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Et si c’était un robot en ligne qui gérait vos placements ?

il y a un an - mercredi 18 janvier 2017
De nouveaux acteurs et certaines banques en ligne proposent une telle gestion.
Intéressant ? Digne de confiance ?

 

Les robots s'adressent à un public qui cherche à investir en ligne avec moins d’argent

Le ticket d’entrée est relativement réduit. On vous propose déjà un portefeuille sur mesure à partir de quelques milliers d’euros seulement. On est donc loin des 500 000, voire du million que les banques privées réclament pour une gestion personnalisée.
Les frais sont aussi réduits. La technologie, qui permet l’automatisation, allège ces frais (qui seraient deux à trois fois moins élevés que dans une banque privée classique).
En résumé, l’offre s’adresse à plusieurs types de public. Ceux qui disposent d’un capital, mais pas suffisamment élevé pour s’adresser à un banquier privé, et qui voudraient investir sans se soucier trop de la gestion de leur portefeuille. Mais aussi ceux qui, déçus par les conseils de leur banquier, espèrent qu’un robot obtiendra de meilleurs résultats, qui plus est à moindres frais.

 

Les robots offrent un conseil personnalisé, une même qualité de service qu’une banque privée, mais à moindre coût

Profil d’investisseur établi en ligne, de manière automatisée
Lorsque vous vous rendez chez votre banquier pour des conseils en placement, celui-ci a l’obligation de vous poser un certain nombre de questions sur vos objectifs et votre horizon de placement, votre degré d’acceptation du risque, le niveau de vos revenus ou votre situation patrimoniale, pour établir votre profil d’investisseur et veiller à ce que les placements qu’il recommande correspondent à vos besoins.

Les « robots-conseillers » ne font pas autre chose, si ce n’est que vous remplissez le questionnaire en ligne. Un algorithme traite ensuite vos réponses pour déterminer le profil qui convient le mieux à vos besoins. Il faut toutefois savoir que les banques traditionnelles utilisent aussi des algorithmes pour analyser les réponses des clients. Mais alors qu’un banquier « physique » ne peut traiter qu’un client à la fois, le gestionnaire en ligne peut en traiter des milliers en même temps.

Placements conseillés : priorité aux fonds
Une fois votre profil connu, le gestionnaire en ligne vous proposera un portefeuille, avec plus ou moins d’actions, d’obligations, etc. Ne vous attendez pas à ce qu’on vous conseille spécifiquement telle ou telle action ou obligation, comme une banque privée peut le faire. En réalité, on vous proposera un ou plusieurs fonds standard, qui seront les mêmes et que vous achèterez dans les mêmes proportions que d’autres clients au même profil que le vôtre. En soi, ce n’est pas dérangeant. Nous pensons aussi que c’est avec des fonds qu’on peut facilement et à moindres frais diversifier un portefeuille. Selon le cas, le choix des fonds sera tantôt guidé par un algorithme, tantôt par un groupe d’experts, tantôt par les deux (l’intervention humaine est encore présente). Mais une fois les fonds retenus, leur allocation en fonction des différents profils est entièrement automatisée, ce qui permet de servir de nombreux clients à la fois.

Suivi : rééquilibrage automatique
Lorsqu’un portefeuille est composé de plusieurs fonds, il doit être régulièrement rééquilibré. Les gestionnaires en ligne proposent un rééquilibrage automatique lorsque l’algorithme qu’ils utilisent détecte un écart trop important. C’est intéressant, mais pour l’investisseur qui ne tient pas à rééquilibrer lui-même son portefeuille de temps en temps, les banques traditionnelles proposent déjà des fonds mixtes, qui ont pour mission de répartir les avoirs entre actions et obligations.

 

Plus efficaces que les humains ? Trop tôt pour le savoir.

Bon profil ?
Si le robot a été mal programmé, il dressera un mauvais profil. Un contrôle est donc nécessaire. Par ailleurs, le robot ne fait pas dans la nuance. Or, il peut être utile de s’assurer que l’investisseur a bien compris la question qu’on lui pose et y a répondu correctement. Ceci dit, dans les banques traditionnelles, le profil d’investisseur est encore trop souvent bâclé car il est surtout vu comme une formalité rébarbative. Pour l’instant, rien ne permet donc d’affirmer qu’un robot se comportera mieux ou moins bien qu’un humain pour établir un profil.

Stratégie gagnante ?
Il faudra quelques années pour vérifier si les stratégies mises en place offrent réellement un plus. Les résultats seront-ils comparables aux fonds mixtes des banques ? Sans attendre ces résultats, les gestionnaires en ligne mettent déjà en avant leurs propres atouts. Notamment les frais réduits, ce qui, in fine, est un plus pour le rendement.

 

Coup d’oeil sur cinq robots

– Keytrade Bank : à partir de 15 000 euros
Selon votre profil d’investisseur, vous serez orienté vers un des dix portefeuilles prévus (de très défensif à très agressif).
Keytrade Bank opte pour une diversification mondiale via des trackers, lesquels comprennent plusieurs dizaines, voire des centaines de titres, ce qui permet de diversifier plus facilement ses avoirs et de le faire à moindres frais que pour la plupart des fonds classiques. Chaque portefeuille comprend jusqu’à douze trackers (d’actions, d’obligations et de matières premières) et un poste de liquidités. Le poids de ces différents postes est décidé par un comité d’experts. Les dix portefeuilles sont gérés activement (leur composition peut s’écarter de la moyenne mondiale). Régulièrement, Keytrade procède à un rééquilibrage de façon à ce qu’il reste en ligne avec votre profil.

 MeDirect : à partir de 5 000 euros
Les clients sont répartis selon cinq profils (défensif, modéré, stable, croissance et dynamique).
A chaque profil est associé un portefeuille composé de dix fonds sélectionnés sur la base des notations accordées par Morningstar, une société chargée d’évaluer la performance des fonds. Ces fonds investissent en actions et en obligations, au niveau européen ou mondial. Un poste de liquidités est prévu pour les plus défensifs. Lorsque c’est nécessaire, MeDirect procède à un rééquilibrage pour rester en phase avec votre profil. Les frais de gestion sont dégressifs : de 0,61 % si vous investissez moins de 20 000 euros à 0,30 % si vous placez plus de 100 000 euros. Comme auprès des autres gestionnaires de portefeuille en ligne, il n’y a pas de frais d’entrée ou de sortie et vos avoirs sont conservés gratuitement par la banque.

– Evi : à partir de 10 000 euros
La banque vous attribue un profil parmi les cinq proposés, qui vont de « risque très réduit » à « risque très élevé ».
Evi se repose sur l’expertise de sa maison-mère, la Banque Privée Van Lanschot, qui conseille depuis de très nombreuses années ses clients fortunés.
Pour chaque profil, Evi propose un fonds mixte composé d’actions, d’obligations ainsi que d’un peu d’immobilier et de matières premières. Pour une partie du fonds, le choix des actions et des obligations repose sur les conseils donnés par la maison-mère Van Lanschot à ses clients en banque privée. Contrairement aux autres gestionnaires de portefeuille en ligne, où vous achetez un panier de fonds ou de trackers, vous achetez ici un seul fonds, le gestionnaire se chargeant, au sein de ce fonds, de veiller à ce qu’il reste en phase avec la stratégie d’investissement proposée.

– Easyvest : gestion simple à faibles coûts
Un contact avec un conseiller est planifié au moment de la définition du profil et l’argent est investi dans un des dix portefeuilles types.
Easyvest précise la perte maximale que vous êtes susceptible de subir (ce n’est qu’une probabilité) endéans les douze prochains mois. Les concepteurs d’Easyvest sont de fervents partisans de la gestion passive, partant du principe qu’une gestion active est non seulement plus coûteuse mais mène aussi à de moins bons résultats. Chaque portefeuille ne comprend que deux trackers, l’un qui investit dans un large panier d’actions mondiales, l’autre dans des obligations d’Etat de la zone euro. L’avenir dira si cette approche est payante. Easyvest n’ayant pas le statut de banque, l’argent que vous confiez est déposé chez ING. Pour les transactions, Easyvest est adossé à Leleux, un courtier déjà bien établi en Belgique.

– Pritle : à partir de 10 euros
Après avoir répondu à un questionnaire en ligne et fixé votre objectif de placement (vous souhaitez par exemple un capital de 100 000 euros dans dix ans), Pritle établit votre profil et vous dirige vers une sélection de trackers. Votre portefeuille est ensuite régulièrement adapté. Si à un moment donné votre objectif risque de ne plus être atteint (par exemple parce que la Bourse a sévèrement chuté), Pritle vous envoie une alerte. A vous de décider alors si vous réalisez un versement complémentaire ou si vous revoyez votre objectif à la baisse. Par contre, lorsque votre objectif est presque atteint, Pritle réduit progressivement le risque de façon à éviter toute mauvaise surprise de dernière minute. Pritle étant basé aux Pays-Bas, vous devez signaler l’existence de ce compte au fisc belge et en déclarer les revenus (dividendes, certaines plus-values) qui n’ont pas été taxés.

 

L’avis de Test-Achats invest

Les robots-conseillers ont une approche assez classique de l’investissement.

Les portefeuilles comprennent des fonds d’actions et d’obligations dont le poids varie en fonction du risque. Les gestionnaires font donc reposer leur stratégie sur des méthodes éprouvées. Tant mieux ! Nous faisons de même dans notre stratégie. Mais à certains égards, c’est peut-être aussi ce qui nous dérange. 

Dans les portefeuilles ultra défensifs (les moins risqués), les (fonds en) obligations d’Etat ont un poids prépondérant. En période de taux faibles, ils ne rapportent pas grand chose...

Dans les autres profils, qui misent un peu plus ou majoritairement sur les actions, la question est de savoir s’ils feront mieux que la majorité des fonds mixtes traditionnels. La concurrence est rude et la compétition lancée ! Le succès des robots-conseillers pourrait venir de ce qu’ils bousculent le marché du conseil en placements. D’abord en le démocratisant à toute une partie de la population qui a accumulé un peu d’épargne mais qui n’a ni le temps, ni l’envie, ni la capacité de la gérer et qui avait difficilement accès aux conseils de spécialistes. Ensuite, en séduisant les investisseurs, déçus par les conseils et les pratiques de leur banquier, souvent davantage vu comme un vendeur que comme un conseiller.

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