Analyse
Bulle internet ? il y a 3 ans - lundi 28 avril 2014

Depuis plusieurs semaines, les valeurs du secteur internet sont soumises à de fortes secousses. Leur capitalisation boursière a fondu de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Assistons-nous à l’éclatement d’une bulle ? Non. Il s’agit plutôt d’une saine correction, après cinq ans de hausse. La baisse ne remet pas en cause les qualités fondamentales des sociétés. Internet est bien implanté et va encore prendre de l’ampleur. Le modèle économique des sociétés est plus robuste qu’à la fin du siècle dernier. Le secteur ne sera pas balayé. Mais il n’est pas non plus sous-évalué. Ses perspectives sont soit bien intégrées dans les cours, soit excessivement valorisées (auquel cas, la décrue n’est pas terminée).
CONSERVEZ LinkedIn, Yahoo, Yelp et
Google.
VENDEZ Twitter, Zynga, Groupon et
Facebook.

 

Plus mûr

Qui ne se souvient de l’éclatement de la bulle technologique du début des années 2000 ? Assistons-nous aujourd’hui, comme certains le prétendent, au remake de ce scénario ? Non. Car l’impact du secteur sur notre économie est loin d’être le même qu’alors.

 

A l’époque, il suffisait d’un .com accolé au nom d’une société pour faire rêver des milliers d’investisseurs. Aujourd’hui, internet est différent. Son usage est réel, répandu. Les sociétés du secteur sont plus mûres, plus solides, plus tangibles. Elles ont permis l’irruption de technologies liées à l’internet mobile, des réseaux sociaux, du cloud computing. Des évolutions qui touchent bien des secteurs (médias, hôtellerie, banques, librairies, taxis...).

Moins d’excès

Depuis la reprise des marchés en 2009 et jusqu’il y a quelques semaines, les valeurs du secteur internet ont acté de belles performances. Mais sans commune mesure avec l’exubérance de la fin des années 1990. Actuellement, leur capitalisation boursière correspond à environ 30 fois leur bénéfice. Avant l’éclatement de la célèbre bulle, ce multiple était de 150 !

 

Les marchés semblent avoir retenu la leçon et se montrer plus prudents lorsqu’il s’agit d’évaluer une entreprise. Et dès que le moindre doute surgit sur la pertinence d’un modèle économique, l’action est sanctionnée illico. Zynga et Groupon peuvent en témoigner : depuis leur entrée en Bourse, ces valeurs ont dégringolé respectivement de 55 % et 62 %.

 

En outre, l’indice boursier du secteur n’est plus complètement déconnecté des autres marchés. Depuis la crise de 2008, l’indice Dow Jones et celui du secteur internet connaissent une évolution similaire.

 

Gare à l’échec

Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de bulle qu’il n’y a aucun risque. Les valorisations de la plupart des sociétés internet reposent sur des attentes très optimistes. Le risque que ces sociétés déçoivent est important. Prenons l’exemple de Twitter : l’IPO a été largement médiatisée et le prix d’introduction n’a eu de cesse d’être revu à la hausse. Une première raison de s’en méfier. De plus, il n’y a pas de raison fondamentale de s’enthousiasmer. Le groupe accuse des pertes, ses premiers bénéfices ne sont pas prévus avant 2016 et sa capitalisation boursière représente plus de 20 fois le chiffre d’affaires prévu pour 2014 !

 

Le risque est d’autant plus important que ces sociétés profitent de leur situation financière pour se lancer dans des acquisitions plutôt lourdes, lesquelles ont de surcroît un intérêt plus défensif que stratégique : si Facebook s’offre WhatsApp à un prix exorbitant, c’est surtout pour éviter qu’il soit la proie de Google ou d’Apple, et moins parce qu’il est intéressé par son modèle économique et sa technologie.

 

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