Analyse
Tesla veut révolutionner le marché automobile ! il y a un an - jeudi 6 octobre 2016

L’investisseur doit-il aussi se lancer dans l’aventure ?

Nous ne le pensons pas. Certes, le groupe américain nourrit de grandes ambitions dans la voiture électrique de luxe. Et ces dernières années, la détermination et le culot du fondateur ont déjà permis au cours de décoller. Mais jusqu’à un niveau tel que, combiné aux risques qui entourent l’activité, il incite à la plus grande prudence.
N’ACHETEZ PAS.

 

Avant-garde

Tesla Motors est un groupe américain qui développe des voitures 100 % électriques, haut de gamme, et équipée d’une technologie de pointe. Jusqu’ici, il propose deux modèles : le Model S (berline) et le Model X (SUV). Pour fin 2017, il compte en ajouter un troisième aux USA : le Model 3 (petite berline compacte). Sa production reste limitée : 50 000 véhicules à peine en 2015, 80 000 véhicules prévus pour 2016. Tesla développe aussi des batteries domestiques et professionnelles.

 

Vers la production de masse

Tesla reste un acteur de niche du secteur auto. Le Model 3 sera dès lors essentiel pour le faire sortir de cette position. Or, fin août, le groupe a annoncé des réservations de plus de 40 000 exemplaires. C’est un bon niveau, surtout compte tenu de la faiblesse du prix du pétrole, qui n’incite pas le consommateur à tenter de faire des économies sur sa facture énergétique. Et cela révèle aussi que la motivation écologique n’est pas la seule pour l’achat d’un véhicule Tesla. Les enquêtes auprès des acheteurs confirment d’ailleurs que ceux-ci sont aussi séduits par les performances (accélérations …) et par l’expérience de conduite (confort, innovation…).
Pour 2018, Tesla ambitionne de produire 500 000 voitures ; en 2020, il espère atteindre 1 million. Mais ces chiffres doivent être considérés avec prudence. Car par le passé, le groupe a souvent manqué ses objectifs. La voiture électrique est encore loin de s’imposer. Et la montée de la production ne se fera sans doute pas sans accident : Tesla doit encore apprendre à produire de gros volumes, tout en conservant un niveau de qualité stable.
Pour atteindre les niveaux de production visés, Tesla construit une usine de batteries, qui doit lui permettre d’alimenter une production annuelle de 400 000 à 500 000 voitures. Elle tournera à plein régime à partir de 2020 et devrait permettre une baisse des coûts des batteries de 30 % (selon le groupe). Les modèles proposés pourraient donc devenir plus abordables.

 

La concurrence s’active

Si de nombreux constructeurs ont longtemps snobé le 100 % électrique, ils se préparent à présent à concurrencer Tesla avec leur propre offre. C'est le cas de General Motors, Audi, Porsche, ou encore Mercedes, qui préparerait même une marque dédiée à l’électrique. Et ces acteurs concurrents sont financièrement plus stables que Tesla.
Ce qui fera la différence dans le choix des acheteurs, ce sera essentiellement l’autonomie, un critère déterminant pour une voiture électrique.

 

Plan II

Le directeur général, créateur et premier actionnaire de Tesla a présenté en juillet la seconde phase de son plan de développement : construire des bus et des camions électriques, développer des véhicules équipés des technologies propres aux voitures partagées, développer à grande échelle des panneaux solaires équipés pour stocker l’énergie, et capables à leur tour de recharger les voitures.

 

Finances sous pression

Depuis de nombreux trimestres Tesla consomme plus de liquidités qu’il en génère et publie des pertes. Il en sera encore ainsi ces prochaines années. Une situation assez normale pour une société en phase de démarrage. Mais une situation néanmoins inquiétante, du fait que Tesla, qui s’égare dans plusieurs projets, s’avère assez imprévisible. D’autant plus après le récent rachat (au prix fort) du fabricant de panneaux solaires SolarCity, en grandes difficultés financières. Pour financer l’essor de sa production, le rachat de SolarCity et la construction de son usine de batteries, Tesla procédera ces prochains mois à une nouvelle augmentation de capital.

 

Nous craignons sérieusement que, tôt ou tard, le cours souffre de diverses déceptions

Les marchés croient en la capacité du groupe à réaliser une croissance rentable à moyen terme, ils sont séduits par l’image novatrice de Tesla et le charisme de la direction. Mais ils sont trop optimistes, selon nous. Certes, le groupe parvient à se différencier des autres acteurs de son marché, grâce à un positionnement particulier (en matière de marketing, de technologie…). Mais nous considérons que le cours n’est pas justifié par les qualités fondamentales de l’entreprise (rentabilité, solidité…). Et les nombreuses questions entourant Tesla constituent un risque trop important pour l’investisseur.

Partagez cet article