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Prolapsus et treillis synthétique : une combinaison sujette à caution

26 novembre 2012

26 novembre 2012
Pour traiter un prolapsus, de nombreux médecins placent un treillis synthétique. Cette intervention peut entraîner de graves complications.

Pour traiter une descente d’organes ou prolapsus, de nombreux médecins ont recours à un treillis synthétique (“mesh” en anglais), introduit via le vagin. Ce treillis synthétique a été lancé sur le marché sans étude préalable digne de ce nom et peut entraîner de sérieuses complications. Notre témoin, Dora De Wilde, nous raconte comment cette intervention a chamboulé son existence. Son témoignage est commenté par un gynécologue spécialisé dans les prolapsus.

Kits opératoires prêts à l’emploi

Après un traitement conventionnel, le prolapsus réapparaît chez un nombre non négligeable de femmes, ce qui nécessite une nouvelle intervention. Pour mieux soutenir les organes, des firmes ont lancé sur le marché un treillis synthétique, sans étude préalable sérieuse. Initialement, les chirurgiens découpaient ce matériel « sur mesure ». Mais bien vite, des kits opératoires prêts à l’emploi ont fait leur apparition, regroupant l’ensemble du matériel nécessaire dans une seule et même boîte, suscitant l’illusion d’une intervention rapide et facile.

Au travers de "sites web d’information", Johnson & Johnson et American Medical Systems se sont efforcés d’attirer les clients. De la publicité à l’état pur, ce que la loi belge interdit ! Nous avons porté plainte auprès de l’Agence Fédérale des Médicaments et Produits de Santé.

Utilisé à grande échelle

La campagne marketing de l’industrie a fonctionné. La technique fut rapidement appliquée à grande échelle, y compris en Belgique. Depuis l’apparition de ces kits sur notre marché en 2005, le nombre d’interventions vaginales pour prolapsus (sans ablation de l’utérus) a augmenté de manière significative. Selon les estimations sur base des données de facturation de la Mutualité Chrétienne, près de 50 % de ces interventions ont lieu depuis 2009 avec du matériel synthétique. Le plus souvent, il s’agit d’une première intervention.

Avantages peu clairs, inconvénients prouvés

L’implant n’a été sérieusement analysé qu’une fois présent sur le marché. Pour une intervention à la paroi antérieure du vagin, les avantages sont incertains : de meilleurs résultats sont constatés au contrôle clinique et la patiente a moins l’impression d’avoir une boule dans le vagin (plainte typique en cas d’affaissement), mais cela n’entraîne pas une meilleure qualité de vie. Des interventions dans d’autres zones du vagin n’entraînent pas de meilleurs résultats.

Les inconvénients par contre ne manquent pas. Une patiente sur dix est confrontée à l’"érosion" : un morceau de treillis se dénude dans le vagin. Et il peut aussi se contracter. Ces deux complications peuvent provoquer des blessures permanentes, de vives douleurs ou des rapports sexuels pénibles, voire impossibles. Le nombre de nouvelles interventions n’a d’ailleurs pas baissé.

De nombreux médecins sont d’avis que cette technique peut s’avérer utile pour un petit groupe de patientes. Toutefois, des études plus approfondies sont nécessaires pour délimiter clairement ce groupe restreint de patientes.

La Belgique à la traîne

Aux États-Unis, les pouvoirs publics recommandent entre-temps la prudence. Désormais, les firmes y sont tenues d’effectuer des études pour évaluer la sécurité des treillis. La Belgique est à la traîne. Les problèmes sont rarement signalés, les complications ne sont pas suivies de manière active par le biais d’un registre des complications et le citoyen est laissé dans l’ignorance. Les gynécologues flamands ont promis de prendre le taureau par les cornes et de s’atteler aux directives. Notre Agence Fédérale des Médicaments a promis de mobiliser les associations professionnelles sur notre insistance.


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