2 novembre, les Américains se rendront aux urnes pour élire leur 44ème président. La donne est connue : d’un côté le républicain George Bush, actuellement en place, de l’autre le démocrate John Kerry, son challenger. Fin septembre, le premier avait une petite longueur d’avance sur le second. Début octobre, cet avantage avait partiellement fondu. Bref, le match sera serré.
Contrairement à la situation qui prévalait il y a quatre ans, l’économie américaine n’est pas au mieux de sa forme et le budget présente un trou abyssal. Ce dernier point est d’ailleurs au centre de la campagne : comment s’attaquer à un déficit qui va sans cesse croissant ? La marge de manœuvre budgétaire de chacun des deux candidats est étroite, même s’ils promettent beaucoup… Une fois le président élu, il faudra encore qu’il fasse approuver ses projets par le Congrès, ce qui n’est pas une sinécure.

Une dette abyssale
· Nous vous conseillons depuis février déjà d’investir en sicav d’actions et d’obligations américaines (F&S 115). Pourquoi ? Pour profiter du prix “discount” du dollar, du niveau correct de la Bourse et de la reprise de l’économie américaine. Ces conseils sont toujours valables. N’en déduisez pas que tout ce qui brille est de l’or au pays de l’Oncle Sam. L’appétit de consommation des ménages pèse lourdement sur la balance commerciale (les Etats-Unis importent plus qu'ils n'exportent) et l’Etat est tout aussi dépensier. Cette année, le déficit budgétaire devrait plonger à 445 milliards de dollars, un record absolu, alors que le précédent président, Bill Clinton, avait légué un excédent !
· Cette situation est évidemment exploitée par John Kerry qui l’explique par les nombreux cadeaux fiscaux que son rival en place a faits aux plus aisés des Américains. George Bush rétorque, lui, que ces cadeaux étaient nécessaires pour contrer la récession et donner à l’économie l’oxygène dont elle avait besoin. Ce qui coûte, dit le président actuel, c’est la lutte contre le terrorisme, les guerres et les scandales financiers comme celui d’Enron.

Objectif commun
· Si les deux candidats divergent sur bien des points, ils sont d’accord sur la nécessité de s’attaquer à la dette publique, même si cela coûte en croissance économique.
– George Bush entend poursuivre sur la voie des réductions d’impôts tout en sabrant dans les dépenses, notamment dans l’enseignement, mais pas dans la défense et la sécurité. Les réductions d’impôts, dit-il, pèsent dans un premier temps sur les finances publiques, mais par la suite, lorsque la croissance économique reprend, elle génère des rentrées fiscales plus élevées.
– John Kerry voit les choses autrement et veut que chaque Américain soit (fiscalement) plus responsable. Une partie des cadeaux fiscaux de l’ère Bush sera annulée – ceux dont profitent les plus aisés. Il souhaite par ailleurs que le gouvernement ne dépense plus que ce qu’il a.
· Lorsqu’on met ces deux approches côte à côte, on constate que ce n’est pas tant leurs divergences qui comptent, mais le fait que les deux candidats veulent s’attaquer au problème du déficit. A partir de 2008, la génération du “baby boom” arrivera progressivement à l’âge de la retraite, ce qui pourrait poser des problèmes de financement si rien n’est fait. Les staffs des deux présidents le savent. Il faudra donc se mettre au travail, et vite.

Nos conseils pour vos sicav
· Nous ne pensons pas que l’élection d’un nouveau président doive changer grand-chose pour les épargnants. Dans les grandes lignes, les deux candidats sont sur la même longueur d’ondes. C’est leur manière de faire qui diverge. Le fait de s’attaquer au problème du déficit coûtera sans doute quelques points de croissance, mais à long terme le bilan sera positif.
· Les sicav d’actions et d’obligations américaines restent donc intéressantes (voir à ce propos F&S 115). En ce moment, notre préférence va à KBC Index United States (**) ou au tracker Dow Jones Master Unit (coté sur Euronext Paris) pour les sicav d’actions. Fidelity American Growth A disparaît de notre sélection, mais vous pouvez conserver. Côté obligations, nous préférons ING (L) Renta Fund Dollar (***) et Dewaay American Bonds (***).

Chacun son secteur
· Si le choix de l'électeur n'influencera pas trop en fin de compte l'économie américaine en général et la Bourse en particulier, au niveau des secteurs les choses pourraient changer. Voyons cela de plus près.
· George Bush est considéré comme l’homme des entreprises et le supporter de l’industrie traditionnelle. Les grands groupes chimiques, énergétiques, du tabac et du transport bénéficient de son soutien. Mais la différence la plus grande se situe dans le débat sur les médicaments. Contrairement à John Kerry, George Bush n’est pas favorable au remboursement des soins pour tous ni aux médicaments génériques. Pas question non plus de pratiquer des prix cassés sous la coupole de la sécurité sociale pour tous. Les grands groupes pharmaceutiques ne demandent pas mieux, cela sécurise leurs bénéfices. A ce niveau, le déficit budgétaire américain les... rassure ! En effet, où John Kerry, qui propose le contraire, ira-t-il chercher l’argent nécessaire ?
· John Kerry est plutôt le supporter des secteurs nouveaux de la technologie et des télécoms. Il veut aussi renouer le lien avec les propositions de l’ancien vice-président Al Gore en faveur des énergies alternatives de manière à rendre les Etats-Unis moins dépendants du pétrole. Le secteur automobile apprécie peu. George Bush, qui est né dans les champs pétrolifères texans, place évidemment ses priorités ailleurs.

Quelques ajustements sectoriels
Il ne devrait pas y avoir de gros bouleversements au niveau des sicav sectorielles, sauf dans quelques domaines bien précis.
· Les sicav spécialisées en valeurs pharmaceutiques ont généralement investi dans les grands noms du secteur. Pour eux, l’élection de George Bush serait une bonne chose. Si son challenger gagne, ce ne sera pas une catastrophe pour autant, sa marge de manœuvre financière étant limitée. Bref, ne vous inquiétez pas trop : les marchés boursiers ne détestent qu’une chose, l’incertitude – elle est limitée – et ce seront surtout les groupes américains qui seront concernés. Nous continuons donc à penser que les sicav diversifiées mondialement sont les plus intéressantes.
· La plupart des sicav spécialisées en valeurs énergétiques qui sont commercialisées dans notre pays n’investissent que peu dans les énergies alternatives. Nous ne les conseillons pas.

Pas de précipitation
· Fondamentalement, c’est la banque centrale américaine (la fameuse “Fed”) qui a la haute main sur l’économie américaine et cela ne changera pas le 2 novembre. A court terme, on notera peut-être en Bourse quelques glissements d’un secteur à l’autre, mais il faudra y voir davantage ce que l’on appelle des “corrections”, comme nous les décrivons dans l'encadré « L’histoire bégaie-t-elle ? ». A long terme, rien ne devrait changer. Tant les actions que les obligations américaines offrent de bonnes perspectives pour peu que vous ayez bien diversifié votre portefeuille.
· Sur le plan sectoriel, il pourrait y avoir quelques grognements dans les groupes pharmaceutiques si John Kerry est élu et si effectivement il trouve les fonds pour mener une politique de santé différente. Cela fait deux « si » ! Il devra sans doute ramener ses ambitions à un niveau inférieur et, de toute manière, le Congrès, où règne une majorité républicaine, l’attend au tournant. Nous ne modifions donc pas notre point de vue : préférez les sicav pharmaceutiques diversifiées mondialement.

L’histoire bégaie-t-elle?
On ne compte pas les études scientifiques sur l’impact en Bourse d’une victoire démocrate ou républicaine. Ces études ont un point commun : elles montrent surtout… qu’il n’y a pratiquement pas de différence à long terme ! A court terme toutefois, on voit souvent que les Démocrates font monter la Bourse, mais après l’avoir fait descendre. En effet, le programme démocrate est toujours plus social et donc plus coûteux, ce qui fait baisser la Bourse. Mais une fois le président élu, cette anticipation négative est corrigée. C’est l’inverse avec les Républicains. Ils font d’abord monter la Bourse, puis la correction se fait dans l’autre sens.
Une autre théorie énonce que ce sont toujours les deux dernières années d’un mandat présidentiel qui sont les meilleures pour la Bourse. Les décisions les plus difficiles sont prises pendant les deux premières années…
Bref, si vous vous sentez l’âme d’un spéculateur, jouez. Mais pour l’investisseur à long terme, tout cela ne change pas grand-chose.

 

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