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Réponse d’expert

Marius Gilbert : « On va tout faire pour éviter un nouveau confinement »

24 juin 2020
mariusgilbert

Marius Gilbert, épidémiologiste, est membre du groupe d’experts pour le déconfinement. Nous faisons le point avec lui sur la manière dont le Covid-19 a modifié notre manière de vivre.

La vie reprend tout doucement son cours. On peut penser à se réunir entre amis et même à partir en vacances. Mais si les chiffres diminuent, on n’est pas encore totalement sortis de la crise sanitaire. Tant que le virus est actif et qu’il n’y a pas de solution trouvée, il faut faire attention. Marius Gilbert est confiant: «Les mesures de protection individuelle comme l’utilisation des masques et la distanciation sociale permettent d’éviter beaucoup. Il est possible que rien qu’avec ça, on arrive à garder l’épidémie à un niveau bas.»

Le déconfinement répond à une logique opérationnelle

Le chercheur admet que le déconfinement est parfois flou et complexe à comprendre.  Pour lui, c’est lié au fait qu’il faut penser à toutes les composantes de la société comme la vie privée, la vie professionnelle, les loisirs ou encore l’éducation. «Réfléchir à tout en une seule fois n’est pas faisable. On commence par le plus urgent, tout en tenant compte de la manière dont l’épidémie évolue.» 
C’est ce qui fait que l’on est parfois amené à faire des allers-retours comme dans le cas des écoles primaires. Marius Gilbert nous explique: «On a commencé avec des mesures qui étaient assez prudentes parce qu’on avait peur d’un rebond épidémique. Finalement, au bout de quatre semaines, on a permis à tous les enfants d’aller à l’école car on a vu que l’épidémie ne faisait que diminuer et que les mesures n’avaient plus la même raison d’être. Cela devenait absurde d’avoir beaucoup d’enfants en garderie alors qu’ils auraient pu reprendre un véritable contact avec leur instituteur, avec un réel bénéfice en termes de resocialisation et de pédagogie.»
Par contre, il y a un tas de situations qui restent problématiques: «Les situations où l’on est proche les uns des autres sans protection respiratoire et à l’intérieur sont idéales pour la transmission.» Pour l’épidémiologiste, il est clair que la vie sociale, nocturne ou culturelle, va mettre du temps à redémarrer.

Il faut avoir un plan pandémie à jour

Quand on lui parle de l’avenir, Marius Gilbert insiste sur l’importance d’avoir un plan de pandémie toujours à jour. Car c’est clairement ce qui a manqué dans la gestion du Covid-19: « Même si ce sont des dépenses qui semblent inutiles d’année en année quand il n’y a pas de pandémie. C’est un peu comme les pompiers. Ils sont inactifs la plupart du temps, mais on en a besoin pour le jour où il y a quelque chose qui se passe.» Nous avions un plan pandémie qui avait été mis en place au moment de la grippe H1N1, mais il n’a pas été adapté et réactivé.

De plus, dans ce cas-ci, nous avons sous-estimé la capacité du Covid-19 à se propager via des porteurs asymptomatiques « parce que notre référence était le SARS-CoV-1, un virus qui a vite été contenu parce que seules les personnes symptomatiques étaient contagieuses. Le Covid-19 s’est propagé de manière un peu silencieuse avant qu’on ait eu conscience qu’il se soit propagé.» Selon le chercheur, c’est cela qui a rendu la prévention extrêmement difficile et qui a fait que le gouvernement a réagi peut-être un peu tard.

Si il y a une deuxième vague, elle sera moins forte

Marius Gilbert ne pense pas qu’il y aura véritablement une deuxième vague. C’est important de se rappeler que «la première vague est le résultat d’une société qui tournait à plein régime, sans aucune mesure de protection.» Mais il est clair que la période septembre-octobre est une période plus à risque parce qu’on va vivre plus à l’intérieur et parce qu’une série d’activités va devoir reprendre. Il va y avoir une véritable rentrée dans l'enseignement secondaire et supérieur, par exemple. Cela va avoir un impact sur la transmission. Le chercheur nous rassure pourtant «On va tout faire pour ne pas avoir un deuxième confinement.»

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Marius Gilbert dans le prochain Test Santé.