L'alimentation et la santé sous la loupe de logo TA
Comment nous testons

Comment nous évaluons le thon en conserve

27 mars 2018
Thon en conserve

Quel thon en conserve est le plus savoureux ? Et est-il durable ? En effet, la demande en thon ne cesse de croître et certaines zones sont victimes de surpêche. Nous avons pris 29 conserves de thon dans les rayons et les avons examinées en profondeur. Vous en apprendrez plus sur notre manière de procéder ici. 

Durabilité

Pour savoir si le thon que vous achetez a été pêché de manière durable ou non, vous devez connaître l’espèce de poisson, la zone de pêche (FAO), la technique de pêche - si oui ou non la pêche sélective a été employée - et les responsables de la pêche. 

Cela dit, dans notre comparateur de ton en boîte, nous nous sommes exclusivement appuyés sur les informations reprises sur l’étiquette. Après tout, il s’agit là des informations dont vous devez vous contenter au magasin.

Consultez tous les résultats dans le comparateur

Si l’étiquette mentionne l’espèce ainsi que la zone et la méthode de pêche, vous pouvez consulter le guide du WWF sur les produits de la mer afin de vérifier le caractère durable du thon.

Espèce de poisson

Tout d’abord, il faut savoir qu’il n’existe pas qu’un seul thon. Le mot thon est un terme générique désignant une quarantaine de poissons marins. Ainsi, il existe entre autre le thon rouge du Nord, le thon obèse, l’albacore, le germon ou encore la bonite à ventre rayé. 

Le facteur déterminant pour le thon est la couleur rosée de sa chair. Certaines espèces peuvent atteindre 4,5 mètres de long. Leur qualité n’est pas le seul facteur de différenciation, les ressources halieutiques sont elles aussi différentes.

C’est précisément pour cette raison qu’il est primordial de vérifier la durabilité du thon que vous achetez. Par exemple, le thon rouge du Nord est une espèce menacée alors que les ressources halieutiques de la bonite à ventre rayé se portent très bien.

Nous avons retrouvé trois espèces de thon dans les conserves passées en revue :

 

Katsuwonus pelamis (thon listao ou bonite à ventre rayé)

 

Contrairement à ce que son nom laisse penser, le thon listao n’est en réalité pas un véritable thon (genre Thunuus), mais un thonidé (genre Katsuwonus). La bonite à ventre rayé est le thonidé le plus pêché (2,36 millions de tonnes par an), mais les ressources halieutiques n’en restent pas moins en bon état. La bonite à ventre rayé vit dans les eaux tropicales des trois océans. Elle est le plus souvent mise en conserve.

 

Thunnus alalunga (germon ou thon blanc)

 

Le thon blanc est une espèce de thon de taille moyenne. Il s’agit d’un nageur rapide qui vit dans les portions tropicales et subtropicales des océans Indien, Pacifique et Atlantique (Méditerranée incluse). Adulte, le thon blanc peut peser jusqu’à 60 kg pour une taille d’1,4m. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) place cette espèce dans la catégorie des « quasi-menacés ». Concrètement, cela signifie que les réserves halieutiques sont encore bien préservées dans la plupart des zones de pêche, mais que la pression exercée par la pêche ne peut augmenter afin d’éviter la surpêche.
Thunnus albacares (albacore ou thon jaune)

 

L’albacore est une espèce de thon de taille moyenne et l’une dont la qualité est la meilleure après le thon rouge du Nord. Cette espèce est présente dans les trois grands océans dans les eaux (sub)tropicales (pas en mer Méditerranée) et préfère les températures oscillant entre 20 et 30°C. Les albacores peuvent peser 200 kg, mesurer 2 mètres de long et vivre 9 ans. Certaines de ces populations se classent bien dans les évaluations de réserves halieutiques, d’autres sont sous pression. Diverses initiatives existent pour la remise en état de ces réserves.

Méthode de pêche

 Le thon peut être pêché de diverses manières. Malheureusement, toutes les méthodes de pêche ne tiennent pas compte de l’environnement et ne visent pas à minimiser le plus possible les prises accessoires. 

Objets flottants dérivants
La méthode de pêche la plus utilisée pour le thon est celle des objets flottants dérivants. Plus de la moitié des prises de thon tropical sont le fait de cette méthode. Comment cela fonctionne-t-il? Les dispositifs de concentration des poissons (DPC) s’appuient sur l’idée que les objets flottants dérivants stimulent visuellement les animaux et les attirent. Les grands chalutiers industriels mettent donc à l’eau ces objets flottants dérivants (dispositifs de concentration des poissons ou DCP) qui servent d’appâts. Néanmoins, ces dispositifs attirent tant l’espèce de poissons qu’on souhaite pêcher, le thon en l’occurrence, que diverses autres espèces. Lorsqu’un filet est ensuite tendu au-dessus des espèces rassemblées, les prises accessoires (non désirées) sont nombreuses. Les espèces de thon menacées, les requins, les tortues et d’autres espèces animales sont à leur tour attirés par les DCP.
Palangres
Les palangres (longlines) sont de longues lignes de pêche qui sont jetées à l’eau. Des lignes transversales avec hameçon et appât sont alignées le long de la ligne principale. Comme pour les objets flottants dérivants, le problème principal lié à cette méthode tient aux prises accessoires. Outre le thon, l’appât attire en effet également bien d’autres espèces animales, telles que les requins, les dauphins, les oiseaux marins et les raies. À cela s’ajoute que les lignes à la dérive peuvent causer bien des dégâts (pêche fantôme). Lorsque vous lisez sur l’étiquette les mentions « hameçons et lignes » ou « pole and line », cela peut signifier que le thon a été pêché soit avec une ligne à la main soit avec une palangre. Cependant, la ligne a la main entraînant bien moins de prises accessoires, il est primordial de savoir de laquelle de ces deux options il s’agit afin d’évaluer correctement sa durabilité. 
Ligne à la main
La ligne à la main est une technique émergente dans la pêche aux thons. Ce procédé de pêche est très durable. Il est extrêmement sélectif, puisque la pêche se fait à la canne à pêche depuis un bateau. Le thon est appâté et est capturé à la pièce ou par petits groupes. On peut dès lors procéder à une sélection en fonction de l’espèce et de la taille. Par ailleurs, il est facile de rejeter à l’eau les prises accessoires.
Sennes
Les sennes sont utilisées pour capturer les poissons en bancs. Il s’agit d’énormes filets tendus au-dessus d’un banc de poissons. Le filet est fermé en-dessous et le poisson est capturé. Les sennes peuvent être petites ou grandes (environ 150 mètres de haut et jusqu’à 500 mètres de large). Pour cette technique de pêche, les prises accessoires dépendent de l’espèce de poisson pêchée. Dans le cas du thon par exemple, elles sont très élevées. 

Zone de pêche

La mention de la zone de pêche sur l’étiquette du thon en conserve n’est pas obligatoire. Pour nous, il s’agit cependant d’une donnée indispensable pour obtenir un tableau d’ensemble correct de la durabilité du produit. 
La liste des zones, sous-zones et divisions (CIEM) est publiée sur le site de l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Vous y trouverez en plus des cartes répertoires reprenant la situation des réserves halieutiques d’une espèce particulière dans une zone donnée. 

 

Gestion de la pêche

Outre l’espèce ainsi que la méthode et la zone de pêche, la gestion de la pêche est un facteur important pour déterminer la durabilité d’un produit. Les pêcheurs attrapent des poissons de réserves qui ont un potentiel de reproduction parfois élevé, mais rarement voire jamais infini. Ils doivent donc se conformer à de nombreuses règles afin d’éviter la disparition totale de certaines réserves halieutiques et l’écroulement de la viabilité économique de la pêche. 

Malheureusement, les étiquettes n’indiquent pas si, ni dans quelle mesure, une pêcherie respecte ces règles. Si la présence du label MSC vous donne une indication, les produits possédant ce label sont loin d’être les seuls à veiller à une gestion fiable de la pêche.