Analyse
Labos pharmaceutiques américains sous pression il y a 11 mois - jeudi 27 octobre 2016

Malgré les effets d’annonce politiques, un contrôle des prix ne nous semble pas à craindre dans l’immédiat. Mais les labos cherchent néanmoins à s’adapter.

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Des prix en hausse constante

Aux USA, les prix des médicaments sont fixés librement par les labos, selon l’offre et la demande. Dès lors, ceux-ci ne se privent pas de les augmenter chaque année. Par exemple, Pfizer a relevé le prix de plus de 100 médicaments début 2016. Selon les données compilées par l’agence de presse Reuters, les prix de quatre des dix médicaments les plus vendus sur le sol américain ont augmenté de plus de 100 % entre 2011 et 2016. Et ceux des six autres ont connu une hausse de plus de 50 %. Ce mouvement est soutenu par l’arrivée sur le marché de nouveaux médicaments innovants, comme les deux traitements phares contre l’hépatite C (Sovaldi et Harvoni) de Gilead. Se basant sur un taux de guérison définitive de 90 % des personnes traitées, le prix dépassait initialement 80 000 USD pour un individu. Et avec l’arrivée croissante ces prochaines années d’anticancéreux innovants en immunothérapie, les dépenses de santé outre-Atlantique vont encore être mises à rude épreuve.

 

Certains labos n’ont pas hésité à aller récemment au-delà du raisonnable

Turing Pharmaceuticals a relevé en 2015 le prix de l’anti-infectieux Daraprim de 13,5 à 750 USD. Valeant a augmenté de 500 et 200 % deux de ses traitements pour le cœur. Mylan fut épinglé pour l’EpiPen (adrénaline contre les crises allergiques), dont le prix est passé de 100 à 600 USD en moins de dix ans. Novum Pharma a gonflé le prix d’Aloquin (crème dermatologique) de 3 900 % en moins de 18 mois !

 

Les abus ont fait entrer le prix des médicaments dans les débats de la campagne présidentielle

Tant Trump que Clinton veulent favoriser l’importation de médicaments vendus moins chers à l’étranger et donner le droit à Medicare (assurance publique pour les +65 ans) de négocier avec les labos au lieu de subir leurs tarifs. Clinton souhaite en outre créer une agence pour punir les abus tarifaires des produits âgés mais vitaux.

 

Dans l’immédiat, les labos n’ont pas à s’inquiéter

D’une part, il faudra réussir à convaincre le Congrès où se concentre le pouvoir décisionnel. Ce sera d’autant plus compliqué que le lobby pharmaceutique est parmi les plus puissants. D’autre part, les deux candidats ne veulent pas brider l’innovation et le développement de nouveaux produits. Les acheteurs (centrales d’achat des hôpitaux …) se sont regroupés pour gagner en taille et imposent beaucoup de rabais, voire restreignent des traitements. Une politique favorisée par la concurrence entre labos.

 

La pression s’intensifie néanmoins

Selon le bureau d’étude IMS Health, la hausse des prix des médicaments devrait se situer entre 4 et 7 % par an au cours des quatre prochaines années. Le ralentissement de la hausse des prix est notable (14,2 % en 2014, 8,5 % en 2015). Les marges sont dès lors sous pression, ce qui impose aux labos de continuer à réduire les coûts et à mieux utiliser chaque dollar investi. Ils se recentrent sur les traitements à haute valeur ajoutée où la pression sur les prix est moindre et où il est plus facile d’imposer un prix élevé, du fait des besoins importants. C’est le cas de l’oncologie.

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