Analyse
Le secteur pétrolier se redresse et affiche un rendement de 10% sur les 12 derniers mois il y a 3 mois - vendredi 9 juin 2017
La remontée du pétrole n'y est pas étrangère. Le secteur, vous offre-t-il des opportunités de placement ?
Le secteur pétrolier se redresse et affiche un rendement de 10% sur les 12 derniers mois

Le secteur pétrolier se redresse et affiche un rendement de 10% sur les 12 derniers mois

Oui. Le secteur reste selon nous intéressant et conserve sa place dans un portefeuille diversifié.
Côté fonds, nous conseillons Amundi ETF World Energy, dont les principaux postes sont les grands noms du secteur.
Côté actions, vous pouvez acheter : Exxon, Chevron et Repsol.
En outre, nous vous conseillons de conserver : BP, Encana, Eni, Royal Dutch Shell et Total.

OPEP et prix du baril

Coincé entre une offre abondante et une demande qui augmente, mais pas assez pour absorber cette production, le marché du pétrole tarde à retrouver l’équilibre. L’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole) fait certes ce qu’elle peut pour réduire l’offre, mais la situation lui échappe depuis quelques années et elle ne semble plus en position de rééquilibrer le marché. En cause, la production américaine de pétrole de schiste.

Pétrole de schiste made in USA

Très en vue jusqu’en 2014, le secteur du pétrole de schiste a ensuite connu une période noire avec des fermetures en masse des capacités de forage et des faillites en série quand les cours du pétrole ont plongé. S’il est vrai que, grâce aux avancées technologiques, le niveau de prix auquel le pétrole de schiste américain devient rentable pour les producteurs ne cesse de baisser, ces mêmes producteurs ne peuvent pas faire grand-chose quand les prix du baril plongent largement sous les 50 USD. De quoi provoquer alors le tarissement d’une source de production. Par contre, les investissements dans le secteur reprennent dès que les cours repassent la barre des 50 USD.

Le pétrole de schiste américain est donc devenu un facteur stabilisant pour les prix du baril puisque sa production recule quand les cours chutent et augmente quand les prix flambent. Une bonne nouvelle pour le consommateur, mais une moins bonne pour les pays producteurs et les compagnies pétrolières qui aimeraient voir les prix évoluer vers des niveaux plus élevés.
Une nouvelle réalité donc, dont il faudra tenir compte à l’avenir.

Dans des conditions normales, le passage à vide des investissements dans la production enregistré ces dernières années devrait se traduire par une offre moindre. Et comme la demande continuera à augmenter, les prix devraient eux aussi augmenter. Seulement, la production de pétrole de schiste met cette logique à mal. Avec la technologie d’extraction qui abaisse les seuils de rentabilité, la production américaine risque de combler toute demande additionnelle. Et comme le Président Trump n’hésite pas à laisser faire les compagnies du secteur, y compris dans des régions jusqu’ici protégées d’un point de vue environnemental, le pétrole de schiste américain restera une variable qui influencera encore le cours du pétrole ces prochaines années.

Que retenir du 1er trimestre ?

Après plusieurs trimestres de baisse des profits, voire de pertes, les compagnies pétrolières respirent enfin. Le 1er trimestre 2017 a ainsi vu les résultats rebondir au-delà des attentes pour la première fois depuis la chute du pétrole en 2014. Une évolution favorisée par une conjonction de facteurs tant internes qu’externes :
– les prix du baril sont remontés à 54 USD en moyenne en 2017 contre 34 sur la même période en 2016.
– la rentabilité des activités de raffinage s’améliore. Chez Repsol par exemple, cette activité a vu ses bénéfices gagner 24%. Un rebond d’autant plus spectaculaire pour les géants européens du secteur que la concurrence asiatique et du Moyen-Orient reste forte. Comme les surproductions en Europe ne se résorbent pas et que le raffinage américain gagne en compétitivité, extrapoler ce rebond à l’ensemble de l’année ne serait toutefois pas prudent.
– les gros efforts sur les coûts depuis deux ans commencent à porter leurs fruits et les investissements sont eux aussi sévèrement rabotés (- 20% chez Royal Dutch, - 30% chez Chevron). Revers de la médaille, cette baisse des investissements risque de déboucher sur une croissance moindre des réserves d’hydrocarbures à long terme.

Indispensables liquidités

Si faire des bénéfices est bien sûr nécessaire, nous pensons aussi que les liquidités (cash-flow) représentent un meilleur indicateur des performances des entreprises.
Concrètement, ces liquidités servent à payer le dividende et à financer les investissements. Or, ces derniers mois, les groupes pétroliers ont augmenté leurs niveaux de cash-flow, même si cela reste dans de faibles proportions. Une déception à noter toutefois dans le chef de BP qui, au 1er trimestre, a généré à peine 2,1 milliards USD et en a décaissé 5,1 pour ses investissements et le dividende en recourant à l’endettement.

Et maintenant ?

Face aux hésitations du baril, les groupes pétroliers doivent poursuivre leurs efforts pour générer plus de cash-flow et ainsi protéger le dividende qui reste essentiel pour les actionnaires. Comment ? A travers des investissements mieux cadrés et des dettes sous contrôle.

Les investissements de croissance restent un élément secondaire de la stratégie du secteur. Les budgets dédiés à la découverte et à l’exploitation de nouveaux gisements restent en baisse par rapport aux dernières années (années d’excès permises par un baril que l’on voyait pour longtemps au-dessus des 100 USD). Les montants annoncés ces derniers mois pour 2017 sont dans le bas des fourchettes fixées pour la plupart des groupes.
Les investissements entrepris cette année prendront donc la direction des champs pétrolifères déjà connus ou proches de ces mêmes champs. Exxon et Chevron accentuent ainsi leurs investissements à l’ouest du Texas et à l’est du Nouveau-Mexique dans le pétrole de schiste et tournent le dos aux projets les plus aventureux (forages en eaux ultraprofondes, …). Ces derniers se chiffrent en effet vite en dizaine de milliards et nécessitent de longues années avant d’en extraire les premiers barils. La production d'Exxon et Chevron devrait donc augmenter dans les prochains trimestres du fait des investissements dans ces zones riches en hydrocarbures.

Un bilan solide avec peu de dettes est essentiel pour les compagnies pétrolières, surtout si le baril venait à glisser durablement sous les 50 USD. Pour répondre à ce scénario, nous pensons que le secteur poursuivra ses efforts pour réduire les dettes ces prochaines années. Le dividende doit en effet être honoré sous peine de sanctions des actionnaires, sans pour autant céder des actifs stratégiques ou réduire encore les investissements et ainsi handicaper la croissance.
A ce propos, BP nous a clairement déçus au 1er trimestre avec une dette dans le haut de ses objectifs. Concrètement, il lui faudrait environ 6 années de liquidités générées pour rembourser la dette, contre moins de 3 pour Total. Nous tablons certes sur une réduction de la dette, mais à un rythme inférieur à celui des grands concurrents. La dette de Royal Dutch (6 années de liquidités aussi pour rembourser la dette) est quant à elle la conséquence logique de l’acquisition de BG group en 2016. RD doit donc poursuivre ses désinvestissements pour réduire le poids de la dette et ainsi rassurer quant à sa capacité à distribuer un dividende. Le groupe s’est engagé à 30 milliards USD de désinvestissements entre 2016 et 2018 et des réductions de coûts sont également prévues.

Perspectives

L’évolution du secteur pétrolier dépend en grande partie de celle du baril. Compte tenu des niveaux de production dans les pays hors OPEP, une envolée du cours de l’or noir n’est assurément pas pour tout de suite et nous tablons plutôt sur un baril à 55 USD environ pour fin 2018 et 60 USD pour 2019. Un scénario qui dépendra principalement de la réduction de l’offre par l’OPEP et de l’offre américaine. Si cette dernière venait à augmenter substantiellement, nous serions alors contraints de réduire encore nos prévisions.

Depuis janvier, le secteur accuse un retard de 9% (en EUR) par rapport à l’indice MSCI World. Une décote un peu élevée qui n’a pas lieu d’être au regard des perspectives de croissance et des efforts entrepris par les grands groupes depuis 18 mois.

Le secteur de l’exploration et de la production a donc sa place dans les portefeuilles à 5 ans et plus. Il est intéressant pour les investisseurs à la recherche de valeurs solides proposant un bon rendement sur dividende.

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