Analyse
Snap, maison mère de Snapchat a fait son entrée en Bourse de New York il y a 8 mois - vendredi 3 mars 2017
Snapchat est une application mobile permettant d’envoyer à ses contacts des photos et des vidéos qui disparaissent après quelques secondes.
Snap, maison mère de Snapchat a fait son entrée en Bourse de New York

Snap, maison mère de Snapchat a fait son entrée en Bourse de New York

Notre avis est clair : cette action est trop risquée et n’a pas sa place dans le portefeuille d’un investisseur qui cherche un bon équilibre entre rendement et risque.
N’ACHETEZ PAS.

Snap est entré en Bourse à 17 USD par action, soit à un prix plus élevé que la fourchette annoncée dans un premier temps (entre 14 et 16 USD) et a clôturé la première séance à 24,48 USD ! Comme toujours avec les introductions en Bourses de sociétés technologiques américaines, les investisseurs européens n’ont pas pu y participer.

Snapchat accuse des pertes élevées depuis sa création

– En 2016, la perte de Snapchat s’est encore creusée. Et le groupe prévient même qu’il ne sera pas rentable ces prochaines années. Car, concentré sur la recherche et le développement, il a doublé ses efforts dans ce sens et triplé ses effectifs en 2016. De plus, il paie des sommes élevées à Google pour son hébergement sur le cloud. Nous pensons donc aussi que, même avec une forte croissance du chiffre d’affaires (très hypothétique), la rentabilité du groupe n’est pas pour tout de suite.
– Ceci dit, s’introduire en Bourse alors que l’on ne dégage pas de bénéfice n’est pas toujours un souci pour une société en démarrage. Le problème devient cependant réel si la société ne peut devenir bénéficiaire dans un délai raisonnable, notamment par la croissance de ses revenus. Et selon nous, c’est précisément le principal problème de Snap.

Au 4e trimestre 2016, la croissance du nombre d’utilisateurs a ralenti

Alors que le groupe a accueilli 10 à 20 millions de nouveaux clients chaque trimestre depuis 2015, au 4e trimestre 2016, 5 millions de personnes seulement l’ont rejoint (portant ainsi le total d’utilisateurs à 158 millions). Ce ralentissement trouve en bonne partie son origine dans les efforts de Facebook pour développer ses services photos et vidéos via Instagram. Une puissante concurrence qui risque bien de limiter la capacité de Snapchat à attirer des annonces publicitaires et faire croître durablement ses revenus. Des difficultés d’autant plus probables que Snapchat s’adresse surtout aux jeunes (60% des utilisateurs américains ont moins de 25 ans; 23% de 13 à 17 ans). Une sévère limite de potentiel donc, que ne connaissent pas Facebook et Google (qui touchent un public plus large). Ceci dit, alors que Facebook a réussi à se diversifier pour attirer la publicité, sans mettre en question son business model, l’autre fournisseur de messagerie électronique instantanée, Twitter n’y parvient pas, au grand dam de ses actionnaires.

Les actions Snap mises sur le marché n’auront aucun droit de vote

Les fondateurs gardent tout le pouvoir de gestion de la société. Nous dénonçons régulièrement de telles restrictions aux droits des actionnaires : elles existent aussi chez Facebook et au sein de la maison mère de Google Alphabet. En conservant tous les pouvoirs, les fondateurs se mettent à l’abri des pressions que peuvent exercer les actionnaires face à de mauvaises performances. Car ces actionnaires, qui ne sont pas toujours des spéculateurs à court terme, peuvent vouloir tenter de mettre en question la stratégie de l’entreprise, si elle ne répond pas à leurs attentes.

Les risques de déception sont très importants, avec d’amères conséquences pour l’actionnaire

– Inclure dans son portefeuille l’action d’une société comme Snap, c’est augmenter le risque de celui-ci.
– Historiquement, peu d’introductions en Bourse de valeurs technologiques ont été des paris gagnants.
– La valorisation de Snap par le marché est élevée. Le prix d’introduction de 17 USD était déjà trop généreux, car les perspectives de croissance de la société sont trop faibles (et d’ailleurs même mises en question par sa direction !). Ce prix équivaut à ±60 fois le chiffre d’affaires. Or pour les sociétés concurrentes, pourtant très rentables et faisant preuve d’une meilleure gouvernance, ce rapport est beaucoup moins élevé: 7 pour Alphabet, 14 pour Facebook.

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