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L'information de Novartis est une publicité

07 octobre 2010 Archivé
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07 octobre 2010 Archivé

Novartis nous "sensibilise" à propos de l’ostéoporose via le site internet e-sante.be. Une préoccupation sincère ou une façon d’augmenter ses ventes?

Sur le site internet e-sante.be, Novartis nous "informe" à propos de l’ostéoporose avec des slogans tels que "L'ostéoporose, une maladie silencieuse qui peut tuer". Les internautes sont incités à demander conseil à leur médecin, avec l’immanquable demande d'une densitométrie osseuse (ou ostéodensitométrie) et de médicaments.

L'ostéoporose représente un des divers facteurs de risque de fracture chez les personnes âgées. En tant que telle, ce n’est donc pas une maladie, comme le présente déjà trop volontiers l'industrie pharmaceutique. Celle-ci joue habilement sur l’émotionnel, car la crainte fait vendre et les chiffres d’affaires en profitent.

Devons-nous tous avaler la pilule?

Il n’y a aucun argument pour vouloir dépister systématiquement l'ostéoporose dans la population. Une densitométrie osseuse n'est recommandée, et utile, que pour un groupe restreint de personnes à risque, sûrement pas pour Madame Tout-le-Monde.

Bien sûr, il est important de prévenir le plus possible les fractures chez les personnes plus vulnérables sur ce plan. Mais cette prévention ne doit pas forcément se faire par des médicaments, comme l’affirme Novartis. Les médicaments sont à envisager pour les femmes ménopausées souffrant d’une forme grave d'ostéoporose, mais ils sont surtout utiles aux patients qui, par le passé, ont déjà souffert d’une fracture après un traumatisme léger.

En tout cas, les avantages et les inconvénients doivent être soigneusement pesés, surtout chez les patients qui prennent déjà beaucoup de médicaments. En vérité, ces substances ne sont pas sans effets secondaires (parfois graves) et les avantages qu’on peut en attendre plutôt limités.

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Dans le cas où des médicaments sont nécessaires, les bisphosphonates constituent généralement le meilleur choix. Parmi ces substances qui freinent la destruction de l'os, on possède une plus grande expérience avec deux formes orales, l'alendronate et le risédronate, qui sont à privilégier. Ce n'est pourtant pas ce que nous lisons dans les informations données par Novartis.

La firme pharmaceutique énumère toutes sortes d'avantages à propos des formes intraveineuses et annonce qu’une nouvelle forme a récemment été développée, qu’il ne faut administrer qu’une seule fois par an. Forme dont Novartis est bien sûr le producteur ! Le consommateur confiant ne peut faire autrement que conclure qu’un tel médicament est meilleur et vaut la peine.

Cependant, selon des sources scientifiques, la place exacte de l’acide zolédronique (Aclasta), le médicament en question, dans les traitements médicaux, reste à déterminer. Il n’existe en tout cas pas de données fiables prouvant qu’il serait meilleur. En revanche il est assez récent et donc le profil de sécurité est moins bien connu que pour des médicaments dont on a plus l’expérience.

Dernièrement, il a bien fallu constater qu’un certain nombre de patients souffraient de problèmes aux reins suite à l’administration d’acide zolédronique. Mais ce type de risque est passé sous silence dans la "campagne de sensibilisation" de Novartis.

C'est maintenant à l’Agence des Médicaments d'agir

C'est un énième exemple qui prouve que l'information donnée par l'industrie pharmaceutique est souvent guidée par des buts commerciaux. Il ne s’agit pas d’information, mais de publicité, même si le médicament n'est pas cité nommément. Nous avons donc déposé plainte auprès de l'Agence Fédérale des Médicaments et Produits de Santé.

En même temps, c’est un argument de plus pour rejeter la proposition de la Commission européenne qui veut donner plus de liberté aux firmes pharmaceutiques de communiquer à propos de leurs médicaments sur prescription.


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