Dossier

Risque de délestage: ce que vous devez savoir

31 octobre 2018
Risque de délestage

31 octobre 2018
Un hiver trop rigoureux pourrait plonger (temporairement) certaines zones en Belgique dans le noir. La capacité électrique dans notre pays a en effet tellement diminué que les grands pics de consommation pourraient poser problème. Quatre ans après la première apparition de ce risque, la pénurie d’électricité est à nouveau plus que jamais d’actualité. Existe-il des solutions ? Serais-je impacté par le plan de délestage ?

Pénurie d'électricité

Pendant les soirées glacées de novembre, la consommation d'électricité dans notre pays dépasse les 13 gigawatts. En temps normal, cela ne pose aucun problème : les centrales nucléaires, les sources d'énergie renouvelable (vent, soleil, biomasse), les centrales au gaz, entre autres, produisent ensemble quelque 20 gigawatts de capacité installée de production. 

Six centrales nucléaires (temporairement) hors service

Seulement, une partie importante de cette capacité - notamment nucléaire - est aujourd'hui indisponible, pas moins de six des sept réacteurs nucléaires étant actuellement hors service pour cause d’entretien ou de travaux de réparation. Il s’agit de Tihange 2 (dégradation du béton, redémarrage prévu en juin 2019), Doel 1 (fuite dans le circuit de refroidissement constatée en avril, redémarrage prévu le 10 décembre 2018), Doel 2 (fermée par mesure de précaution suite aux constatations à Doel 1, redémarrage prévu le 31 décembre 2018) et Doel 4 (carbonatation, redémarrage le 15 décembre 2018). Tihange 1 bénéficie par ailleurs depuis la mi-octobre d’un entretien planifié d’un mois, ne nous laissant par conséquent qu’avec un unique réacteur nucléaire actif jusque mi-novembre. Et Doel 3 ne représente qu’un sixième de la capacité nucléaire totale. C’est du jamais-vu.

Aucune alternative pour cause d'absence de politique

Notre pays puise près de 40 % de son courant des centrales nucléaires, gagnant ainsi sa place dans le top 10 des pays dépendant le plus de l’énergie nucléaire. Les énergies éolienne et solaire pour lesquelles d’importants investissements ont été consentis ces dernières années peuvent certes représenter une alternative. Elles ne sont toutefois d’aucune utilité dans le noir ou en l'absence de vent et les systèmes de stockage d’énergie n’en sont pour l’instant qu’à leurs balbutiements. Les centrales au gaz offrent bel et bien une solution tout en étant compatibles avec l’énergie renouvelable. Leur mise en route et leur arrêt sont en effet plus flexibles, alors que les centrales nucléaires doivent tourner en continu.

Différentes études indépendantes (comme celles menées par le gestionnaire de réseau haute tension Elia ou le Bureau fédéral du plan) ont déjà indiqué qu’une sortie du nucléaire ne peut être concrétisée qu’en investissant dans les sources d’énergie durables, ainsi que dans les centrales au gaz, pour la compenser. En 2018, les différents gouvernements de notre pays sont parvenus à un accord concernant le pacte énergétique (3 ans après la date prévue), confirmant que la sortie du nucléaire serait compensée par de nouvelles centrales au gaz.

Pourtant, la loi sur la sortie du nucléaire avait déjà été adoptée pour la première fois en 2003. On aurait dès lors déjà dû se pencher depuis longtemps sur la capacité de remplacement. Pourtant, ces investissements se sont faits et se font encore toujours attendre. Pour quelle raison? En tergiversant sans cesse à propos de la sortie du nucléaire (encore aujourd’hui !), on engendre de l’incertitude, reportant constamment les indispensables investissements (dans des centrales au gaz, p.ex.) aux calendes grecques. C’est pourquoi nous demeurons tributaires de vieilles centrales nucléaires produisant, il est vrai, de l’énergie bon-marché puisqu’amorties depuis longtemps, alors que l’âge de leur retraite s’approche dangereusement. Elles doivent donc être sans cesse rafistolées, raison pour laquelle elles sont plus souvent à l’arrêt qu’en fonctionnement. 

Pays voisins à la rescousse ?

Le problème pourrait être partiellement résolu en important de l'électricité auprès de nos voisins. La capacité maximale pouvant être importée a récemment grimpé jusqu’à 5,5 gigawatt (d’ici 2020, elle augmentera même jusqu’à 6,5 gigawatt), la majeure partie provenant de France et des Pays-Bas.
 Seulement, ces pays auront eux-mêmes besoin de cette électricité en cas d'hiver rigoureux. Elia, le gestionnaire du réseau à haute tension belge, craint ainsi surtout des journées froides et sans vent (donc sans énergie éolienne), avec des températures froides dans le sud de la France. Si les chaudières doivent également tourner à plein régime cet hiver dans des villes comme Marseille, il y aura alors un gigantesque surcroît de consommation qui effacera le surplus d'électricité que la France pourrait éventuellement livrer à notre pays.

La ministre belge de l’Energie Marie-Christine Marghem a depuis signé un accord de collaboration avec l’Allemagne qui promet d’apporter son soutien si notre pays devait se trouver confronté à une pénurie. Actuellement, il n’existe pourtant encore aucune interconnexion directe entre l’Allemagne et la Belgique (prévue par contre pour 2020), cette importation devra dès lors de toute manière transiter par les Pays-Bas ou la France.

Le plan de délestage

Comme cela a déjà été annoncé à plusieurs reprises, vous pourriez, en cas de pénurie d'électricité, subir un délestage, soit une déconnexion temporaire du réseau. A vrai dire, le risque d’une déconnexion n’a jamais été aussi grand. Cette option ne sera toutefois envisagée qu’en dernier recours.
La population sera informée à l’avance. Vous serez donc prévenu à temps si jamais vous deviez vous passer de courant pendant quelques heures et pourrez dès lors vous y préparer.