Analyse
Quel peut-être l’impact du Brexit sur le secteur auto ? il y a 10 mois - vendredi 30 septembre 2016

En votant en faveur du Brexit, les Britanniques ont ouvert une période d’incertitude. Le secteur auto, domaine phare de l’économie britannique, en souffre inévitablement.

Dans l’attente d’en savoir plus sur les nouveaux accords entre Europe et Royaume-Uni, notre avis sur le secteur ne change pas : il est selon nous correctement évalué.
– Pour la plupart des actions du secteur notre conseil est donc : Conservez.
Deux exceptions cependant :
– BMW, dont les résultats devraient bénéficier du renouvellement de sa gamme. Achetez.
– FCA, qui a raté son entrée sur le segment des véhicules électriques. Vendez.

 

Industrie phare menacée

Le Royaume-Uni abrite pas mal de constructeurs auto issus d’autre pays : BMW (qui détient Mini et Rolls Royce), Nissan (détenu à 44 % par Renault), General Motors (avec sa marque britannique Vauxhall), Toyota… Ces constructeurs ont profité des avantages du marché unique pour investir massivement au Royaume-Uni et en faire une porte d’entrée vers le marché européen. En 2015, sur 1,6 millions de voitures fabriquées au Royaume-Uni, plus de 900 000 ont été écoulées sur le continent.
Si les conséquences du Brexit impliquent l’instauration de droits de douane européens (pouvant atteindre 10 % du prix de vente), les exportations du Royaume-Uni vers l’Europe seront inévitablement freinées. De quoi impliquer peut-être de coûteuses restructurations. Jaguar Land Rover a ainsi déjà estimé que d’ici 2020, son bénéfice annuel pourrait être amputé d’un milliard de livres.

 

Deuxième marché en Europe

Les constructeurs auto présents sur le continent européen et exportant vers le Royaume-Uni font également grise mine. Car le Royaume-Uni est le deuxième marché européen après l’Allemagne. Aujourd’hui, les constructeurs y écoulent 2,6 millions de véhicules par an. Les clients britanniques sont friands de voitures haut de gamme. Volkswagen est leader au Rayaume-Uni, avec une part de marché de 20,6 % ; Viennent ensuite Ford (13,1 %), Vauxhall (10,3 %), Renault et Nissan (9,6 %), BMW (8 %), Peugeot (7,6 %) et Daimler (5,4 %).
Si le Brexit implique un ralentissement économique durable au Royaume-Uni, cela aura inévitablement un impact sur les ventes de voitures dans le pays. Selon les prévisions de l’association des constructeurs britanniques, elles devraient déjà fléchir dès le second semestre 2016, clôturer 2016 sur une hausse limitée à 0,3 % et reculer de plus de 6 % en 2017.

 

Les Français sont très exposés

Si le ralentissement du marché britannique aura des conséquences néfastes sur tous les groupes du secteur auto, les constructeurs allemands sont moins exposés que les français, bien que leurs volumes vendus au Royaume-Uni soient plus élevés. Car ils bénéficient d’une couverture géographique plus diversifiée et mieux équilibrée. Et ils ont adopté des politiques de couverture de change à long terme. Une stratégie qui n’est pas celle des français, lesquels sont d’autant plus exposés aux variations de la livre qu’ils ne produisent pas localement. Ainsi Peugeot, qui occupe au Royaume-Uni une part de marché de 7,6 % et y réalise 8 % de ses ventes, est le plus exposé. Compte tenu de la baisse de la livre par rapport à l’euro (±11 % depuis le vote), son résultat opérationnel pourrait être amputé de 300 millions d’euros, soit une baisse non négligeable de plus de 10 %.

 

Wait and see

Les conséquences du Brexit dépendront beaucoup du résultat des négociations entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne et des conditions du traité commercial qui devrait en résulter. Or, ce processus de sortie, qui n’a même pas encore commencé, ne sera pas finalisé avant plusieurs années. Selon nous, compte tenu du poids de l’industrie automobile, tant pour le Royaume-Uni que pour l’Union européenne, les deux parties feront preuve de pragmatisme, afin de préserver les intérêts de chacun.
A court terme cependant, les constructeurs auto vont subir la baisse de la demande britannique, ainsi que la dévalorisation de la livre. Mais selon nous, cela ne remet pas fondamentalement en cause leurs perspectives à long terme. Compte tenu de la bonne facture de récents résultats semestriels, nous avons même relevé nos prévisions bénéficiaires pour Peugeot et Renault.

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