Analyse
Courbe des taux raide il y a 7 ans - vendredi 15 janvier 2010
La différence entre les taux à court terme et les taux à long terme est actuellement très importante aux Etats-Unis.

Les craintes d’inflation et les exigences des investisseurs en obligations font grimper les taux longs. Et les banques centrales continuent de maintenir les taux courts à un niveau plancher.

Que signifie ?
La courbe des taux est l’illustration graphique de la différence de taux entre des obligations d’un même émetteur mais de durées différentes. En principe, les obligations de plus longues durées ont un rendement plus élevé que celles de durées plus courtes. Car prêter de l’argent pour longtemps est toujours plus risqué. Et pour compenser ce risque, les investisseurs demandent une rémunération plus élevée. D’un point de vue graphique, cela se traduit pour une courbe des taux en hausse. Ce principe n’est cependant pas toujours d’application partout. Il arrive que le marché se caractérise par une courbe descendante ou inversée : les taux courts sont plus élevés que les longs. Un phénomène constaté quand les marchés prévoient un ralentissement économique et une baisse des taux obligataires. Troisième possibilité enfin : les taux à court et long terme sont identiques et la courbe est plate.

Nouveaux records
Soyons clairs : actuellement, dans les pays industrialisés, la courbe des taux est raide. Aux USA, la différence entre les emprunts d’Etat à 2 ans (0,94 %) et à 10 ans (3,83 %) est de 2,9 % : un nouveau record. En Allemagne, cette différence est moins marquée (2,1 %). C’est encore élevé, mais au contraire de celle des USA, elle n’augmente pas. Aux USA, la hausse du différentiel de taux a plusieurs raisons. Tout d’abord, le très faible niveau des taux courts, qui dépasse à peine zéro; ensuite, la hausse continue des taux longs. D’une part, le marché table sur la reprise économique, au vu des publications de quelques données macro-économiques favorables, avec à la clé le risque d’un retour de l’inflation . D’autre part, l’Etat américain va émettre énormément d’obligations cette année, mais de moindre qualité, vu le dérapage budgétaire. Des risques que l’investisseur voudra compenser par une meilleure rémunération. Dans la zone euro, les taux à long terme ne grimpent (presque) pas. Les récents chiffres macro-économiques laissent à peine entrevoir une reprise et l’optimisme américain n’est pas partagé.
Mais il faut noter qu’une courbe raide est intéressante pour les banques. Cela signifie qu’elles peuvent emprunter auprès des banques centrales pour presque rien et prêter ensuite à long terme à leur clientèle à taux élevé. Est-ce le signe d’une économie forte et d’une Bourse florissante ? D’un point de vue historique, une courbe raide annonce une forte croissance économique (ce fut le cas en août 2003 et en juillet 1992, lorsque la courbe des taux était similaire). Mais conclure que ce sera le cas actuellement est sans doute prématuré. Nous nous trouvons dans une situation exceptionnelle. Jamais les banques centrales n’ont dû maintenir aussi longtemps les taux à un niveau aussi bas pour tenter de relancer l’économie. Jamais elles n’ont dû tant stimuler le marché. Les banques centrales mettent d’ailleurs tout en oeuvre pour empêcher les taux longs de grimper encore, car ils pourraient saper la fragile reprise. Au final nous attendons un relèvement des taux obligataires ces prochaines années, mais de manière progressive et modérée, de sorte que nous ne conseillons pas encore d’opter pour des placements à long terme.

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