Analyse
En quoi le protectionnisme annoncé par les USA peut-il être un danger ? il y a 7 mois - vendredi 3 février 2017
Doit-il nous inciter à changer nos placements aux USA ?
En quoi le protectionnisme annoncé par les USA peut-il être un danger ?

En quoi le protectionnisme annoncé par les USA peut-il être un danger ?

Si les déclarations du président des USA ne plaisent pas à tout le monde, elles ont jusqu'ici l’heur de satisfaire les Bourses américaines. Depuis la victoire de Trump, le S&P 500 a gagné 7,5%, et l’indice Nasdaq 9%. Les marchés se régalent des mesures annoncées, parce qu’elles leurs semblent capables de créer de l’emploi et de renforcer l’économie. Mais par ailleurs, elles se caractérisent par un évident protectionnisme… Avec quelles conséquences possibles ?
Si le protectionnisme évoqué est instauré de manière sévère, nous pourrions adapter nos prévisions de bénéfices. Mais pas de quoi jusqu’ici modifier nos positions concernant les actions américaines conseillées et les fonds d’actions américaines conseillés.

Rien de vraiment neuf

Bien que partisans du libéralisme économique, les USA se montrent régulièrement protectionnistes.
– Le pays impose des droits de douane élevés, p. ex. sur certains aciers issus de Chine. Des mesures qui ont fait progresser le cours de l’acier en 2016, tant en Europe qu’aux USA, et qui ont donc rendu des couleurs aux valeurs du secteur : sur douze mois, le cours de Steel Dynamics a doublé, celui de Schnitzer Steel a gagné 90%.
– Des droits de douane ont été instaurés sur les panneaux solaires chinois. Mais ils n’ont pas eu l’effet escompté. Les producteurs asiatiques contournent les mesures protectionnistes en produisant à Taïwan. Les prix de vente des panneaux restent désespérément bas. Les résultats des acteurs du secteur, y compris JinkoSolar, continuent d’en souffrir.
– Fin 2016, l’Etat américain a bloqué le rachat des actifs américains de l’allemand Aixtron (équipements pour l’industrie des semi-conducteurs) par le chinois Grand Chip Investment Fund. Raison invoquée : des risques pour la sécurité nationale.

Des craintes malgré tout

Si, comme cela a été évoqué, des taxes à l’importation de 20% sont instaurées sur les produits fabriqués en dehors des USA, certains secteurs pourraient souffrir.
– Dans le secteur de la distribution de produits textiles, qui dépend de la production étrangère, des sociétés telles qu’Under Armour, Nike, Ralph Lauren ou Foot Locker s’inquiètent. Car la taxe induirait un renchérissement des coûts de production, qui devrait être répercuté sur les prix de vente et pèserait ainsi sur la demande finale.
– La perspective de telles taxes touche aussi les constructeurs automobiles, qui risquent d’être contraints de rapatrier aux USA des unités de production situées au Mexique. C’est le cas de FCA, Ford et General Motors (BMW maintient cependant la construction de son usine au Mexique). Quant aux mesures de soutien qui seraient à l’étude pour amortir le supplément de coût induit par la taxe (baisse des impôts, assouplissement des normes environnementales…), elles pourraient ne pas suffire. Et la situation sera pire encore si la taxe frappe aussi les produits semi-finis importés puis transformés aux USA (p.ex. : les équipements électroniques sur les voitures assemblées aux USA). Cela pourrait faire grimper le coût de construction par voiture de 2 000 à 3 000 USD, avec des répercussions à la hausse sur les prix de vente et un impact négatif sur la demande.

Pas de guerre commerciale avec la Chine ?

Trump émet ses griefs envers la Chine : manipulation du yuan, pratiques contraires à la bonne concurrence (dumping), surprotection des marchés…  Mais le risque d’une guerre commerciale entre les deux puissances est faible. Car aucune des parties n’y a vraiment intérêt. Des grands noms américains auraient beaucoup à y perdre. Ce serait le cas d’Apple, qui fait produire la plupart de ses composants en Chine et y réalise 20% de ses activités. Ou encore de Boeing, qui compte ravir (en concurrence avec Airbus) la plus grosse part possible des ±6 800 commandes d’avions que la Chine devrait passer d’ici 2035.
Les différends entre les deux pays pourraient plutôt trouver une issue, au terme de longs marchandages.

Impact à définir

Si les taxes à l’importation sont un danger pour les chiffres d’affaires et les bénéfices des sociétés actives aux USA, pour l’heure, il est difficile d’en préciser l’ampleur. Tout dépendra du niveau de ces taxes, des secteurs touchés, des compensations accordées, de la capacité d’adaptation des entreprises… Celles qui pourront consentir des hausses de prix de vente amortiront mieux l’impact. Mais cette possibilité n’est pas donnée à toutes. Elle dépend de divers facteurs : l’image de marque, l’expertise technologique, la présence sur des niches spécialisées, la plus ou moins grande facilité du client à changer de fournisseur…Jusqu’ici, nous gardons foi en la bonne capacité de réaction de  BMW et Melexis (achetez), ainsi qu'en celle d'Intel, IBM, Apple et Daimler (conservez).

 

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