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Voici pourquoi les super-aliments ne sont pas utiles pour prévenir le coronavirus

15 avril 2020
Coronavirus: les super-aliments sont-ils nos super amis ?

Si le confinement nous donne envie de cuisiner, faut-il en profiter pour user, voire abuser, des super-aliments (curcuma, matcha, chia), riches en micronutriments, pour espérer en retirer un bénéfice pour notre immunité et ainsi se protéger du coronavirus ? Hélas non, notre système immunitaire est une machine un peu plus complexe que cela.

Pinterest, Facebook, Instagram... Les réseaux sociaux regorgent actuellement de posts sur les super-aliments, de recettes, de conseils et de compléments alimentaires, pour «booster» le système immunitaire. Un coup de pouce qui, selon certaines sources, dans le contexte actuel de pandémie, pourrait diminuer le risque d'être sujet à l'infection par le coronavirus. Vrai ou faux ?

Les super-aliments

Les super-aliments, tels que le curcuma, le gingembre et la cannelle, sont populaires sur internet. On les voit par exemple apparaître sous la forme d'une boisson qui combine ces trois épices, baptisée « lait doré » ou « curcuma latte ». Les ingrédients de base, comme on peut s'en douter, sont du lait (ou un substitut végétal), du curcuma, de la cannelle et du gingembre, auxquels on ajoute généralement de la cardamome et du miel. Sans aucun doute une boisson nutritive, que l'on imagine savoureuse, mais quel rôle peut-elle bien jouer dans notre système immunitaire, vous demandez-vous sans doute ?

Partons de cet exemple à la mode du « Golden Milk Latte » pour tenter de comprendre notre immunité, et l'apport de l'alimentation dans son soutien.

Comprendre l'immunité

Le système immunitaire - notre faculté de résister naturellement aux ennemis extérieurs - recouvre l'ensemble des mécanismes par lesquels notre organisme se défend contre les intrus. Il est toujours « sur les dents » car nous sommes constamment confrontés à des micro-organismes (bactéries, virus, champignons et parasites). À ce jour, les chercheurs ignorent encore pas mal de choses sur la complexité de la réponse immunitaire et les interconnexions qui s'y jouent. Mais l'on sait que ce « système » se comporte exactement comme son nom l'indique: comme une dynamique systémique, pas une entité unique. Pour fonctionner correctement, équilibre et harmonie sont nécessaires. 

L'idée de renforcer son système immunitaire est évidemment tentante. Malheureusement, jusqu'à présent, il n'existe encore aucune preuve scientifique que cela soit possible. Les cellules immunitaires sont légion. Essayer de les renforcer est très compliqué car il en existe de nombreuses familles, qui répondent différemment selon « l'ennemi » à affronter. Sur lesquelles agir? En quelle nombre ? Les chercheurs étudient sans relâche les effets de l'alimentation, de l'activité physique, de l'âge, du stress et d'autres facteurs encore sur notre réponse immunitaire.

De super-aliments pour les seniors ?

La réponse immunitaire diminue avec l'âge. Les infections des voies respiratoires, la grippe et les pneumonies figurent parmi les principales causes de décès chez les plus de 65 ans. De nombreuses études ont montré que les seniors sont plus susceptibles de contracter ces maladies d'origine infectieuse, et d'en mourir. C'est ce que nous vivons actuellement avec le Covid-19. 

Il semble que des carences en certains micronutriments - zinc, sélénium, fer, cuivre, acide folique et vitamines A, B6, C et E - puissent moduler la réponse immunitaire. D'où ce marketing ambiant, orchestré notamment par certaines boutiques en ligne, pour les super-aliments, dont la nature même est d'être riches en nutriments. Nutriments qui viendraient « doper » l'immunité. Mais rien ne prouve encore que des épices comme le curcuma puissent réellement renforcer l'immunité. Et encore moins nous protéger des infections et des maladies. 

Quelles preuves scientifiques ?

Pour en revenir à notre exemple du « latte », curcuma, gingembre et cannelle sont riches en antioxydants (qui protègent nos cellules des dégâts du stress oxydatif) et en composants anti-inflammatoires. S'il y a des indications d'une possible influence sur notre réponse immunitaire, aucun effet positif contre les infections (dont virales, comme le Covid-19) n'a cependant été démontré de manière convaincante.

 

La curcumine, le principe actif du curcuma, a des effets antiviraux prouvés in vitro (en labo), mais les études in vivo font défaut pour démontrer un effet positif. Ce n'est pas parce qu'une plante semble augmenter le taux d'anticorps dans le sang qu'elle a un effet bénéfique sur l'immunité globale. Pareil pour la cannelle, dont l'ingrédient actif le plus prometteur est l'aldéhyde cinnamique: ses effets antibactériens et antifongiques sont prouvés in vitro mais les essais cliniques à grande échelle font défaut pour prouver cet effet chez l'Homme. En ce qui concerne le gingembre, certaines études démontrent une activité antibactérienne et/ou antivirale mais, là aussi, les preuves scientifiques de bonne qualité font défaut.

Du bons sens, avant tout

Enfin, soyons tout simplement réalistes: pour bénéficier d'éventuels effets protecteurs, il faudrait consommer des quantités astronomiques de ces épices. Or, nous ne faisons qu'en saupoudrer nos aliments. Si l'on tient compte, en outre, du fait que la biodisponibilité de ces substances actives est généralement faible, nous n'en absorbons en réalité qu'une dose infinitésimale. 

Retrouvez d'autres super-aliments populaires comme la poudre de matcha, les graines de chia ou le chou frisé/kale dans notre dossier sur les super-aliments.

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Et n'oublions pas les conseils de base d'hygiène de vie et d'alimentation saine pour conserver naturellement une bonne immunité. C'est finalement la meilleure chose que nous puissions faire en ces temps de crise sanitaire.

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