Analyse
Secteur financier : faut-il encore s’en méfier ? il y a 4 ans - mardi 17 septembre 2013

Après une hausse boursière de 25 % en 2012, le secteur financier a encore gagné 9 % depuis début 2013. Les problèmes du secteur sont-ils enfin résolus ? Pouvez-vous y investir de nouveau ?

Le 15 septembre 2008, Lehman Brothers, le géant américain de la banque d’investissement, faisait faillite. Un séisme qui a failli précipiter la chute de l’ensemble du système financier mondial. Cinq ans plus tard, la santé des établissements bancaires européens s’est améliorée, mais reste très fragile et des réformes majeures restent à faire. Le secteur devrait ainsi de nouveau être forcé à distribuer moins de dividendes ou à faire appel à ses actionnaires. Selon certaines sources, les besoins en capitaux frais pourraient tourner autour de 400 à 500 milliards EUR, un montant très lourd dont le marché ne tient pas compte actuellement. Le secteur financier continue donc de présenter un niveau de risque élevé.
Notre conseil reste inchangé : conservez si vous n’avez pas peur du risque.

 

Un secteur encore trop risqué

La plupart des banques disposent selon les normes établies par Bâle III de suffisamment de fonds propres (capitaux apportés par les actionnaires + bénéfices - pertes) pour amortir les pertes éventuelles liées à leur activité. Pourtant, pour la plupart des grandes banques, une perte de 3 % seulement sur l’ensemble de leurs actifs suffirait pour anéantir leurs fonds propres.

 

Pour réduire ce risque, deux solutions existent. Soit recapitaliser les banques (= augmenter les fonds propres), soit réduire leur taille (= revendre des actifs). Dans bon nombre de cas, la recapitalisation ne serait possible que grâce à des injections de capitaux par les Etats. Des injections dont se passeraient bien les leaders politiques, à l’heure de l’austérité.

 

Les banques préfèrent donc la seconde solution, qui est la réduction de leur taille. Pour cela, elles doivent réduire les crédits qu’elles octroient ainsi que la quantité d’actifs (y compris de dette souveraine) qu’elles détiennent. Hélas, l’impact de ces mesures sur nos économies est loin d’être négligeable. La réduction du crédit va peser sur la consommation et l’investissement. Et si les banques devaient se désengager de la dette publique et des marchés d’actifs financiers, ces derniers seraient voués à une sérieuse correction qui se traduirait par des coûts de financement plus élevés pour les Etats, les particuliers et les entreprises.

 

Qu’ont fait les banques jusqu’à présent ?

La plupart des banques mettent peu à peu de l’ordre dans leurs comptes en cédant des activités pour se recentrer sur leurs cœurs de métiers (UBS). Les créances douteuses sont en recul et les activités liées aux marchés financiers ont enregistré de très bons résultats (Deutsche Bank, Société Générale).

 

Enfin, l’ensemble des banques ont continué à augmenter leurs fonds propres pour se conformer aux décisions des régulateurs en distribuant moins de dividendes et/ou en faisant appel à leurs actionnaires. Deutsche Bank a lancé une telle opération début 2013, tandis que Barclays et Monte Paschi augmentent actuellement leur capital.

 

Ces 24 derniers mois, UBS et BNP Paribas ont fait de gros efforts pour faire évoluer leur modèle. UBS se recentre sur la gestion de fortune, tout en cédant des pans entiers de son activité liée aux marchés. Moins radicale, BNP Paribas est une des banques les plus avancées en termes de plan de croissance. Elle fait la part belle aux développements sur les marchés nord-américains et asiatiques dans la gestion d’actifs. Mais, contrairement à Barclays ou HSBC, elle ne s’engage pas sur des objectifs de rentabilité.

 

Quelle croissance ?

Dans l’immédiat, nous jugeons avec beaucoup de prudence la capacité des banques à dégager des résultats en hausse sans baisse durable du chômage et de redémarrage des investissements des entreprises. Et comme les perspectives sont loin d’être réjouissantes, les banques continueront à réduire leurs coûts (baisse des effectifs), à réduire leur taille et les dividendes qu’elles distribuent afin de solidifier leur situation. A ces défis s’ajoutent d’autres vents contraires, tels qu’un cadre réglementaire plus strict et la remontée attendue des taux d’intérêt, qui accroîtra leurs coûts de financement. Autant dire que l’avenir du secteur ne s’annonce guère facile.

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