Analyse
Voiture électrique : mythe ou réalité? il y a 10 mois - vendredi 22 septembre 2017
La voiture électrique gagne à ce point du terrain qu’elle peut devenir une réelle alternative aux véhicules thermiques. Comment l’investisseur peut-il en tirer parti ?

Nombreuses sont les entreprises à miser sur cet espoir : fabricants de batteries, exploitants de mines et évidemment constructeurs automobiles. Un espoir fondé ?

Déclin du diesel

Depuis le dieselgate, qui a révélé les pratiques illégales ou litigieuses des constructeurs sur les émissions polluantes, les perspectives n’ont jamais été aussi sombres pour les voitures diesel. Vu leur impact néfaste sur la santé, de plus en plus de métropoles menacent de les interdire sur leur territoire. Avec le durcissement des règles anti-pollution (nouveau protocole d’homologation depuis le 1/9) et la hausse du coût de développement, le repli du diesel semble sans appel. Le dossier est même devenu politique : plusieurs pays européens prévoient à terme l’interdiction totale des moteurs thermiques, y compris à essence. Le Royaume-Uni et la France prévoient d’interdire la vente de nouveaux véhicules diesel et essence dès 2040. Les Pays-Bas et la Norvège, plus ambitieux, veulent bannir la commercialisation des moteurs à combustion dès 2025. De quoi faire paniquer les constructeurs. Car leurs ventes dépendent encore en grande partie du diesel, surtout en Europe où la technologie a longtemps été plébiscitée, e.a. sur le plan fiscal. Mais aussi parce que le diesel est un levier important pour se conformer aux objectifs de CO2 fixés par l’Europe; son recul pourrait empêcher certains d’atteindre ces objectifs et les exposer à de lourdes amendes.

Cap sur l’émission zéro

Les constructeurs changent leur fusil d’épaule. A l’instar de l’américain Tesla, qui vient de lancer un modèle électrique grand public (Model 3), la quasi-totalité des constructeurs sont convaincus de l’intérêt de développer leur propre gamme électrique. Volvo a annoncé que dès 2019 plus aucun véhicule totalement essence ou diesel ne sortira de ses usines. Seules des voitures électriques ou hybrides seront produites. Pour redorer son blason, Volkswagen entend commercialiser 10 modèles électriques d’ici fin 2018 et en proposer 30 à l’horizon 2025.
La technologie émission zéro semble donc avoir de l’avenir. Car les avantages du moteur électrique sont indéniables : pas d’émission de particules fines ou de gaz à effet de serre, énergie moins chère que les combustibles fossiles, rendement plus élevé (80% contre 30% pour un moteur thermique), possibilité de récupérer l’énergie au freinage ou lors de la décélération, respect des limites d’émissions de CO2 (donc sans pénalités pour les constructeurs).

Marché de niche

La part de marché de la voiture électrique reste limitée. En 2016, sur 87 millions de voitures neuves vendues dans le monde entier, 750 000 étaient électriques, soit moins de 1%. En Europe, 1,3% des voitures vendues en 2016 étaient électriques (y compris les hybrides rechargeables). En Chine, la part de l’électrique ne dépasse pas 1,5%. Le problème principal de la voiture électrique reste son prix élevé pour une autonomie très relative. Si elle rencontre un certain succès aux Pays-Bas ou en Norvège, c’est parce qu’elle bénéficie de généreuses subventions. Sans aides publiques, la voiture électrique n’est pas assez compétitive. Comment faire dès lors pour passer d’un marché de niche à un marché de masse ?

Longue transition

Selon l’Agence Internationale de l’Energie, le parc mondial de voitures fonctionnant avec des batteries pourrait décupler d’ici 2020 et atteindre 500 millions de voitures immatriculées en 2040 (contre un parc de 2 millions en 2016). Mais si l’avenir de la voiture sera bien électrique, les prévisions semblent parfois trop optimistes et ne pas assez tenir compte de deux freins importants. Le premier concerne la consommation d’électricité. Selon un rapport de l’association des producteurs d’électricité de l’Union européenne, un remplacement complet du parc automobile engendrerait une hausse de 15% de la consommation d’électricité. Cette électricité supplémentaire pourra certes être fournie en partie par des énergies renouvelables. Mais vu le développement toujours restreint de l’énergie éolienne ou solaire, elle proviendra aussi d’autres centrales, notamment au charbon. De quoi plomber le bilan carbone ! Deuxième problème : les infrastructures de recharge. On investit certes beaucoup dans les réseaux de bornes de recharge, mais tous les problèmes ne sont pas résolus. Si tout le monde devait avoir accès à ces bornes en même temps, cela engendrait un appel de puissance très important. Il faudrait donc de nouvelles centrales.

Le boom des batteries

Le développement des véhicules électriques offre de belles perspectives à la filière des batteries. Pour l’heure, l’essentiel des cellules pour batteries provient d’Asie (Samsung SDI, LG Chem, Panasonic…). Des acteurs européens (Daimler…) investissent dans des capacités de production, mais, ayant tardé à s’y lancer, ils accusent un retard face à la concurrence.
Le boom des batteries alimente aussi la demande de métaux qu’elles contiennent (lithium, cobalt…). D’après une étude, dans un monde 100% véhicule électrique, la demande de lithium serait multipliée par 30, celle de cobalt par 20. Des perspectives qui ont provoqué une ruée des investisseurs sur ces matières premières. Le cours du cobalt, dopé par la crainte d’une pénurie, a grimpé de 150% depuis le 1/1/2016. L’indice Solactive Global Lithium  gagné près de 85% sur la même période. Le cours de Lithium Americas et Galaxy Resources (sociétés spécialisées dans le lithium) a bondi de respectivement 300% et 360% !

Optimisme exagéré

Les performances boursières relèvent de la spéculation. Beaucoup de mines sont encore à l’état de projet. Quand elles vont produire, si la voiture électrique ne rencontre pas le succès escompté, elles pourraient souffrir de surcapacités. Ensuite, si le lithium est plébiscité pour son abondance et sa capacité électrochimique, il pourrait être concurrencé par de nouvelles batteries (zinc-bromine, vanadium redox) ou de nouveaux modes de propulsion (hydrogène…). Enfin, l’exploitation des métaux respecte peu l’environnement : elle utilise de grandes quantités d’eau (non traitée par la suite) et recourt à des énergies fossiles (charbon…). N’investissez pas directement dans le lithium. Les compagnies minières sont financièrement fragiles et leur action est surévaluée.

D’autres opportunités

Le développement de l’électrique profitera à d’autres métaux. Selon
Glencore, la voiture électrique nécessitera 3x plus de cuivre qu’une voiture classique. La demande de cuivre sera aussi soutenue par l’essor des bornes de recharge. La production de nickel sera dopée pour les batteries et celle d’aluminium pour la carrosserie.

Ne misez pas sur de petites sociétés. Préférez les grands groupes miniers, diversifiés et moins risqués. Rio Tinto et BHP Billiton sont bien placés pour répondre à l’industrie auto. Dans les batteries, la plupart des acteurs sont asiatiques et cotent sur des marchés difficilement accessibles. De toute façon, nous ne les conseillons pas (à terme, la standardisation des batteries pèsera sur les prix et leur rentabilité).

Nous avons cependant un acteur chez nous : le belge Umicore, spécialisé dans les matériaux cathodiques (essentiels aux batteries), a une avance technologique sur ses concurrents BASF et Johnson Matthey; il est aussi spécialisé dans le recyclage des piles rechargeables. Si le recyclage des batteries lithium-ion n’est pas encore viable économiquement, son importance va s’accentuer quand la première vague de batteries arrivera en fin de vie. Et le recyclage permettra de compenser l’impact écologique de l’exploitation minière. Le cours d’Umicore a gagné 24% depuis début 2017. Au vu des bonnes perspectives du groupe, il garde du potentiel.

Quid des constructeurs ?

L’innovation constante dans les batteries favorisera la compétitivité de l’électrique. Mais pour évincer totalement le thermique, des obstacles restent à franchir. Et l’impact écologique (incluant toute la chaîne) est non négligeable. Nous misons pour l’avenir sur un mix de motorisations avec une part croissante de l’électrique.

Tesla dispose d’une avancée technologique (surtout en ce qui concerne la batterie). Mais il va faire face à une concurrence accrue : quasi tous les constructeurs développent leur gamme électrique et bénéficient d’économies d’échelle dont ne jouit pas Tesla.

Les investisseurs doutent de la capacité des constructeurs classiques à bénéficier du marché électrique. Car ils vont devoir consentir de gros efforts, qui vont peser sur la rentabilité, pour une technologie dont le succès n’est pas garanti. En attendant que le moteur électrique soit plus rentable que le thermique, ils devront faire des choix pour défendre leur rentabilité. Selon nous, cela passera plus par des économies que la réduction du dividende.

A terme, les constructeurs sont bien placés pour profiter de l’essor de l’électrique, car ils maîtrisent les domaines de l’approvisionnement, de la production et de la distribution. Le véhicule électrique ne remet donc pas en cause notre avis sur le secteur. La seule valeur digne d’achat est BMW : grâce au renouvellement de nombreux modèles, BMW séduit beaucoup de clients aisés. Et il travaille depuis longtemps sur les nouvelles énergies (bien avant le dieselgate). Au 1er semestre 2017, il a livré 43 000 véhicules électriques (+80%), contre 47 100 pour Tesla. Il occupe ainsi une part de marché 3 fois supérieure à celle qu’il occupe dans le thermique. Le titre offre un rendement de 4,2% et une décote non justifiée, vu le potentiel de croissance des résultats.

Le producteur belge de puces électroniques Melexis aura aussi sa part du gâteau : des semi-conducteurs seront nécessaires pour les capteurs, contrôleurs et commutateurs, pour l'alimentation, la gestion de la batterie, la direction, le démarrage, le refroidissement…

 

Cours au moment de l’analyse

Bourse

Conseil

Matériaux de base

Rio Tinto

3 465,50 pence

Londres

Achetez

Glencore

346,55 pence

Londres

Conservez

BHP Billiton

1 344 pence

Londres

Achetez

Chimie

Umicore

67,86 EUR

Bruxelles

Achetez

BASF

88,43 EUR

Francfort

Conservez

Johnson Matthey

3 390 pence

Londres

Conservez

Lithium

Lithium Americas

1,65 CAD

Toronto

Vendez

SQM

58,70 USD

NYSE

Conservez

Galaxy Resources

2,52 AUD

Sydney

Vendez

Pilbara Minerals

0,52 AUD

Sydney

Vendez

Batteries

Panasonic

1631,00 JPY

Tokyo

Conservez

LG Chem

370 500 KRW

Séoul

Conservez

Samsung SDI

209 000 KRW

Séoul

Conservez

Constructeurs

Daimler

66,87 EUR

Francfort

Conservez

BMW

85,14 EUR

Francfort

Achetez

Volkswagen VZ

137,90 EUR

Francfort

Conservez

Renault

82,19 EUR

Paris

Vendez

Tesla

366,48 USD

Nasdaq

Vendez

Equipementier

Melexis

78,29 EUR

Bruxelles

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