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Aspirine et cancer : éviter l'automédication

27 décembre 2010 Archivé
aspirine cancer

27 décembre 2010 Archivé

De récentes études suggèrent un effet bénéfique de l'aspirine en matière de cancer. Certains en ont conclu que nous devrions tous avaler chaque jour de l'aspirine. Prématuré.

Fin novembre dernier, des chercheurs publiaient une étude dans la revue médicale The Lancet, suggérant que l'aspirine pourrait réduire le risque de cancer colorectal et le nombre de décès par ce cancer. Début décembre, la même équipe publiait une seconde étude, selon laquelle l'aspirine pourrait aussi réduire le nombre de décès dus à d'autres cancers. Ces études ont été largement répercutées par les médias, parfois de manière à suggérer que tout le monde ferait bien d'avaler désormais chaque jour une dose d'aspirine. Une conclusion un peu trop rapide.

Analyse d'anciennes études

Les auteurs n'ont à vrai dire pas eux-mêmes réalisé d'étude : ils ont simplement analysé des données provenant d'anciennes études ayant examiné l'utilité de l'aspirine en matière de santé cardiovasculaire. Ainsi, en ce qui concerne le lien entre une prise quotidienne d'aspirine et la mortalité par divers cancers, ils ont analysé huit études totalisant plus de 25 000 participants. Lors de ces études, on avait noté le nombre de décès parmi les participants, ainsi que les causes des décès. Donc aussi le nombre de décès par cancer. Les études avaient duré de 5 à 10 ans environ (différentes durées, d'étude à étude). Pour trois études, on disposait en outre de données à plus long terme quant aux causes de décès ultérieures parmi les participants. Les chercheurs constatent un risque de décès par cancer réduit parmi les personnes prenant chaque jour une dose d'aspirine (75 mg semble suffire), par rapport à celles n'en prenant pas. Cela concerne uniquement les cancers pour lesquels ces études fournissaient suffisamment de données : oesophage, pancréas, cerveau, poumon, estomac et prostate. Vu le nombre limité de femmes dans les études, ils n'ont pas pu tirer de conclusions en ce qui concerne le cancer du sein et d'autres "cancers de la femme". 

Une relative réduction du risque

La réduction globale du risque de décéder d'un cancer se situe, selon les données disponibles, aux alentours de 20%, disent les auteurs. Ce chiffre est le résultat d'un calcul statistique alambiqué dont nous vous épargnons les détails. Voyons plutôt à quoi cela correspond en chiffres absolus. Prenons comme exemple une des huit études prise en compte par les auteurs, l'Early Treatment Diabetic Retinopathy Study. Parmi les 1856 participants recevant de l'aspirine, 16 sont décédés d'un cancer (0,9%) ; parmi les 1855 personnes ne prenant pas d'aspirine, on a dénombré 14 décès (0,75%). Le tableau est plus ou moins comparable pour les autres études. Quand on fait le compte des huit étude, sur un total de 14 035 personnes prenant de l'aspirine, on a relevé 335 décès par cancer (2,4%) ; parmi les 11 535 personnes ne prenant pas d'aspirine, il y a eu 351 morts (3%). Il y a donc une légère différence en faveur de l'aspirine.

L'étude que les chercheurs avaient publié peu avant, portant uniquement sur le lien entre aspirine et risque de cancer colorectal, a été réalisée selon des modalités comparables, se basant l'analyse de cinq études. La conclusion étant que l'aspirine pourrait réduire dans une certaine mesure le risque de développer un cancer colorectal et le risque de décéder de ce cancer.

Rester prudent

Ces résultats sont de prime abord relativement prometteurs, mais d'autres analyses et études devront confirmer cela. Pour l'instant, il serait risqué de conclure que nous devons désormais tous avaler chaque jour de l'aspirine. Même à faible dose, l'aspirine peut entraîner des effets indésirables, comme des saignements gastro-intestinaux. Elle peut aussi entraîner des microsaignements au niveau du cerveau, ce qui pourrait être dangereux pour certaines catégories de patients. En outre, la majorité des participants aux études analysées étaient des personnes à risque accru de maladie cardiovasculaire, par exemple des diabétiques ou des patients souffrant d'angor stable chronique, non réprésentatives de la population générale.
Même à supposer que l'effet bénéfique en matière de cancer soit confirmé, il resterait à déterminer si cela suffirait à contrebalancer les effets indésirables d'une prise quotidienne au long terme d'aspirine par la population générale.
Nous déconseillons de commencer à avaler chaque jour de l'aspirine uniquement dans l'espoir de réduire son risque de mourir d'un cancer, car il n'est pas clair si les avantages d'une telle stratégie l'emportent sur les risques. Mais vous pouvez toujours en parler avec votre médecin : il est possible que, dans votre cas particulier, il soit d'un avis différent.


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