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Journée internationale des Droits des Consommateurs: vraiment?

15 mars 2018

15 mars 2018
Pour nous, ce devrait être la journée des consommateurs tout au long de l'année ! Mais on en est loin. Depuis une semaine, c'est le chaos dans les assiettes. Les consommateurs ont des droits, et pas seulement en période de crise.

Viandes reconstituées, mélanges de viandes truffés d’ingrédients moins coûteux comme des fibres, des légumes et des céréales, adjonction d’eau, marinades bourrées d’additifs, etc. Les techniques destinées à tromper le consommateur ne manquent pas. Nous les traquons à longueur d’enquêtes pour dégager les produits offrant le meilleur rapport qualité-prix (nos Maître-Achats).

En tout état de cause, le consommateur paie pour des produits sains et sûrs. Quel que soit le prix, le niveau de sécurité doit être le même pour tous. Justifier certaines pratiques illégales par la recherche absolue du prix le plus bas est inacceptable.

Notre enquête sur les comportements d’achat des Belges révélait que, pour la majorité d'entre eux, le goût restait le premier critère qui amène à (ne pas) acheter un produit, suivi par le prix. Mais la moitié des Belges tiennent également compte du fait que le produit est sain.

Les cas de fraudes se succèdent

Ces dernières années, plusieurs cas de fraude ont mis en lumière le besoin d’un système de contrôle efficace et performant. On en rappelle quelques-uns:

  • 2008 : notre test filet américain révèle que dans 42% des cas, celui-ci contient du porc. Alors que la loi indique qu'il doit contenir exclusivement de la viande de bœuf maigre. Même constat en 2015, mais dans des proportions moindres.
  • 2013 : scandale des lasagnes Findus. Findus fait fabriquer ses produits par une firme française (Comigel) qui sous-traite à une firme luxembourgeoise (Tavola). La viande provient de Comigel qui fait appel à une autre société française (Spanghero) qui, elle-même, se fournit en viande en Roumanie…
  • 2017 : saga du Fipronil. A l'époque, nous avions dénoncé la diminution des moyens octroyés à l'Afsca et, par ricochet, des contrôles effectués.
  • 2018 : scandale Veviba.

Il faut en tirer les leçons !

Les souhaits et exigences des consommateurs peuvent se résumer en huit points:

  1. Renforcer la traçabilité. La traçabilité de certains produits dans la chaîne alimentaire, et tout spécialement des produits transformés, demeure un problème. Aujourd’hui, chaque maillon de la chaîne n’est responsable que de ce qui se passe juste avant lui et juste après lui. Il n’y a aucune vue globale et uniforme de la traçabilité d’un produit. Une aubaine pour les fraudeurs…
  2. Baliser les limites de l’autocontrôle. L’affaire Veviba démontre qu’il faut être prudent à cet égard et que les contrôles indépendants par des autorités publiques performantes restent indispensables.
  3. Mieux informer sur l’origine des produits. La loi ne prévoit l’indication de l’origine de la viande que pour la viande non transformée. Ce devrait aussi être le cas pour la viande transformée (jambon ou saucisse par exemple).
  4. Mieux informer sur le congelé. Depuis fin 2014, les fabricants sont obligés d’indiquer sur l’emballage qu’un produit a déjà été congelé puis décongelé. Mais les exceptions sont trop nombreuses. La règle, par exemple, ne s’applique pas lorsque seule une partie des ingrédients a été décongelée. Une latitude dont profitent les fabricants.
  5. Améliorer la communication de l'Afsca. Certes, l'Agence ne peut pas s’exprimer librement à partir du moment où une enquête judiciaire est en cours. Mais nous estimons qu'une communication conjointe avec le parquet dans des dossiers qui touchent potentiellement à la santé publique est nécessaire. Autrement, la confusion et la méfiance s'installent dans le chef des consommateurs.
  6. Augmenter les moyens de l'Afsca. Les scandales alimentaires de ces dernières années étaient tous liés à des fraudes. Nous déplorons donc les moyens limités accordés à l’Agence et les orientations politiques en la matière. Le service compétent pour les fraudes a bien été réformé mais n’a pas reçu de moyens supplémentaires. Or, réduire les moyens a des conséquences négatives à terme sur les contrôles. Et cela revient plus cher! Car les scandales annulent largement les économies réalisées au départ. Combien la présente crise va-t-elle coûter au secteur de la viande et de la distribution ?
  7. Revoir le contrôle de l’Afsca par les autorités. Sa première mission est de veiller à la sécurité alimentaire, et donc à la santé des consommateurs. Il serait dès lors plus logique que la tutelle revienne à la ministre de la Santé et non au ministre de l’agriculture. Cet état de fait se traduit pour partie dans le fonctionnement de l’Agence qui privilégie des intérêts économiques par rapport à la santé. A titre d'exemple, l’Agence a donné la priorité à la simplification administrative aux possibilités d'exportation vers des pays tiers.
  8. Optimiser la communication entre les différentes autorités de contrôle. L’Afsca est responsable de la sécurité alimentaire, le SPF Economie de l’étiquetage et les régions du bien-être animal. Lorsqu’une infraction sérieuse est constatée, le parquet prend le relais. Tout cela intervient sans gestion et vision d’ensemble. Ce manque de coordination est également à la source des problèmes constatés dans le dossier Veviba. Chacun se retranche derrière la responsabilité de l’autre.



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