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Médicaments contaminés par une substance cancérogène : nous interpellons l'AFMPS

03 août 2018

03 août 2018
Certaines spécialités à base de valsartan ont été contaminées par une substance cancérogène. L'Agence fédérale des médicaments (AFMPS) a rappelé les produits incriminés, mais la communication vers le grand public a été très tardive et partielle. Nous réclamons donc des explications claires et des mesures fortes de la part de l'Agence.

L'agence européenne des médicaments (EMA) a fait savoir le 5 juillet que du valsartan produit en Chine avait été contaminé par de la NDMA, un cancérogène génotoxique pour l'humain. Le valsartan est une substance active surtout utilisée dans la prise en charge de l'hypertension artérielle.

La contamination est probablement intervenue lors d'une modification du processus de production dans une usine chinoise en 2012. Cela signifie donc que des médicaments contaminés sont potentiellement en vente depuis 6 ans. Or, ces médicaments sont pris chaque jour et durant des années pour soigner une affection chronique !

Dans notre pays, les spécialités contenant du valsartan des marques Sandoz et EuroGenerics (EG) ont été immédiatement rappelées comme il convient dans pareil cas, mais la communication à destination du grand public n'a pas suivi.

Le consommateur belge laissé pour compte

En date du 12 juillet, nous dénoncions le fait que les consommateurs belges n’avaient toujours pas été informés par l’Agence fédérale des médicaments de ce retrait et des conséquences de ce dernier sur les traitements en cours. Les autorités française et allemande ont, quant à elles, communiqué directement et rapidement vers le grand public.

Depuis lors, l’Agence a posté une "news" sur son site. Mais pourquoi la communication vers le grand public a-t-elle été si tardive ? Ce dernier n’est-il pas en droit de savoir que le médicament qu’il ingère quotidiennement est contaminé par une substance potentiellement cancérigène ? Et de se voir conseiller des alternatives concrètes ? Pourquoi aucune liste des médicaments visés n’est-elle publiée sur le site de l’Agence ?

On peut aussi légitimement se demander comment ce contaminant a potentiellement pu se retrouver pendant plus de 6 ans dans des médicaments de consommation courante sans qu’aucun contrôle n’ait pu le mettre à jour. Ceci fait peser de sérieux doutes sur la qualité et la fréquence des contrôles réalisés par les autorités compétentes.

Un courrier officiel adressé à l'AFMPS

Nous nous étonnons du manque de communication de l'Agence fédérale des médicaments, notamment dans le contexte des récents scandales alimentaires et de la critique acerbe de la communication faite par l’Afsca en cas de crise.

Dès lors, nous avons adressé nos nombreuses questions à l’AFMPS en demandant une position officielle endéans les 15 jours. Et nous suivrons évidemment de près l’évolution de ce dossier au (mauvais) goût de scandale sanitaire.

Risques pour la santé publique

Dans un communiqué publié hier, l’Agence européenne des médicaments estime qu’il pourrait y avoir 1 cas supplémentaire de cancer sur 5 000 patients prenant les médicaments touchés à la plus haute dose de valsartan (320 mg) chaque jour pendant sept ans.

Le professeur Alfred Bernard, que nous avons consulté, souligne que les données de cancérogénicité actuelle proviennent d'expérimentations chez les rongeurs. Selon les modèles d’extrapolation à l’homme, les risques de cancer varient considérablement et se situent dans une fourchette probable entre 1 cas sur 1 000 et 1 cas sur 10 000 pour les patients ayant pris les comprimés les plus contaminés pendant 7 ans. Il rappelle que la NDMA est un cancérogène génotoxique bien établi (produisant chez l’animal par voie orale et d’inhalation notamment des cancers du poumon, du foie et du rein) agissant selon des mécanismes semblables chez l’homme et l’animal. La seule incertitude réside dans la sensibilité de ces deux espèces : certaines données suggèrent en effet que l’homme serait plus sensible.

A ce stade, il s’agit d’estimations préliminaires. Nous suivrons le résultat des analyses en cours et affineront celles-ci en fonction des nouvelles données disponibles relatives aux niveaux de contamination.

Ne stoppez pas votre traitement

Si vous prenez un médicament contenant du valsartan, n'arrêtez en tout cas pas cette prise de votre propre initiative, mais faites part de votre inquiétude à votre médecin. Celui-ci vous prescrira éventuellement une médication alternative.

Nous répondons à vos questions

Vous prenez un médicament de ce type ? Vous avez d'autres questions à ce sujet ? Nos experts sont à votre disposition sur la ligne conseil de Test Santé (02 542 99 33).

Ligne conseil de Test Santé

 

 


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