Analyse
Palmarès 2008 il y a 8 ans - jeudi 15 janvier 2009

Les gagnants et les perdants de 2008 sont connus. Quelles leçons en tirer ?

Comme chaque année nous vous proposons dans notre première livraison de l’année un aperçu des prestations des meilleures et des moins bonnes sicav. Un exercice toujours intéressant, mais nous vous conseillons de ne pas vous attarder sur les chiffres. Il ne s’agit que d’un instantané qui ne dit rien sur l’avenir.

Nos lecteurs le savent depuis belle lurette : les prestations du passé ne constituent en rien une indication pour l’avenir. 2008 démontre une fois de plus la véracité de ce constat. Les grands vainqueurs des années précédentes, les sicav investissant en actions d’Europe de l’Est (-67 %), de Chine (-47 %) et d’Amérique latine (-51 %) sont les grands perdants de l’an dernier. La crise financière a miné la confiance des investisseurs, lesquels se sont rués sur les liquidités et les obligations. Les marchés boursiers – relativement étroits – des pays émergents n’ont pu résister à la marée descendante.
Autre confirmation du même constat, la performance des obligations en yens. Pour une catégorie qui les années précédentes a surtout connu les queues de peloton, on peut véritablement parler de renversement de tendance : +32 % en moyenne. Grâce à la devise nipponne surtout.

BOURSE TURQUE (en gras) ET INDICE BOURSIER MONDIAL (base = 100)

‘Sic transit gloria mundi’. Alors que l’an dernier la Bourse d’Istanbul semblait devoir progresser encore malgré les problèmes politiques, le vent a subitement tourné. La crise financière est passée par là. Les investisseurs ont pris peur et les ventes d’actions ont fait l’effet d’un rouleau compresseur.

Si nous nous limitons aux sicav et aux fonds d’assurance de nos tableaux, il n’y a pas photo : personne ne fait mieux que les sicav obligataires en yens, en francs suisses et en dollars US. Pour ce qui est des sicav en tant que telles, le vainqueur est ING (L) Renta Fund Yen (**) avec +32,6 %. Du côté des trackers, on ne peut ne pas souligner les prestations de Lyxor Gold Bullion Securities (GBS) avec +8,1 %. Ce tracker investit en or physique et pas en mines d’or, lesquelles ont en moyenne perdu 28 %. Dans le camp des sicav cotées en Bourse, la palme revient à Delta Lloyd Dollar Fonds avec +14,3 % plus dividende.

NE REGARDEZ PAS DANS LE RETROVISEUR
· Dans notre aperçu de l’année 2008 , nous analysons les prestations des sicav reprises dans nos tableaux, mais le tableau ci-dessous vous donne déjà un aperçu des cinq ‘tops’ et des cinq ‘flops’, ces derniers étant surtout le fait de sicav d’actions des pays émergents. Faut-il en déduire que ce type de placement n’a plus d’intérêt et qu’il faut se tourner vers les gagnants de 2008 ?
· NON ! Les résultats du passé ne disent rien sur ceux de demain (air connu). Il suffit pour s’en persuader de regarder les performances catégorie par catégorie sur une période relativement longue. Cela montre à suffisance que regarder dans le rétroviseur n’est pas payant. Inutile non plus d’acheter ce qui a moins bien marché hier. Les actions du secteur financier par exemple ont connu une mauvaise année 2008 (51ème place sur nos 54 catégories) après une mauvaise année 2007 (dernière place). On ne se rattrape pas forcément. Ce qui compte, c’est le potentiel.

LES PERFORMANCES PASSEES DES ‘TOPS’ ET DES ‘FLOPS’ DE 2008

Catégorie

2008

2007

2006

2005

2004

%

place
(sur54)

%

place
(sur53)

%

place
(sur52)

%

place
(sur59)

%

place
(sur58)

TOPS’ 2008

Obligations – Yen japonais

31,9

1

-2,4

41

-12,1

51

-0,2

59

-2,7

56

Obligations – Franc suisse

17,7

2

-3,6

43

-4,3

45

0,4

57

3,2

46

Obligations – Dollar US

9,9

3

-4,1

46

-8,3

49

17,3

35

-4,6

57

Obligations – Couronne
danoise

8,6

4

1,1

28

-0,9

38

3,9

51

5,7

36

Obligations – Euro long
terme

8,3

5

-2,4

41

-2,7

43

8,4

45

10,5

16

‘FLOPS’ 2008

Actions –
Russie

-73,5

54

16,3

9

-

-

-

-

-

-

Actions –
Europe
de l’Est

-67,0

53

18,6

7

30,8

2

59,7

3

30,9

2

Actions –
Turquie

-66,2

52

49,4

1

-13,9

52

77,8

1

-

-

Actions
Secteur
financier

-55,1

51

-12,8

53

14,2

17

28,0

14

9,4

21

Actions –
Pays
émergents

-53,9

50

23,2

6

17,1

15

51,9

4

11,6

13

Par exemple : les sicav d’actions d’Europe de l’Est ont en moyenne perdu 67 % en 2008, ce qui en fait la plus mauvaise catégorie à une place près dans nos tableaux (53ème place sur 54). En 2007, cette catégorie avait fait nettement mieux (7ème place sur 53) avec une plus-value moyenne de 18,6 %. Attention : nous ne tenons compte que des sicav reprises dans nos tableaux. Pour info: les sicav d’actions belges ont dégagé en 2008 une moins-value de 49,8 % (45ème place sur 54), mais elles font mieux ou moins mal que la Bourse de Bruxelles dans son ensemble (-55 %).

TOPS 2008
1. ING (L) Renta Fund Yen (+ 32,6 %)
2. KBC Renta Yenrenta (+ 32 %)
3. Parvest Japan Yen Bond (+ 31 %)
4. SGAM Bonds CHF A (+ 20,9 %)
5. KBC Renta Swissrenta (+ 18,1 %)

Notre aperçu des performances des meilleures et des moins bonnes sicav de 2008 montre une fois encore que ce sont surtout le choix du marché boursier, du secteur et du marché obligataire qui font la différence. Et qu’à l’intérieur de chaque catégorie ce sont les frais, la qualité de la gestion et de la stratégie de placement (passive, active) qui déterminent le résultat final.
2008 a été l’année des sicav d’obligations en yens. Les trois sicav de ce type commercialisées dans notre pays raflent toutes les médailles. Une prestation remarquable pour une catégorie qui depuis 2003 était une habituée de nos listes des flops annuels.
Et voilà qu’au moment précis où l’élite du marché nous abandonne en rase campagne ces sicav ressuscitent de leurs cendres. Comment expliquer ce revirement ? Essentiellement par l’appréciation du yen, qui a gagné  quelque 30 % par rapport à l’euro en 2008. Par la baisse des taux obligataires aussi, ce qui a fait monter les cours des obligations existantes. Tout comme le fait que ces sicav investissent uniquement (ING et CBC-KBC) ou essentiellement (Parvest) en émissions d’Etats ou d’organismes supranationaux, ce qui les a préservées de bien des malheurs.
Que peut-on encore attendre du yen ? En 2008 nous étions acheteurs de sicav d’obligations en yen japonais, mais aujourd’hui le contexte est différent du fait notamment du virage à 180° pris par la banque centrale japonaise, la Nihon Ginko, qui s’est dite ouvertement favorable à un yen faible et a joint le geste à la parole en multipliant les interventions sur le marché des changes et en réduisant ses taux d’intérêt, ce qui n’augure rien de bon pour l’avenir. C’est pourquoi nous vendrions ces sicav.
L’autre grand vainqueur de 2008 est le détenteur de sicav d’obligations en francs suisses. La devise helvétique a retrouvé son statut de valeur refuge et regagné 11,9 %. Quant au marché obligataire, il a bénéficié de la baisse des taux d’intérêt. Les deux effets cumulés ont fait des sicav obligataires en francs suisses un placement à succès.
Faut-il encore investir dans cette devise ? Le franc suisse ne nous paraît pas très attirant. Son statut de valeur refuge lui permet de ne rémunérer ses détenteurs que de façon chiche. De plus, il est correctement évalué, si bien que son potentiel est limité. Nous ne sommes pas preneurs.

FLOPS 2008
1. JPMorgan Russia A (- 76,9 %)
2. Fortis L Equities Russia (- 72 %)
3. Horizon Access Fund Russia (- 71,6 %)
4. KBC Equity Eastern Europe (- 71,1 %)
5. SGAM Equity Eastern Europe A (- 70 %)

Il vous étonnera sans doute de constater que les sicav d’actions financières ne sont pas les lanternes rouges dans le club des mauvais prestataires de 2008. Il s’en est fallu de peu puisque jusqu’au milieu de l’année dernière aucune catégorie ne se comportait aussi mal. Heureusement – ou malheureusement –, les actions russes ont réussi à faire pire encore au second semestre. L’ours russe est entré en hibernation, au sens propre d’ailleurs : la Bourse de Moscou a fermé ses portes plusieurs jours, ce qui perturbé les transactions et les a même rendues impossibles. Cette mesure extrême a été prise parce que les indices boursiers chutaient beaucoup trop vite. Il fallait stopper l’assèchement du marché. La cause en était la crise financière et sa conséquence directe, l’aversion croissante au risque. Plus la chute du prix du pétrole (-56 %), cruelle pour un marché très orienté vers les matières premières. Sans compter les effets négatifs de l’intervention russe en Géorgie et l’interventionnisme étatique.
A notre avis, le plus dur est passé. La Bourse russe est aujourd’hui le marché émergent le moins cher, le gouvernement n’épargne aucun effort pour faire revenir la confiance et tout le monde a bien compris que le prix du pétrole ne va plus baisser. Dès que l’économie mondiale fera mine de se redresser, les prix du pétrole et du gaz vont remonter, à la plus grande joie du secteur en Bourse de Moscou. Vous pouvez conserver les sicav spécialisées.
Le massacre à la tronçonneuse qu’a vécu la Bourse de Moscou a fait des remous ailleurs, par exemple dans le clan des sicav d’actions d’Europe de l’Est. Les reculs y sont en moyenne de 67 %. Les grands perdants, KBC Equity Eastern Europe (*) et SGAM Equity Eastern Europe A (*), ont beaucoup investi en Bourse de Moscou, plus de la moitié de leur avoir en fait. Mais même les sicav ayant évité les actions russes ont souffert. Notamment parce qu’elles misaient de plus en plus sur la Bourse… d’Istanbul (-60 %). 2007 avait été excellente, mais 2008...
N’achetez pas de sicav de ce type. La diversification de leur portefeuille est plus théorique que réelle. Elles investissent par exemple sur de petits marchés inintéressants comme la Hongrie et la Tchéquie, qui ne se portent guère mieux sur le plan macroéconomique. A éviter.

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