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Essais cliniques: ne vous laissez pas duper

09 février 2018
Essais cliniques

09 février 2018
L’agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) a récemment lancé sa campagne de communication «2031 a besoin de vous!». Elle vous encourage à prendre part à des essais cliniques mais de nombreux aspects essentiels sont cependant passés sous silence. 

Des essais sur l’homme sont nécessaires pour déterminer si un médicament est efficace et sûr. De tels essais sont donc importants pour les progrès des soins médicaux. Au sein de l’Europe, la Belgique est l’un des pays procédant au plus grand nombre d’essais cliniques par habitant.
La Ministre De Block souhaite que cette situation perdure. Depuis l’été dernier, les entreprises pharmaceutiques dans notre pays ne doivent plus payer pour la mise sur pied d’un tel essai. S’ajoute à cela une campagne de communication de grande envergure de l’AFMPS, via le site web www.campagnesafmps.be, des imprimés et des spots radio.

Un traitement (pas vraiment) nouveau

La brochure promet aux patients participants «un accès à des traitements qui ne sont pas encore disponibles sur le marché. [Ils] bénéficient ainsi des avancées scientifiques les plus récentes, avec une nouvelle opportunité de guérison ou une amélioration de leur qualité de vie”.

En réalité, dans bon nombre d’essais, la moitié des participants ne reçoit pas le nouveau traitement, car ils sont affectés au groupe de contrôle; ils se voient alors administrer un placebo ou un autre traitement au lieu du médicament testé.

Selon une étude récente (sur la période 2006-2015), un médicament sur dix testé sur l’homme est finalement commercialisé. Les raisons les plus fréquentes sont le manque d’efficacité, suivi par des problèmes de sécurité du médicament en cours de développement.
Cela signifie qu’en tant que participant à un essai clinique, vous courez non seulement un risque lié à l’absence d’avantage pour la santé, mais aussi aux effets indésirables et donc à des dommages.

Examens supplémentaires gratuits

«En tant que participant, vous bénéficiez d’un suivi médical particulier, qui est en outre gratuit». Ce suivi médical dont il est question n’est rien d’autre en réalité qu’une évaluation de l’efficacité et de la sécurité du médicament. Ni plus, ni moins.
Concrètement, il s’agit d’une flopée de prélèvements sanguins, d’examens radiologiques et de biopsies additionnels... Plutôt une charge additionnelle qu’un avantage.
Il n’est dès lors logique que vous ne deviez pas payer pour cela et qu’il ne s’agit pas d’un avantage supplémentaire comme le prétend cette campagne.

Solidaire ou pas? 

«En y prenant part, vous êtes solidaire vis-à-vis des générations d’aujourd’hui et de demain»; c’est en effet l’essence même d’une participation à un essai clinique.
Mais pour réellement présenter un intérêt sociétal, de telles études doivent toutefois satisfaire à de nombreuses conditions.
Elles doivent être correctement élaborées, toutes les données doivent être soumises à évaluation, les résultats doivent être rendus transparents, un monitoring efficace doit être en place, de même que des sanctions en cas d’infraction aux règles etc. Et aujourd’hui, c’est encore loin d’être systématiquement le cas lors de tels essais.
Vous pouvez également vous demander si l’altruisme des participants se voit récompensé lorsque les firmes pharmaceutiques demandent des prix faramineux compromettant au final l’ensemble de notre système d’assurance-maladie. 

La campagne doit être adaptée!

Aux côtés des autres représentants des consommateurs et des patients, nous avons fait part de nos préoccupations à l’AFMPS au sein de la plate-forme patients-consommateurs. A nos yeux, une adaptation de cette campagne s’avère nécessaire pour que le citoyen et le patient puissent prendre part à des essais cliniques poussés par les bonnes motivations. L’AFMPS a fait savoir qu’elle allait prendre ceci en considération et nous continuerons à suivre cela pour vous. 

 

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