Analyse
La Grèce et ses créanciers ont trouvé un accord pour poursuivre le sauvetage financier du pays il y a 9 mois - mercredi 1 mars 2017
Mais le problème de la dette de la zone euro n’est pas totalement réglé pour autant.
La Grèce et ses créanciers ont trouvé un accord pour poursuivre le sauvetage financier du pays

La Grèce et ses créanciers ont trouvé un accord pour poursuivre le sauvetage financier du pays

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La Grèce reste incapable de se financer sur les marchés obligataires et a encore besoin de ses partenaires européens et du FMI

Certes, depuis 2015 et la mise en place d’un troisième plan d’aide, les finances publiques grecques se sont améliorées conformément aux attentes, et même parfois davantage. De 7,5% du PIB en 2015, le déficit public s’est réduit à ±1% en 2016 et un léger surplus est attendu dès 2018. Le solde primaire (= situation budgétaire hors paiement des intérêts) a fait mieux que les objectifs fixés. L’an dernier, la Grèce a dégagé un surplus primaire de 2,3% du PIB, alors que le programme d’ajustement ne prévoyait que 0,5%. Et l’objectif d’un surplus primaire de 1,75% pour cette année devrait de nouveau être dépassé. Par rapport à 2012, la dette grecque est stabilisée, autour de 310 milliards d’euros. Mais comme le pays s’est enfoncé dans la récession, le ratio d’endettement a grimpé. Aujourd’hui à 180% du PIB contre 160% il y a cinq ans, la dette publique n’est toujours pas soutenable malgré tous les efforts.

La Grèce n’est réellement sortie de la récession qu’au 3ème trimestre 2016, avec une hausse trimestrielle du PIB de 0,9%

La rechute de 0,3% au 4ème trimestre montre que la reprise est fragile. Si certains anticipent une forte croissance en 2017 et 2018, d’autres sont moins optimistes. Ce paramètre est pourtant primordial pour l’évolution des finances publiques grecques, et explique le désaccord entre les pays européens et le FMI. Celui-ci juge la reprise trop fragile pour supporter davantage d’austérité. Pour atteindre l’objectif d’un surplus primaire de 3,5% du PIB, il préconise des réformes profondes du système de retraite et de la fiscalité. Et pour résoudre à long terme le problème d’endettement de la Grèce, les pays européens devront renoncer à une part significative de leurs créances. C’est inacceptable pour la zone euro, qui exclut toute nouvelle restructuration de la dette et estime que grâce à la reprise économique et à des efforts budgétaires supplémentaires, Athènes atteindra ses objectifs. Le gouvernement grec, de son côté, tout en se félicitant de l’appel du FMI pour une nouvelle restructuration de la dette, refuse certaines réformes structurelles et rejette la poursuite de l’austérité.

A la veille de la réunion du 20 février, un blocage semblait inévitable. Pour l’éviter, il a été décidé… de ne rien décider !

La Grèce a simplement accepté le retour des experts internationaux à Athènes pour discuter des réformes attendues et des éventuelles mesures budgétaires à prendre. En fonction du résultat, un nouveau prêt à taux préférentiel sera octroyé ou non à la Grèce. Il est vrai que le calendrier politique, avec des élections de mars à juin aux Pays-Bas et en France, n’est pas propice aux concessions. Et comme Athènes pourra honorer l’échéance de 1,3 milliard d’euros d’avril, l’urgence n’est pas (encore) de mise. Par contre, les caisses seront vides en juillet, lorsqu’il faudra rembourser 6 milliards d’euros. Le problème de la dette grecque reviendra donc vite sur le tapis. Et tant qu’une solution viable à long terme n’aura pas été trouvée, la dette publique grecque continuera d’occuper l’agenda européen. D’autres pays de la zone pourraient également revenir sur le devant de la scène.

Malgré la reprise économique des dernières années, la dette publique de la zone euro reste proche des 90% du PIB

Hormis l’Irlande, le ratio d’endettement a augmenté dans les pays malmenés sur le marché obligataire avant l’intervention de la BCE. Depuis 2012, la dette publique est passée de 123% à 133% en Italie et de 126% à 133% au Portugal. Grâce à l’intervention de la BCE qui maintient artificiellement bas les taux d’intérêt, le financement de ces dettes sur le marché obligataire ne pose aujourd’hui aucun problème. Mais une hausse des taux pourrait vite replacer ces pays dans l’œil du cyclone. Avec une économie qui stagne depuis 15 ans, un système bancaire fragilisé et une situation politique instable, l’Italie menace, par sa taille, la stabilité financière de l’ensemble de la zone euro. Alors que les solutions de court terme ont toujours été privilégiées, près de 10 ans après le début de la crise de la dette en Grèce, l’endettement excessif de certains pays n’est toujours pas corrigé. Mis entre parenthèses par l’argent gratuit distribué par la BCE, le problème de la dette, en Grèce, au Portugal et en Italie pourrait pénaliser à nouveau l’activité économique. Le ciel conjoncturel est loin d’être totalement dégagé.

 

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