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L’activisme actionnarial il y a 4 mois - vendredi 14 juillet 2017
Devenir actionnaire d’une entreprise et y faire la leçon pour en améliorer la gestion : pas si simple !
L’activisme actionnarial

L’activisme actionnarial

Il y a trois conditions pour qu’une telle démarche ait un effet bénéfique. Mais elles ne sont pas faciles à réunir. Le petit actionnaire n’a pas de garantie d’en retirer quelque chose. Ne vous laissez pas éblouir par les sommes évoquées. La mise des activistes est calculée. Les échecs les mettent rarement en réel péril. Mais pour vous, il peut en aller différemment...

Phénomène en expansion

Récemment, le fonds américain Third Point est entré à 1,3% dans le capital de Nestlé et a fait part à la direction de ses recommandations, pour améliorer les perspectives financières du groupe et, partant, pour doper le cours. Au menu : économies de coûts, modifications du portefeuille d’activités et rachats d’actions.

C’est typiquement la démarche d’un actionnaire activiste qui entend rappeler aux dirigeants leur devoir à l’égard des propriétaires du capital. Quitte à faire part publiquement de son mécontentement s’il n’est pas assez écouté, et à retirer ses billes.

Si l’activisme reste globalement peu répandu, il a néanmoins le vent en poupe. A l’échelle mondiale, plusieurs dizaines de milliards d’euros sont actuellement investis dans cette optique. En 2016, plus de 750 entreprises ont été ciblées (dont ±40% en dehors des USA). C’est 13% de plus qu’en 2015.

Les conditions du succès

– Bon diagnostic et bonne stratégie
Jusqu’au moment de son investissement, l’activiste n’est pas au fait de la marche des affaires de l’entreprise qu’il cible. Il doit donc commencer par identifier correctement les réelles faiblesses de la gestion. Puis trouver le bon remède pour les corriger.

– Management à l’écoute
La direction du groupe ciblé doit être à l’écoute des recommandations, soit de façon volontaire, soit sous la pression d’autres actionnaires, séduits par la démarche de l’activiste. Et plus la participation dans le capital sera importante (avec parfois une présence au conseil d’administration), plus l’activiste aura des chances d’être écouté.

– Action bon marché
L’objectif étant de faire grimper l’action, l’aventure ne réussira que si le titre est bon marché au départ. Car si le cours anticipe déjà toute possible amélioration de la situation, il a peu de chance de décoller.

Des succès et des échecs

– En 2015, Third Point (qui cible aujourd’hui Nestlé) avait pris une participation de 10% dans Baxter (avec une place au conseil d’administration). Il y obtint des efforts sur les coûts et une redirection des ventes des produits vedette vers des marchés plus prometteurs. En deux ans, le cours de Baxter a bondi de 50% (en USD).

– De 2013 à 2016, l’américain Carl Icahn (dont s’est inspiré O. Stone pour le rôle de Gordon Gekko dans le film Wall Street) a mené campagne auprès de la direction d’Apple, pour doper les rachats d’actions et soutenir le cours. Certes, il n’a pas eu totale satisfaction et il a vendu un peu tôt. Mais grâce à ses démarches (et aussi au fait que le titre était sous-valorisé au départ), il a obtenu un gain de 55% (en USD), soit 2 milliards de dollars.

– En 2015, le fonds Pershing Square entrait dans le capital du canadien Valeant (à 9%), avec une place au conseil d’administration. Son but était de réduire de manière drastique l’endettement du groupe. Mais il n’est pas parvenu à freiner la chute du cours, induite par la révélation des pratiques commerciales et financières douteuses du groupe. Il a revendu cette année à 11 USD pièce des actions achetées au départ à 196 USD…

Pas la panacée

Les études académiques sont mitigées quant au résultat réel des démarches des activistes. Une des difficultés rencontrées notamment par les chercheurs est de déterminer le point de départ réel de l’influence des activistes. Car celle-ci peut avoir commencé avant l’annonce publique de la prise de participation. Et même si cette information était connue précisément, l’activisme ne serait pas pour autant une panacée. Car réunir les trois conditions du succès n’est pas facile. D’ailleurs, le fonds américain 13 D Activis, dont la stratégie consiste à investir dans des sociétés ciblées par des activistes, ne parvient pas à faire mieux que le principal indice boursier américain.

Le cas de Nestlé

Nous ne sommes que modérément optimistes sur les chances de Third Point avec Nestlé. Le titre ne nous semble pas spécialement bon marché. Le cours inclut déjà les résultats d’efforts entrepris par la direction. Et Third Point risque de ne pas peser assez lourd pour faire passer ses idées (par ailleurs un peu trop radicales pour un groupe comme Nestlé, de culture assez conservatrice).

 

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