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Glyphosate: exit le principe de précaution?

25 octobre 2018
Glyphosate

25 octobre 2018
Ignorant les études qui tendent à démontrer la dangerosité du glyphosate, la Commission remet en cause son interdiction en Région bruxelloise. Pour nous, le principe de précaution doit primer! Parce qu’il autorise précisément les mesures préventives qui garantissent un niveau élevé de protection de la santé et de l’environnement.

La Commission européenne invite la Région de Bruxelles-Capitale à reconsidérer l’interdiction de l’usage de glyphosate sur son territoire. Il ne s’agit que d’observations issues de la division « marché intérieur » de la Commission suite à la notification tardive de la Région d’une décision déjà prise en 2016. Mais Bruxelles s’expose désormais à une confrontation ouverte avec l’UE. 

La Région entend, avec raison selon nous, contester les motifs discutables de cette intervention européenne. Explications.

Mauvais signal

S’appuyant sur les avis conjoints de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et diverses autres organisations, la Commission estime qu’il n’existe « pas de justification pour une classification du glyphosate comme cancérigène».  

Elle ajoute que la Région bruxelloise ne peut se contenter d’invoquer le principe de précaution, soit des considérations de sécurité jugées trop générales et abstraites. 

Pour nous, en revanche l’absence de consensus scientifique  relatif à l’impact du glyphosate sur la santé humaine ne peut justifier l’inaction.  

D’autant que la législation européenne consacre le principe de précaution comme l’un des fondements de sa politique, lequel implique des décisions préventives en cas de risque tant pour la santé que pour l’environnement.

« Cancérogène probable »

Les débats sur l’impact du glyphosate sur la santé humaine ne sont pas clos. Nous vous renvoyons à notre news « Glyphosate: des études indépendantes s’avèrent cruciales » expliquant notre position suite à la diffusion des « Monsanto Papers» dans la presse. Ainsi, le Centre International de Recherches sur le Cancer de l’OMS, qui a évalué les produits commerciaux incluant les adjuvants susceptibles d’augmenter la toxicité de la substance active, considère toujours le glyphosate comme « cancérogène probable ». 

Peu de chance, en outre, que cette  appréciation ne soit contredite, ni par le jardinier américain Dewayne Johnson, utilisateur du RangerPro (la version professionnelle du Roundup), atteint d’un cancer du système lymphatique en phase terminale, ni par le tribunal de San Francisco qui vient de condamner Monsanto a lui versé 78 millions de dollars, reconnaissant ainsi la responsabilité du produit dans sa maladie.
Un précédent judiciaire qui pourrait faire tache d’huile en Europe.

Glyphosate, antibiotique

Par ailleurs, Monsanto a obtenu en 2010 un brevet pour la fonction antibiotique à large spectre du glyphosate. Comme le rappelle un rapport de l’Association Canadienne des Médecins pour l’Environnement, le glyphosate n’agit pas seulement sur le métabolisme des végétaux pour les éliminer, ce qui aurait fait de lui un herbicide sécuritaire pour les autres organismes vivants. On sait qu’il peut également affecter les champignons, les bactéries et les animaux. De sorte que les bactéries qui colonisent nos systèmes digestifs pourraient bien, à leur tour, pâtir du glyphosate. En déséquilibrant la flore intestinale, celui-ci ouvrirait alors indirectement la porte aux maladies et peut-être aux cancers.

La santé avant les intérêts économiques

Le glyphosate reste la substance active herbicide la plus utilisée dans le monde (25% du marché mondial des herbicides). Depuis que le brevet de Monsanto est tombé dans le domaine publique en 2000, cette substance est commercialisée sous différentes marques par d’autres firmes phytopharmaceutiques. L’enjeu économique et financier est énorme.  Pour autant, il ne faudrait pas que, sous la pression intense des lobbyings industriels, l’Europe en oublie ses principes (éthique et de précaution) ainsi que sa responsabilité à défendre la santé de ses citoyens.  
Nous soutenons donc la Région bruxelloise dans son combat.

L’amiante comme précédent tragique

Dans le cas de l’amiante, l’Histoire nous a appris ce que la non prise en compte du principe de précaution peut engendrer comme dégâts humains. Il aura fallu près d’un siècle pour arriver à un consensus du monde scientifique sur la carcigénocité de l’amiante alors que des associations et groupes de pression tiraient la sonnette d’alarme depuis des décennies. On peut, aujourd’hui, mesurer les conséquences sanitaires de cette surdité au nombre de vies qui auraient pu être épargnées si l’Europe avait pris ses responsabilités en temps voulu.  


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